11.4.1 Questions polaires et rhétoriques

L’ordre des constituants dans les questions polaires et rhétoriques, sov, est identique à celui de la phrase déclarative, l’interrogation étant marquée par un suffixe verbal, ‑aː, s’intégrant dans le paradigme des morphèmes de modalité.

Nous donnerons un exemple d’interrogation polaire avec un verbe intransitif (ex 871) et un avec un verbe transitif à divers tiroirs verbaux (ex 872), illustrant la forme affirmative ainsi que la forme interrogative.

871. (a) sûː=gín t-úŋ-ɔ̀

marché=loc 3s-sortir.de\pas-pas

Il est allé au marché

(b) sûː=gín t-íŋ-âː?

marché=loc 3s-sortirde-q

Est-il allé au marché?

872. (a) ɲɛ̀rɛ́=gù Φ-ndríː=tɛ̀ːt-í

boule=sg.def th-2s.faire=fut

Tu feras la boule.

(b) ɲɛ̀rɛ́=gù Φ-ndríː=tɛ́ːt-àː?

boule=sg.def th-2s.faire=fut-q

Feras-tu la boule?

Les questions rhétoriques se distinguent des interrogations polaires par une insistance sur la voyelle finale de l’énoncé et une intonation généralement descendante. Le contexte extralinguistique (ex 873) joue néanmoins un rôle non négligeable dans les cas où les indices linguistiques ne permettent pas de trancher entre les interprétations.

873. núŋ máʃí-g yàg t-úɲ-á-r-àː?

2s.père homme-sg emph 3s-accoucher.pas-pl-q

Ton père, un homme, a accouché? (C5.10.42, tiré d’un conte)

Le verbe est souvent à la forme négative, une question rhétorique exprimant la surprise devant un fait contraire à celui que l’on attend (ex 874).

874. lútɔ̀-g tɛ́-g Φ-nàr-âːndɛ̀r-âː?

chose-sg un-sg th-2s.apporter-neg.irr-q.rhe

Tu n’as vraiment rien apporté?

Le morphème =t ɛ ́r indiquant l’irréel est fréquent dans ce type d’interrogation. Il faut remarquer également le ton de –aː ainsi que la présence de yag (ex 875), morphème ayant une fonction d’insistance ou d’opposition, jouant un rôle pragmatique mais non syntaxique.

875. àŋgá-g nàmbáy yág [g-àr-aː]?

calebasse-sg sansemph th.2s-venir-q.rhe

Tu es venue au puits sans calebasse?

Une question rhétorique peut être posée sans que le verbe ne comporte de marque morphologique, l’intonation, la longueur vocalique finale ainsi que le contexte suffisant à indiquer que le locuteur interroge en attendant une confirmation de sa question (ex 876, où le chacal s’adresse à la hyène en répétant sa question comme celle-ci avait nié la première fois, alors qu’elle est connue comme voleuse).

876. mìː lútɔ̀ː kàníː Φ-ndrùkùl-ɛ́-r=tɛ́r-ìː?

2s chose humain.gen th-2s.abîmer-pas-pl=irr-decl

Toi, tu n’as vraiment rien abîmé à personne? (C5.05.21)

L’intonation n’est pas pertinente pour l’identification de l’énoncé comme interrogation, des mélodies descendantes tout comme montantes ayant été relevées, ces dernières dans le cas des interrogations rhétoriques essentiellement. Ainsi, l’un de nos informateurs nous a donné la paire suivante (ex 877), qui illustre cette distinction. Dans les contextes naturels, la longueur vocalique ainsi que la mélodie générale de l’énoncé sont également à prendre en compte pour l’interprétation d’un énoncé comme question réelle ou comme question rhétorique, le contexte extra-linguistique apportant également des indices.

877. (a) mìː tɛ̀gɛ̀d àmáràk l-ɔ̀kɔ̀-r-áː?

2s un.sfxlion.sg th.2s-voir-pl-q

Toi, as-tu déjà vu un lion? (Réponse: oui ou non)

(b) mìː tɛ̀gɛ̀d àmáràk l-ɔ̀kɔ̀-r-âː?

2s un.sfxlion.sg th.2s-voir-pl-q.rhe

Toi, as-tu même déjà vu un lion une fois? (Réponse: non)