9.4.2.1.1 Réalisations

Le morphème ‑iest réalisé [‑i] dans la majorité des contextes, bien qu’il soit élidé lorsque la dernière consonne du radical est ‑y et que la voyelle définie par le radical n’est pas la voyelle haute non arrondie (ex 611a). La réalisation sera longue dans ces occurrences, du fait que ‑y est vocalisé, toutefois, il n’y aura qu’un degré de longueur, ‑iː, et non deux, ‑iːː, suite à l’effacement de l’une des voyelles (ex 611b). Il a été relevé quelques occurrences de ‑yi, signalant une légère insistance sur le verbe. Dans (611a), le ton haut est réalisé sur la syllabe la plus à droite, les autres portant un ton bas.

611. (a) àdáy ~ àdàyí (b) ɛ̀níː

a+k-dy.Φ/a+i a+k-ny.ɛ/a+i

1s+vouloir+decl 1s+voler+decl

Je veux Je vole

Ce suffixe connaît un allomorphe ɛ, relevé uniquement avec le sens de présent. Cette réalisation est généralement déterminée par le radical verbal (ex 612), sans toutefois que l’on puisse dégager de régularités lorsque les verbes sont de sens actif, alors qu’elle est fréquente avec les verbes à sens médio-passif (ex 613). Malgré tout, ‑i a été relevé lorsque le passif est formé par une modification des timbres vocaliques du radical (ex 613b). De ce fait, l’on pourrait poser comme hypothèse que ɛ a été un marqueur de médio-passif, ayant partiellement perdu cette valeur.

612.tɛ̀ːlɛ̀

t+k-ɛːl+i

3s+jouer+decl

Il joue

613. (a) tùskɛ́ (b) túːní

t+Φ-sk.u+ɛt+Φ-wn.u+i

3s+piler\moy+decl 3s+verser\moy+decl

Il est pilé Il est versé

Ce suffixe ne renseigne pas sur le nombre verbal, contrairement aux formes du passé, où la distinction de nombre verbal est enregistrée dans les morphèmes tam. (614a) est un verbe singulier alors que (614b) exprime la pluralité.

614. (a) á-kár-ì (b) á-ndúʃ-ì

1s-venir-decl 1s-allumer-decl

Je viens J’allume (plusieurs fois ou plusieurs feux)

‑i est élidé dans un verbe non fini (ex 615a), ce morphème ayant d’une part une charge informative réduite et i étant d’autre part la voyelle la moins définie du système. Il est réalisé ‑a dans les cas où il ne peut être élidé pour des raisons euphoniques, ‑ndk‑ n’étant pas admis dans la langue, dans (615c), l’allongement étant régulièrement observé avant un morphème de subordination. L’allomorphe ɛ, quant à lui, n’est élidé dans aucun contexte.

615. (a) fíyàː yɔ́w t-ì-rɛ̀-r-âːnd-ì, bár=nú bɔ́ŋ

se.coucher.noms être.bien 3s-aux-rec-?-neg-decl pays=def être.chaud

t-ír=nù

|tiri=nu|

3s-aux\pas=tps

On n’a pas bien dormi dort (litt : le sommeil n’est pas bon), quand il a fait chaud

(b) ɛ́njìː t-íːríŋ-ánd-á=nu fɛ̀ríŋ m-úrúŋgáy=tɛ̀

[tíːríŋándáː-n]

eau 3s-pleuvoir-neg-nfn=tps dehors 1p-bavarder=fut

Nous bavarderons dehors s’il ne pleut pas.

(c) w-índ-á=kà wùjáː dɛ́ː w-ár-à

3p-exister.v=coor encore vache 3p-venir-pas

Ils étaient là, et ensuite des vaches sont arrivées (C3.01a.21)

Ce suffixe n’est pas nécessairement réalisé même dans les cas où le verbe est en position finale d’énoncé et que les propositions n’entretiennent pas de relation de subordination, contextes dans lesquels l’on s’attendrait donc à une forme déclarative finie (ex 616), mais nous n’avons pu dégager de conditionnement morphosyntaxique, une relation sémantique plus étroite entre les deux prédicats pourrait toutefois rendre compte des faits.

616. nàːníː=náː=nu lútɔ́ː yɔ̀m t-úkún-ù-n, yɔ̀m w-úkɔ́n-àn

saison.chaude=gen=def chosejour th-trouver-v-ant jour 3p-trouver-neg

ànnáː t-ì

ainsi 3s-decl

En saison chaude, un jour ils trouvent quelque chose (i.e. du travail), et un jour ils ne trouvent rien, c’est ainsi. (T2.22a.09-10)