9.7 Voix et valence

Les formations médio-passives, bien que fréquentes, ne sont pas productives en l’état actuel de la langue. Elles ont été relevées dans les langues apparentées. En runga (Nougayrol 1989:84), il est attesté une dérivation par flexion vocalique pour indiquer le moyen, cette formation étant l’une des possibilités en maba.

Sera désignée par médio-passif toute forme ayant pour résultat un remodelage des rôles syntaxiques ou sémantiques, le sujet étant généralement le patientif sans que cela n’exclue la possibilité qu’il soit également l’agentif. La morphologie du verbe mais aussi les rôles sémantiques qu’il assigne aux participants jouent un rôle dans la définition du sens. Nous ne tiendrons pas compte de la signification précise des formes dérivées, du fait qu’il n’y a pas de relation nette entre forme et sens et qu’une même formation peut assumer différents signifiés, points sur lesquels nous reviendrons en 10.4.

Dans cette partie, nous verrons les morphèmes marquant les changements de valence (9.7.1) avant de traiter les relations entre les réalisations vocaliques des morphèmes du passé et du converbe et la voix (9.7.2).

9.7.1 Morphèmes ‑jì, ‑r ɛ ́ et changement vocalique

Trois formations ont été relevées en maba pour le médio-passif : la première est uniquement une modification des traits vocaliques (ex 703 et 704), la seconde un changement vocalique et l’affixation de ‑r ɛ ́ (ex 705), et la troisième l’insertion de ‑jì avant ‑r ɛ ́ (ex 706).

703. (a) mìlàn (b) mìlɛ̀n

ayant léché ayant été léché

704. (a) mbáràn (b) mbúrìn

ayant déchiré ayant été déchiré

705. (a) trákàn (b) trùkùrɛ̀n

ayant acheté ayant commercé - vendu

706. (a) yɔ́kɔ́yìn (b) yɔ̀kɔ̀ːjìrɛ́n

ayant vu s’étant vu soi-même

La tendance très générale qui se dégage est que la modification des caractéristiques vocaliques marque avant tout les formes passives (promotion de l’objet) alors que les formes en ‑r ɛ ́ implique souvent une réciprocité active, les deux protagonistes intervenant de façon complémentaire, et que le morphème ‑jì, quant à lui, a une valeur de réciprocité / réflexivité. Il n’a pas été possible de trouver de régularités pour les modifications vocaliques, sinon qu’il existe une tendance à la fermeture des voyelles, certaines étant de plus arrondies. ‑r ɛ ́ pourrait comporter l’allomorphe ɛ du morphème déclaratif, employé pour les verbes à sens moyen (voir 9.4.2.1). Cette désinence a cependant une valeur morphologique dans le cas présent et n’est pas élidée dans les formes non finies, contrairement au suffixe ‑i.

L’auxiliaire est l’un des rares verbes à connaître à la fois une dérivation médio-passive, sìŋìn, et réciproque, sìr ɛ ̀n, alors qu’une seule possibilité est généralement attestée et que la distinction de sens n’est pas toujours claire entre médio-passif et réciproque.

Les modifications d’arrondissement ou d’aperture peuvent affecter la base verbale dans son ensemble, comme cela est le cas pour mbáràn / mbùrìn ayant déchiré / ayant été déchiré, ou uniquement le suffixe, tel mìlàn / mìl ɛ ̀n ayant léché / ayant été léché. Il n’y a pas de réelles régularités quant à la relation entre formation de l’actif et du moyen, l’on relève ainsi mbáràn / mbùrìn mais également fàːnàn / f ɔ ̀ːnìn ayant laissé / étant tombé, ayant été laissé, les radicaux étant en a dans les deux cas.

Le suffixe ‑r ɛ ́ est adjoint au radical + préfixe, inséré à gauche les morphèmes passé et futur, bien qu’il commute avec le suffixe du présent, se trouvant à droite de ces morphèmes. Les modifications vocaliques relevées sont identiques à celles des formes verbales ne comportant pas de suffixe. Le marquage morphologique est donc double, mais il ne nous a pas été possible de dégager le conditionnement pour la formation par suffixation ou par modification vocalique uniquement. Nous illustrons la dérivation pour ce type de verbes à l’aide du présent et du passé de kádáwàn charger (ex 707).

707. (a) ɛ̀dì=gù t-ɛ̀dɛ̀wì-rɛ́

âne=sg.def 3s-charger\moy-moy 1

L’âne est chargé

(b) ɛ̀dì=gù tɛ̀dɛ̀wì-rɛ́-r-ì

âne=sg.def 3s-charger\moy-moy-pl-decl

L’âne a été chargé.

Les exemples (708) montrent que la voyelle - ɛ est maintenue au passé et au futur, mais non à la forme négative, les modifications vocaliques et le suffixe –r suffisant à indiquer le médio-passif.

708. (a) tùrkùrɛ́rì (b) tùrkùrɛ́

Il a commercé Il commerce

(c) tùrkùrɛ́=tɛ̀ (d) tùrkùrâːndì

Il commercera Il ne commerce pas

Le morphème ‑jì a rarement été relevé dans notre corpus, et il connaît des réalisations assez diverses, selon les consonnes finales du radical. La forme sous-jacente pourrait être [+cons, +pal] sans que le mode d’articulation soit précisé. Les réalisations sont [j] (ex 709) ou [ʃ] (ex 710). De plus, [j] est élidé après une consonne palatale (ex 711). Du fait de la rareté des occurrences, il est difficile de tirer des conclusions, sinon que ‑jì est toujours suivi de ‑r ɛ ́.

709. (a) yɔ́kɔ́yìn

ayant vu

(b) wáŋ kàn w-ɔ̀kɔ̀ː-jì-rɛ́

3p com 3pl-voir-rec-moy

Ils se regardent les uns les autres

710. (a) kúʃùn (b) kùʃìʃírɛ̀

ayant attaché s’étant attaché

711. (a) ŋɔ̀ɲàn (b) mɔ̀ŋɔ̀ɲìrɛ́

ayant aimé Nous nous aimons

Notes
1.

Du fait de la polyvalence des formes, tous les morphèmes ont été glosés moy, sauf –ji, le réciproque, et sì-r ɛ ̀-n, auxiliaire réfléchi.