9.10.1.2 Nom de procès

Le nom de procès est formé du radical auquel le préfixe thématique est adjoint. Toutefois, à la différence du converbe et de l’impératif singulier, dont la formation est identique, la voyelle finale est longue (ex 745), longueur permettant d’identifier ces formes verbales comme ayant un statut nominal.

745. (a) Φ-súrùː (b) Φ-súrù

th-descendre.v.fac th-descendre.v

fait de descendre descendant

Malgré une similitude de formation, la distinction avec l’impératif singulier est claire, même en cas d’identité des réalisations tonales, du fait de la différence de quantité vocalique. (746) illustre une paire de mots, le premier étant un impératif singulier, à voyelle finale brève, et le second un verbe nominalisé dont la voyelle finale est longue.

746. (a) Φ-fíyà (b) Φ-fíyàː

th-se.coucher-th th-se.coucher.v.noms

Couche-toi! fait de se coucher

Le nom de procès peut comporter le morphème singulatif le caractérisant nettement comme nom, plus que la longueur vocalique finale, bien que les formes suffixées soient moins fréquentes dans notre corpus. La longueur vocalique en finale de mot est parfois maintenue avant le suffixe nominal, contrairement aux nominaux, sans qu’il nous ait été possible de dégager de conditionnement. Dans l’énoncé (747), k ɔ ̀k ɔ ̀ːg, d’après notre informateur, est équivalent à tàtáy=nù quand elle va confirmant la nature verbale de cette forme. Il nous est cependant difficile de préciser la différence entre les deux réalisations, vu la rareté du nom de procès singulatif dans nos données. Dans l’exemple (748), tiré d’un texte hortatif, des impératifs singulier alternent avec des noms de procès singulatifs et ont un fonctionnement semblable à celui des converbes.

747. ɲɛ̀mbɛ́l=gù kɔ̀kɔ̀ː-g lútɔ̀-g dàrìŋ t-ɛ́n-ɛ̀ ɲɛ̀mbɛ́l

tortue=sg.def th.aller.v-sg chose-sg dos 3s-avoir.decl branchage1

ʃàbbàː n-ì-rɛ̀-r t-ɛ́n-ɛ̀

ressembler ptcp-aux-rec-pl 3s-avoir.decl

La tortue, quand elle marche, a quelque chose sur le dos qui ressemble à des branchages.

748. mìː sɛ̀sɛ̀l Φ-sú, Φ-yìkɛ́ː-g, k-ɔ̀yíː-g

2spropre th-aux.imp th-laver\moy-sg th-masser\moy-sg

kúl Φ-sì-rɛ̀ sɛ̀sɛ̀l Φ-súː-g tùgùd Φ-sú

encenser th-aux-ref propre th-aux-sg parfumer th-aux.imp

Toi, sois propre, lave-toi, masse-toi, sens bon, et une fois que tu es propre, parfume-toi! (TH08.07)

Du point de vue morphologique, le préfixe thématique adjoint au radical verbal permettrait d’intégrer le nom de procès dans un paradigme verbal. Malgré cela, cette forme apparaît dans des contextes syntaxiques dans lesquels elle est identifiée comme nom, et sera donc considérée comme tel dans son fonctionnement, malgré ses traits verbaux (ex 749, dans lequel elle assume la fonction de sujet d’une construction avec la copule, étant assimilée à un nom sur le plan syntaxique, bien qu’elle porte le suffixe de négation, une caractéristique morphologique verbale).

749. ɛ́njìː=nù k-ɔ̀ːs-âːnd-áː=nú hɔ́r t-ì

eau=defth-refuser-neg=def bon 3s-decl

Le fait de ne pas refuser de l’eau, c’est bien.

Il existe quelques noms de procès dont la consonne initiale, le préfixe thématique, est voisée, sans que nous n’ayons d’explication à ce phénomène (ex 750).

750. (a) k-ɛ̀ːl-ɛ̀-n (b) gɛ̀ːlɛ́-g

th-jouer-v-ant th.jouer-sg

ayant joué jeu

Le nom de procès a généralement moins de caractéristiques verbales syntaxiques que le participe, dans la mesure où le rôle de sujet / agentif n’est pas assigné (ex 751). Il peut cependant assigner le rôle d’objet (ex 752), ces distributions étant relativement rares dans notre corpus.

751.k-údúm-ùː

th-frapper-v

fait de frapper

752. lɔ́dɔ̀ː Φ-wúdàː

gombo th-récolter.v

récolte du gombo

Il a été relevé une forme verbale se distinguant du nom de procès par la réalisation tonale (ex 753). Ces paires étant rares, et les réalisations un peu hésitantes, nous les mentionnons, mais sans pouvoir tirer de conclusions valables en l’état actuel de notre recherche.

753. (a) jú-g Φ-yáŋàː=ná=gù t-í

jarre-sg th-boire.v=gen=sg.def 3s-decl

C’est la jarre pour la boisson.

(b) jú-g Φ-yàŋáː=ná=gù t-í

jarre-sg th-boire\noms=gen=sg.def 3s-decl

C’est la jarre pour boire.

Notes
1.

Par analogie avec le dessin de la carapace, sens dérivé de ɲɛ ̀mb ɛ ́l.