9.4.2.2 –V passé

9.4.2.2.1 Réalisation

Le morphème ‑V marque les formes du passé, qui ont en commun avec celles du converbe, de l’impératif et des formes déverbalisées la voyelle adjointe à la droite du radical ou de la base verbale dans l’une des classes verbales (ex 620), alors que les timbres vocaliques sont différents dans l’autre (ex 621). Les timbres vocaliques sont déterminés par la voix et la classe du verbe.

620. k-dm.u (a) ɔ̀-dùm-í-r-ì

1s-battre-pas-pl-decl

J’ai battu

(b) k-ùdùm-ù-n

th-battre-ant

ayant battu

621. Φ-njl.u/a (a) á-njùl-à-r-ì

1s-manger-pas-pl-decl

J’ai vanné

(b) Φ-njúl-à-n

th-manger-v-ant

ayant vanné

Lorsque le verbe exprime la singularité, que celle-ci soit marquée ou non morphologiquement, le morphème du passé est ‑V (ex 622). Dans les cas où le verbe exprime la pluralité (voir 9.5), le suffixe –r, suivi du morphème déclaratif –i, est adjoint à la forme verbale (ex 623). Le morphème ‑i, contrairement à la voyelle marquant le passé, sera élidé lorsque le verbe est à une forme non finie (ex 624). Cette élision est possible comme le passé est toujours indiqué formellement.

622. (a) ɔ́rfúnɔ́ (b) ándúʃúŋà ~ ɔ́ndúʃúŋà

a+t-rf.u/ɔ+v a+ Φ-ndʃ.a+ŋ+v

1s+attraper+pas 1s+allumer+sg+pas

J’ai attrapé J’ai allumé une seule fois, un seul feu

623. (a) ándúʃárì (b) àbbàːsárì ~ àbbàːsírì

a+ Φ-ndʃ.a+v+r+i a+Φ-ffy.a+pl+v+r+i

1s+allumer+pas+pl+decl 1s+laisser+pl+pas+pl+decl

J’ai allumé J’ai beaucoup laissé

624. (a) t-úɲ-á-r-ì

3s-accoucher.pas-pl-decl

Elle a accouché

(b) àm m-únúŋ t-úɲ-á-r=ká, à-káy

1s 1s-père 3s-accoucher.pas-pl=coor 1s-aller.decl

Moi, mon père a accouché et je vais le voir. (C5.10.40, énoncé tiré d’un conte)

Des régularités pour le timbre de la voyelle du passé se dégagent. En effet, lorsque le verbe exprime la singularité et qu’il est à la forme active, cette voyelle est généralement ‑a (ex 622b), bien que l’on relève également ɔ. Il n’a pourtant pas été possible d’établir de relation entre la forme ɔ indiquant le passé et l’allomorphe ɛ marquant le déclaratif, bien que les verbes formant le passé en ɔ aient un sens généralement moins actif que ceux dont le suffixe passé est ‑a. Ainsi, túkún ɔ ̀ il a trouvé n’implique pas d’action délibérée, contrairement à tàjjàːná il a jeté. Ces valeurs sont cependant à nuancer, dans la mesure où l’on relève également táfáyà il a disparu, verbe pour lequel le sens implique une idée de passif, ou pour le moins de non actif.

625. (a) ɔ́kúnɔ̀ (b) ɔ̀kúnì

a+t-kn.u/ɔ+v a+t-kn.u/ɔ+i

1s+trouver+pas 1s+trouver+decl

J’ai trouvé Je trouve

Lorsque le verbe exprime la pluralité, les suffixes sont ‑i, ɛ ou –a auxquels est adjoint ‑ri (ex 626), permettant d’établir trois classes de radicaux. La qualité vocalique n’est pas déterminée par la transitivité du verbe, bien que seules les réalisations ɛ et ‑i soit relevées pour le médio-passif.

626.(a) àskìrírì (b) ɛ̀ːlɛrì

a+Φ-skr+v+r+i a+k-ɛːl+v+r+i

1s+rire+pas+pl+decl 1s+jouer+pas+pl+decl

J’ai ri J’ai joué

(c) áɲárì

a+ Φ-ɲ.a+v+r+i

1s+manger+pas+pl+decl

J’ai mangé

Il serait possible de considérer que les timbres vocaliques du passé, tout comme ceux des formes de l’impératif et du converbe, sont déterminés par le radical verbal, et non par des classes morphologiques. Pourtant, étant donné la multiplicité des classes qui résulteraient de cette approche, nous avons préféré distinguer la formation du passé de celle de l’impératif et du converbe, incluant les caractéristiques vocaliques de l’impératif et du converbe dans le radical, contrairement à celles du passé, étant entendu que les représentations ne sont pas nécessairement plus claires. Les formes de l’impératif et du converbe ont une relation plus régulière avec les timbres vocaliques du radical que le passé, où l’accent est essentiellement mis sur la voix, ceci justifiant un traitement différent.

Bien que les formations du passé soient régulières en général, l’on relève quelques irrégularités, dont le verbe kìdìyàn ayant voulu, du fait sans doute de sa fréquence dans la langue. L’on relève un allongement vocalique que rien ne justifie a priori, comme les séquences ‑iya‑ sont attestées dans le lexique nominal et dans les formes verbales (ex 627). Par contre, pour ndrìyàn ayant fait (ex 628), un verbe lui aussi fréquent dans le discours, les voyelles ne sont ni élidées ni allongées au passé.

627.(a) àdàːrí (b) *adiyari

a+k-dy.Φ/a+v+r+i

1s+vouloir+pas+pl-decl

J’ai voulu

628. (a) àndrìyárì (b) *andriːri *andraːri

a+Φ-ndry. Φ/a+v+r+i

1s+faire+pas+pl+decl

J’ai fait