11.8.1 Prédication possessive

Le verbe employé dans la première des constructions possessives, n ɛ ́ː, est un verbe défectif, comme la forme négative est formée à partir d’un radical différent pour la plupart des locuteurs (ex 933), ainsi que nous l’avons indiqué dans la partie 9.4.3.4. Du fait qu’il assigne des rôles sémantiques, celui de possédant et de possédé, aux participants de sa construction, il s’intègre clairement dans la classe des verbes. Tous les tiroirs verbaux sont attestés pour n ɛ ́ː, le radical de la forme affirmative, ainsi que pour nàmbáyàn, employé à la forme négative. Le participe de ce dernier radical, nàmbáy, est employé comme postposition, avec le sens de sans (voir 9.10).

933.(a) tɔ́rmbɔ̀-g ɛ́-n-ɛ̀

chameau-sg 1s-avoir-decl

J’ai un chameau.

(b) tɔ́rmbɔ̀-g à-mbáy

chameau-sg 1s-ne.pas.avoir.decl

Je n’ai pas de chameau.

Les relations sémantiques exprimées par la construction possessive prédicative sont assez diverses, allant de la possession au sens courant (ex 934a) à l’expression de la parenté (ex 934b) en passant une caractérisation morale ou physique permanente ou temporaire (ex 934c et 934d), le sens commun étant toujours une relation à la sphère personnelle d’une entité. Cette diversité est commune dans les langues du monde.

934. (a) kàŋ mùʃɔ̀ŋ=gù máŋgá kùŋàːl t-ɛ́n-ɛ̀

humain.sg femme.sg=sg.def mangue trois 3s-avoir-decl

La femme a trois mangues.

(b) kàŋ mùʃɔ̀ŋ=gù kɔ́l-íː kùŋàːl t-ɛ́n-ɛ̀

humain.sg femme.sg=sg.def enfant\pl-pl trois 3s-avoir-decl

La femme a trois enfants.

(c) mùʃɔ̀ŋ gúdrà-g t-ɛ́n-ɛ̀

femme.sg force-sg 3s-avoir-decl

La femme est forte. (litt : a de la force)

(d) mùʃɔ̀ŋ t-ɛ̀nɛ́=gù jàː bɔ̀ɲ cɔ́ːrɔ̀ː t-ɛ́n-ɛ̀

femme.sg 3spos=sg.def emph nez gros 3s-avoir-decl

Sa femme a un gros nez.