11.3.2 Formations irrégulières

Nous revenons, dans cette partie, sur les formations irrégulières et supplétives de la négation, formations concernant les prédicats existentiel et possessif. Dans les deux cas, les formations régulières sont attestées et sont en concurrence avec les formes irrégulières, ayant le plus souvent une nuance légèrement différente. Nous renvoyons aussi à la partie 9.4.3.4 pour des informations complémentaires, partie d’où nous avons repris les exemples.

11.3.2.1 índàn ayant existé

La négation du prédicat existentiel, índàn, peut se faire d’une façon régulière mais connaît également deux réalisations supplétives que leur formation rapproche de la copule. Ces formations irrégulières sont construites à l’aide de kàː, morphème distinct de celui indiquant la coordination. kàː tí il n’est pas, il n’existe pas peut aussi être réalisée káːy (kaː+decl), comme nous l’avons indiqué.

Nos informateurs affirment que les formes de la négation du prédicat existentiel, la forme régulière ainsi que celle avec kàː, sont équivalentes du point de vue du sens. Il semble cependant exister une nuance entre la forme régulière et la négation avec kàː, la première (ex 866a), insistant sur le fait que l’individu ne se trouve pas dans la case au moment où l’on parle, alors que dans (866b) l’on indique que ma mère ne se trouve pas à Abéché, n’y résidant pas.

866. (a) mɛ́sɛ́ː=nu t-índ-ànd-ì

case=def 3s-exister-neg-decl

Il n’est pas dans la case.

(b) m-íɲíŋ àbbɛ́ʃɛ̀ kàː t-í

1s-mère Abéché neg 3s-decl

Ma mère n’est pas à Abéché.

En ce qui concerne la différence entre kàː + copule et káːy, un examen des occurrences dans les textes permet de poser comme hypothèse une distinction soit de définitude, la locution kàː + copule étant moins définie, soit pragmatique, comme ces formes ne semblent pas avoir le même sens, la seconde présentant une négation globale plutôt qu’individuelle. La traduction, approximative, que nous proposons pour l’exemple (867a) serait Il n’y a pas quelqu’un, personne n’est là alors que (867b) signifie plutôt Il n’y a personne.

867. (a) kàŋ kàː t-í (b) kàŋ káːy

humain.sg neg 3s-decl humain.sg 3s.neg.decl

Personne n’est là. Il n’y a personne.

La négation de la copule est identique à la négation du prédicat existentiel, notamment dans les constructions focalisantes (ex 868), du fait que la frontière entre prédicat existentiel et copule n’est pas étanche. Il est vrai que nier la relation entre un sujet et son prédicat revient d’une certaine façon à nier l’existence de l’un des référents.

868. lútɔ̀-g1búr n-ìr káːy

chose-sg parler ptcp-aux 3s.neg.decl

Il n’y avait personne qui parlait. (C5.04.27)

11.3.2.2 n ɛ ́ː ayant eu

Pour le verbe n ɛ ́ː ayant eu, la négation est habituellement formée par supplétion, le second radical étant nàmbáy (ex 869).

869. ɲú-g n-àmbáy

chien-sg th.2s-ne.pas.avoir.decl

Tu n’as pas de chien.

L’on relève cependant un flottement dans l’usage. En effet, n ɛ ́ː+‑aːnd, la formation régulière de la négation est adjoint au radical verbal, est attestée, bien qu’employée par une partie des locuteurs seulement. Les Kabartu, dont on dit qu’ils parlent le maba le plus pur, utiliseraient les deux formes, t ɛ ̀nâːndì (ex 870a), négation de la possession, présupposant que l’on n’a jamais disposé du référent, alors que tàmbáy (ex 870b) implique que l’on ne détient plus l’objet dont il est question. L’une de nos informatrices acceptait t ɛ ̀nâːndì mais le considérait comme équivalent à tàmbáy, alors que d’autres refusaient la forme régulière.

870. (a) ìmám=gù mɛ́sɛ́ː=nu kúllɛ́y t-ɛ̀n-âːnd-í

imam=sg.def case=defgrand 3s-avoir-neg-decl

L’imam n’a pas de grande case (et n’en a jamais eu).

(b) ìmám=gù mɛ́sɛ́ː=nu kúllɛ́y t-àmbáy

imam=sg.def case=defgrand 3s-ne.pas.avoir.decl

L’imam n’a plus de grande case.

Notes
1.

lút ɔ ̀g a un sens très général d’indéterminé et n’exclut pas l’animacité du référent.