10.4.1 Augmentation de la valence

Un seul mécanisme d’augmentation de la valence est attesté, le causatif, formé à l’aide du préfixe nnd se substituant généralement au préfixe thématique pour former une nouvelle base (voir 9.3.4). Cette formation est relativement productive en l’état actuel de la langue. Le sujet de l’énoncé de départ est destitué, encodé comme objet dans la phrase modifiée, et un argument, le causateur, est ajouté à la construction du verbe, encodé quant à comme le sujet. Le rôle du patientif n’est pas modifié et son encodage reste celui d’un objet. Malgré les modifications dans les relations syntaxiques, les relations sémantiques restent identiques entre agentif et patientif de la construction de base. Dans l’énoncé (814a), kàlàgù est l’agentif, et ɲɛ ̀r ɛ ́g le patientif. Dans (814b), un argument est ajouté à la construction du verbe, àm,le sujet, auquel est assigné le rôle sémantique de causateur, et à kàlàgù celui de causataire, ɲɛ ̀r ɛ ́g restant le patientif.

814. (a) kàlà=gùɲɛ̀rɛ́-g t-íɲ-á-r-ì

enfant\sg=sg.def boule-sg 3s-manger-pas-pl-decl

L’enfant mange de la boule.

(b) àm kàlà=gù ɲɛ̀rɛ́-g á-nndíɲ-á-r-ì

1s enfant\sg=sg.def boule-sg 1s-caus.manger-pas-pl-decl

Moi, j’ai fait mangé de la boule à l’enfant.

Dans l’exemple (815), un argument est ajouté à un verbe transitif, en faisant ainsi un verbe à trois arguments. En adjoignant un argument à un verbe intransitif, fìyán ayant dormi, ayant été couché, on en fait un prédicat transitif, à deux arguments. Le patientif est alors marqué comme un objet, encodage prototypique pour cette relation grammaticale.

815. tɔ́rmbɔ́=gù w-ìmbìy-á

chameau=sg.def 3p-caus.se.coucher-pas

Ils ont fait baraquer le chameau.

Du fait de l’adjonction d’un argument, un verbe intransitif deviendra transitif, et un verbe transitif bitransitif. L’on pourrait donc s’attendre à ce qu’un verbe bitransitif, s’il admet la dérivation causative, ait quatre arguments, le causateur, le causataire, le patient et le bénéficiaire. Dans nos données, nous avons relevé un verbe bitransitif à la forme causative (ex 816). Malheureusement, la forme verbale n’est pas insérée dans un énoncé, ce qui ne nous permet pas de tirer de conclusions quant à la possibilité d’exprimer les arguments comme constituants nominaux ou à l’identité des morphèmes casuels ou définis qui leur seraient éventuellement adjoints.

816. ɔ́ntútɛ̀=tɛ̀

1s.caus.donner=fut

Je le lui ferai donner.

Le causataire n’est pas nécessairement animé, ainsi que le montre l’exemple (817), comme cela est le cas dans une partie des langues du monde.

817. màːɲíː t-ɛ̀nɛ́ː […] ndíŋír-í-n

affaires 3s-pos […] caus.sortir.vers-v-ant

Ayant sorti (fait sortir) ses affaires […] (T1.26.02)

Il est possible de combiner indices pronominaux objet-sujet et préfixe causatif (ex 818), bien que ces formes soient relativement rares dans les textes. L’indice objet-sujet, tout comme l’indice sujet, dont la relation avec le radical verbal est moins étroite, est placé à la gauche du préfixe causatif.

818.(a) mb-àntàl-ánd-ì

o2s.s1s/1/3p-caus.courir-neg-decl

Je ne t’ai pas fait courir.

(b) sûː=gín Φ-kɛ́y-ì-n ànd-ànndàllìy-á

marché=loc th-aller\pl-v-ant o1s.s2/3s.caus.fatiguer-pas

Aller souvent au marché m’a fatiguée.

La dérivation causative est incompatible avec la formation d’un médio-passif. Il serait envisageable que les verbes pour lesquels cette seconde formation n’est pas admise comprennent une composante de causation dans leur sens de base. Ainsi, náràn ayant apporté, pour lequel le médio-passif n’est pas accepté, pourrait être interprété comme le fait de faire subir un procès à un patientif. Néanmoins, ce point demande une étude sémantique approfondie.

La formation du passif à partir d’un causatif n’est pas attestée, alors qu’elle l’est avec un autocausatif, yìk ɛ ̀n s’étant lavé, par exemple, ayant été relevé avec le préfixe nnd- (ex 819).

819. t-ìnnd-ìk-ɛ́

3s-caus.se.laver-decl

Il le fait se laver.

Les langues connaissent souvent plusieurs façons d’exprimer la causation, que ce soit par la morphologie, dérivation productive en maba, mais également des formations analytiques ou des causatifs lexicaux, dont nous n’avons relevé qu’un petit nombre dans le corpus (ex 820).

820. ɲàmú=gù síːr Φ-sù-ŋ!

graisse=sg.def faire.fondre th-aux-sg.imp

Fais fondre la graisse!

Les causatifs analytiques ne sont pas attestés, bien que l’on relève des constructions séquentielles avec ndrìyàn ayant fait. Il faut noter que ce type de construction est fréquent dans la langue par ailleurs, que ce soit les successions de converbes (ex 821a) ou les constructions séquentielles à proprement parler, dans lesquelles le premier verbe ne comprend pas de suffixe et qui traduisent une action considérée comme un tout (ex 821b). Ces structures n’impliquent toutefois pas la causation, mais une séquence de procès dans tous les cas.

821. (a) ʃáːyɛ̀ː=nu Φ-ndrìy-à-n Φ-yáŋ-á-n sûː=gín á-ká=tɛ̀

thé=def th-faire-v-ant th-boire-v-ant marché.loc 1s-aller=fut

Après avoir fait le thé et l’avoir bu, j’irai au marché.

(b) wɛ́rrɛ́dɛ̀ t-ìy-ɔ̀=nú jàː Φ-wùràŋ Φ-ndrìː

aube.int 3s-devenir-pas=tps emph th-se.lever th-faire

w-ìɲ-í

3p-manger-decl

Quand l’aube est arrivée, ils se lèvent, font le repas et mangent. (T1.30.07)