10.3.4.1 Sujet et objet

Le cas sujet est la forme absolue en maba (ex 807). Il est toutefois possible, tout comme pour l’objet, d’indiquer la définitude. Comme nous l’avons indiqué (voir 7.2), l’objet se distingue du sujet uniquement lorsqu’il est fortement défini et que le nom est un non-singulatif, auquel cas on emploie =nú=gù (ex 808). En cas de définitude moyenne, l’on emploiera =gu et =nu, clitiques employés pour le sujet également.

807. íríː sùŋgɔ̀ː=gín=nɛ́r Φ-súr-ú-n

léopard arbre=loc=abl th-descendre-v-ant

Le léopard étant descendu de l’arbre, …

808. ɛ̀sɛ́ː=nú=gù fɛ́ː Φ-sú-ŋ-ú-n

mil=def=obj nettoyer th.aux-sg-v-ant

Ayant nettoyé le mil, … (T1.27.01)

En masalit, contrairement au maba, l’objet est signalé de façon systématique par un arrondissement vocalique lorsque le nominal est à finale vocalique, et par ko lorsqu’il est à finale consonantique (Prinz 1998:24).

Le fait que les morphèmes =gu et =nu ne soient pas des marques casuelles mais qu’ils impliquent une notion de définitude ressort clairement de ce qu’il est possible d’avoir deux marqueurs pour deux rôles syntaxiques distincts dans un même énoncé (ex 809). Il est vrai que cette construction a souvent été relevée avec les verbes ayant pour signifié dire, mais on la trouve aussi avec d’autres verbes (ex 802).

809. sàgàr=gù drábà=gù ŋgàː t-ìr-í

chacal=sg.def hyène=sg.def comment 3s-aux\pres-decl

Le chacal dit à la hyène … (C5.11.12)

Le morphème =gú, lorsqu’il est adjoint à un pronom interlocutif disjoint, marque toujours l’objet, singulier ou pluriel. àm=gú, dans l’énoncé (810), serait considéré comme incorrect, du fait que le pronom disjoint élocutif assume la fonction de sujet et non d’objet. Il est nécessaire de signaler, par l’adjonction du clitique défini, que le pronom disjoint assume la fonction d’objet, =gú marquant non la définitude mais l’objet dans cette distribution,comme les interlocutifs sont plus susceptibles que le délocutif d’assumer la fonction de sujet, se situant plus haut dans la hiérarchie d’empathie.

810. àm nímmírɛ́ː mìː=gú rábbà mb-ír-ì

1s beau 2s=obj élever o2s.s1s/1/3p.aux\pas-decl

Moi, je t’ai bien élevé, toi. (TH02.07)

Du fait d’un encodage différentiel de l’objet, il peut y avoir confusion sur le plan formel entre le sujet et l’objet d’un verbe transitif, quand un sujet ou un objet de délocutif n’est pas exprimé (ex 811). La langue dispose de moyens pragmatiques pour lever l’ambiguïté, notamment par l’emploi des particules an et ti (voir 15.5.2).

811. àmárà=gù t-ɔ́kɔ́ː-r-ì

lion=sg.def 3s-voir.pas-pl-decl

Il a vu le lion. / Le lion l’a vu.