10.4.2.1 Réciproque et réfléchi

Les notions de réciprocité et de réflexivité sont proches du point de vue du sens, dans la mesure où l’argument sujet, dans les deux cas, est à la fois agentif et patientif du procès. Toutefois, dans le cas du réfléchi, le sujet est agentif et patientif du procès qu’il exerce sur lui-même, le verbe n’ayant qu’un seul participant, alors que, dans le cas du réciproque, le verbe a deux arguments, chacun étant l’agentif et le patientif. En maba, il n’est pas possible de préciser, pour la plupart des verbes, si agentif et patientif sont coréférentiels ou non. Ainsi, l’énoncé (824) peut recevoir les deux interprétations, réciproque ou réfléchi, le sens de base étant que les chiens ont subi des morsures et qu’ils en ont infligé, le contexte et les participants impliquant toutefois la réciprocité.

824. w-ìːsì-rɛ́

3p-mordre-moy

Ils se mordent

La distinction entre les deux sens n’est pas corrélée à un changement morphologique, de façon générale, le sens de réciproque ou de réfléchi étant déterminé par la classe du verbe et le contexte extralinguistique. Il existe toutefois des formes spécialisées, les suffixes ‑jì‑r ɛ ́, affixés à la droite des morphèmes tam, ‑jì marquant la réciprocité et ‑r ɛ ́ le médio-passif (ex 825), bien que cette combinaison de suffixes soit peu fréquente dans le corpus. alors que la formation avec ‑r ɛ ́ indiquant que le sujet est à la fois agentif et patientif sans préciser s’il est le seul participant au procès, est plus usitée (ex 826). Il est vrai qu’un sujet pluriel aura plus naturellement une interprétation réciproque, quel que soit le mode de dérivation.

825. w-ɔ̀kɔ̀ː-jì-rɛ́

3pl-voir-rec-moy

Ils se regardent

826. m-ùrkù-rɛ́

1s-acheter\moy-rec

Nous commerçons (i.e. nous achetons et nous vendons les uns aux autres)

Le maba connaît une expression lexicale de la réflexivité, rendue par l’expression t ɛ ́g ɛ ́d tìr soi - même, seul, dont le premier terme est identique à celui ayant pour signifié une fois, un seul et dérivé du numéral t ɛ ́g un, et le second pourrait être une forme non finie figée de tìrí 3s.aux (ex 827a). Le sens de cette expression est cependant plus large que la réflexivité, comme l’exemple (827b) l’illustre. Un terme emprunté à l’arabe tchadien, náfìs âme, est quelquefois employé dans le même sens (ex 827c), ces constructions ne sont toutefois pas d’emploi très courant. Il faut noter l’emploi, dans l’exemple (827a), d’une forme passive, alors que l’actif est employé dans l’exemple (827b), pour un sens identique, ces formes étant exigées par les constructions, intransitive dans le premier cas, transitive dans le second.

827. (a) tɛ́gɛ́d tìr t-úy-ɔ̀ (b) tɛ́gɛ́d tìr à-k-á

un.sfx ? 3s-tuer\moy-pas un.sfx ? 1s-aller-pas

Il s’est suicidé. Je suis partie seule.

(c) náfìs t-ɛ̀nɛ́ː=nu t-úy-à

âme 3s-pos=def 3s-tuer-pas

Il s’est suicidé.