À côté de formes exprimant la réflexivité ou la réciprocité et d’un passif prototypique, où le remodelage des rôles est aisément identifiable, il existe des formes pour lesquelles le verbe assigne le rôle de patientif au sujet. Il ne s’agit toutefois pas d’un véritable passif, dans la mesure où l’intervention d’un agent n’est pas récupérable dans le contexte, et où l’on ne promeut pas l’objet de la construction de base. Ces formes
‘minimisent l’interaction d’une force extérieure en insistant sur une prédisposition particulière du référent du sujet à subir le procès (Creissels 2006a:71-72).’L’on parlera de décausatif pour cette dérivation. Dans l’exemple (836), t ɔ ̀bb ɔ ̀ːn ɔ ́ est la forme décausative du verbe fáːnàn ayant laissé, ayant fait tomber.
836. kɛ̀dɛ́mìː=nu t-ɔ̀bbɔ̀ːn-ɔ́1
œuf=def 3s-laisser\moy-pas
Les œufs sont tombés.
Les formations passives et décausatives sont identiques formellement, et l’on pourrait envisager de les regrouper sur le plan sémantique également. Ce qui justifie toutefois de faire une distinction est le fait que l’on relève des formes non dérivées, ayant une structure vocalique identique à celle des formes décausatives, et pour lesquelles le verbe assigne un rôle de patientif à son sujet (ex 837a). À côté de ces verbes l’on relève également des verbes ayant un sens clairement actif, en l’état actuel de la langue, bien qu’ayant une morphologie de type décausatif (ex 837b).
837. (a) k-ɔ́mmɔ́r-ì-n (b) Φ-ŋgɔ́s-ì-n
th-souffrir-v-ant th-broyer-v-ant
ayant souffert ayant broyé, écrasé (le mil)
Dans des cas où le référent du sujet ’peut être reconnu comme étant à la fois l’instigateur et le lieu de manifestation d’un procès’, mais sans qu’il ne s’agisse de réflexivisation au sens strict, comme
‘le verbe transitif correspondant suggère […] une différence de nature sémantique entre sujet et objet qui s’oppose à un cumul des rôles, ou rendent difficilement concevable une stricte interprétation réfléchie (Creissels 2006a:70-71)’l’on parlera d’autocausatif (ex 838).
838. ɛ́njìː Φ-ɲáːm-á-n Φ-yìk-ɛ̀-n
eauth-prendre-v-ant th-se.laver-v-ant
Ayant pris de l’eau et s’étant lavé, … (T1.33a.02)
k ɛ ̀d ɛ ́mìː a une interprétation massive et non plurielle, d’où le singulier de la forme verbale.