L’on relève des radicaux pour lesquels aucune qualité vocalique n’est définie, mais pour lesquels la première consonne est l’un des glides y ou w. La caractéristique de ces verbes est qu’un glide est réalisé après le a‑ de l’élocutif singulier, qu’un trait vocalique se propage ou non sur l’indice de personne (ex 545a et 546a). Ces radicaux sont à distinguer des cas où la réalisation du a‑ comme [ɛ] ou [ɔ] est provoquée par la propagation du trait caractérisant une voyelle (ex 547a), cas dans lesquels le glide n’est jamais réalisé. Il n’y a toutefois pas de distinction à la troisième personne du singulier et aux personnes du pluriel, y et w étant vocalisés dans le premier cas, comme ils sont en position de noyau syllabique (ex 545b), et la voyelle étant insérée dans le second (ex 547b) pour des raisons de contraintes syllabiques.
545.(a) àwrí ~ àwùrí (b) tùrí
a+Φ-wr. Φ+i t+Φ-wr.Φ+i
1s+appeler+decl 3s+appeler+decl
J’appelle Il appelle
546. (a) ɛ́ytì (b) títì
a+Φ-yt. Φ+i t+Φ-yt.Φ+i
1s+cultiver+decl 3s+cultiver+decl
Je cultive Il cultive
547.(a) ɔ̀sùrí (b) tùsùrí
a+Φ-sr-u+i t+Φ-sr-u+i
1s+descendre+decl 3s+descendre+decl
Je descends Il descend
Lorsqu’un glide apparaît en seconde ou troisième position dans le radical, il provoquera un allongement vocalique dans les cas où il ne se trouve pas en position d’attaque syllabique. Dans (548), le glide est en médiane, alors qu’il est en position finale dans (549). L’on notera que le clitique =t ɛ ne provoque pas de vocalisation du glide, ce morphème ne faisant pas partie de la base (ex 549c). L’allongement est plus régulier avec le glide palatal.
548. (a) tàjjàːní (b) tàjjàyín=tɛ̀
t+k-jjyn.a+i t+k-jjyn.a=tɛ
3s+jeter+im p 3s+jeter=fut
Il jette Il jettera
549.(a) tìdáy (b) tìdáːrí
t+k-dy.Φ/a+i t+k-dy.Φ/a+ari
3s+vouloir+decl 3s+vouloir+pas.pl.decl
Il veut Il a voulu
(c) tìdáy=tɛ̀
t+k-dy.Φ/a=tɛ
3s+vouloir=fut
Il voudra
L’on relève quelques exceptions à ces règles de réalisation, notamment dans le paradigme de kájjáːnàn ayant jeté, où les formes (550) sont attestées. Deux facteurs permettent de rendre compte de la réalisation du futur et de l’injonctif de ce verbe, le premier étant la nécessité d’insérer une unité porteuse de tons, et le second le fait que la séquence ‑VːCC ne soit pas attestée dans le lexique.
550. (a)à-jjàːn-í (b) à-jjàyín=tɛ̀ (c) *ajjaːntɛ
1s-jeter-decl 1s-jeter=fut
Je jette Je jetterai
(d) màjjàyìn=nì1
1p+jeter+inj
Jetons!
Il a été relevé quelques verbes pour lesquels le glide est réalisé à l’élocutif singulier, mais duquel on ne trouve plus de trace aux autres personnes, ceci étant une particularité de cette sous-classe de radicaux (551).
551.(a) áwsì (b) tásì
a+Φ-ws.a+i t+Φ-ws+i
1s+griller+decl 3s+griller+decl
Je grille Il grille
Dans l’une des sous-classes de radicaux, i n’est pas défini en structure sous-jacente mais résulte de la vocalisation de y, comme pour fíyán ayant dormi, ayant pour radical Φ‑fy.a 1 (ex 552).Il pourrait paraître logique de faire apparaître ce glide dans les transcriptions (ex 553), comme celles-ci seraient plus transparentes et permettraient de faire ressortir la régularité des formes.
552. (a) à-bíː=tɛ̀
1s-se.coucher=fut
Je me coucherai
553. (a) à-bíy=tɛ̀ (b) à-bìy-á
1s-se.coucher=fut 1s-se.coucher-pas
Je me coucherai Je me suis couché
Par souci de cohérence, il faudrait alors transcrire y dans tous les cas où on le relève en structure sous-jacente, même lorsque la séquence Vy est attestée par ailleurs et ne correspond pas à une longueur vocalique, comme dans áyŋàg arbuste, sp. Ceci prêterait cependant à confusion dans la transcription de [fàːnàn] comme fàynàn ayant laissé, du fait que l’allongement est provoqué par la présence d’un glide dans le radical, la distinction entre [àːn] et [àyn] n’étant plus possible dans la transcription. Le même problème se pose pour les voyelles moyennes, comme l’on relève ɔ y et ɔː ayant ɔ y pour forme sous-jacente, ainsi que ɛ y (ex 554). De ce fait, nous avons choisi une transcription plus phonologique que morphologique, en notant la quantité vocalique.
554. (a) bɔ̀ylɔ́g (b) fɔ̀ːnìn (c) ɛ̀yŋɛ́rì
palissade étant tombé je sors vers
L’on relève aussi màjjàyàn=nì.
Nous considérons que i n’est pas défini dans le radical malgré l’allongement vocalique observé en position pré-consonantique, du fait que l’indice de l’élocutif n’est pas réalisé ɛ -.