12Les propositions complexes et la subordination

12.1Considérations générales

Dans cette partie, nous considérerons les propositions complexes, que la relation entre les propositions soit indiquée uniquement par la forme verbale, par la forme verbale et un morphème de subordination ou par la relation sémantique qu’entretiennent les prédicats sans que celle-ci ne soit indiquée sur le plan morphologique. Une proposition complexe sera définie par le fait qu’elle comporte plus d’une unité phrastique, celle-ci comprenant un verbe conjugué ou un converbe, que les prédicats partagent ou non les arguments et que le verbe conjugué soit un verbe fini ou non.

L’on relève trois types de relations entre propositions, se situant sur un continuum allant de propositions se trouvant sur le même plan, sans indication morphosyntaxique, aux propositions subordonnées, dans lesquelles l’une des propositions est subordonnée à la seconde, relation marquée par la forme verbale non finie et un morphème de subordination. Les propositions peuvent également se trouver dans une relation de dépendance mais non de subordination, relation marquée par l’emploi du converbe en cas de coréférence du sujet des deux propositions ou d’un morphème de coordination dans le cas contraire.

L’on parlera de subordination lorsque l’une de ces unités, la matrice, est proéminente sur les plans morphosyntaxique et sémantique, et que les autres sont dans une relation de dépendance qui peut être indiquée, nous l’avons mentionné, par un morphème adjoint au verbe de la subordonnée et / ou par une forme verbale non finie. La classe sémantique du verbe de la proposition matrice ainsi que les restrictions de tam pour le verbe subordonné peuvent signaler la dépendance, en l’absence d’indication morphologique. Des restrictions concernant l’emploi des tiroirs verbaux ainsi que des formes verbales dans la proposition subordonnée ont été relevées, restrictions qui sont par ailleurs l’un des critères de définition de la subordination et qui permettent de préciser les relations entre les propositions.

Un indice sur la relation entre les propositions, en plus de la forme verbale et de la présence éventuelle d’un morphème subordonnant, est donné par la prosodie. En effet, l’intonation est descendante en finale d’énoncé ou d’unité, les tons que l’on relève dans ces contextes tendant à être réalisés bas ou moyen, alors que la mélodie est montante ou égale en finale de proposition dépendante (ex 939), cette caractéristique intonative se vérifiant pour les propositions où la subordination est marquée par un morphème tout comme pour les propositions juxtaposées et coordonnées. La mélodie d’une proposition subordonnée, plus rarement celle d’une proposition coordonnée, peut cependant être descendante lorsque le locuteur marque une pause entre subordonnée et matrice, qu’il s’agisse d’une pause de mise en relief ou d’hésitation.

939. (a) t-ár-à

3s-venir-pas

Il est venu.

(b) táŋ [t-ár-áː=wáŋ] ʃáːyɛ̀ː t-áŋ-í-r=tɛ́r-ì

maison 3s-venir-pas=caus thé 3s-boire-pas-pl=irr-decl

Il a bu le thé puisqu’il est rentré à la maison.

L’ordre des constituants dans les propositions complexes, quel que soit le type de relation et de construction, est le suivant, reflétant l’ordre canonique des constituants du syntagme verbal :

Proposition subordonnéeProposition matrice

Le tableau 59 récapitule les formes verbales marquant les relations entre propositions, nous y avons inclus les propositions coordonnées et juxtaposées, afin de donner une image aussi complète que possible. Les exemples correspondant aux types de relations, sur lesquels nous reviendrons dans la suite du travail, sont donnés dans le tableau 60.

Tableau 59 : Relations entre propositions
  Prop 1 Morphème Prop 2
Forme verbale
Forme verbale Relations avec prop 2  
Subordonnées Non finie Dépendance oui Finie
Converbes 1 Non finie Dépendance non Finie
Converbes 2 Non finie Non dépendance non Finie
Juxtaposées 1 Finie Non dépendance non Finie
Juxtaposées 2 Finie Restreint (tjs futur) non Finie
Coordonnées Non finie Non dépendance oui Finie
Tableau 60 : Exemples
Subordonnées lìŋày wàwáy=nún dɛ̀g túkúnùn wúyà
Comme ils allaient sur le chemin, ayant trouvé une vache, ils la tuèrent
Converbes 1 tíŋ wàwáy
En allant ils sortirent
Converbes 2 tíŋín wàwáy
Ils sortirent puis allèrent
Juxtaposées 1 ɛ́njìː lɔ̀llíː tíːríŋár=tɛ̀ ɛ̀sɛ́ː ɛ̀rɛ́w=tɛ̀
Il pleuvra beaucoup, je récolterai beaucoup de mil
Juxtaposées 2 báːr mɛ́níːnu áká=tɛ̀ àdày
Je veux aller rapidement dans notre pays
Coordonnées ɛ́lì jàŋ táːr=ká ɔ́kɔ́ːrì
Ali est sorti à pied et je l’ai vu

Les converbes, bien que dépendants d’un verbe principal sur le plan morphologique, peuvent assumer la fonction de matrice pour une proposition. De même, une proposition juxtaposée peut être subordonnée, ceci étant le cas dans certaines propositions complétives.

Nous nous limiterons dans ce chapitre à l’étude de la subordination et de l’emploi des converbes, deux constructions dans lesquelles une relation de dépendance, et quelquefois de subordination, est établie entre deux prédicats, la coordination et la juxtaposition de propositions étant traitées dans le chapitre suivant, du fait qu’elles n’impliquent pas la proéminence de l’une des propositions. Toutefois, une relation de subordination peut être encodée par la juxtaposition de propositions, comme nous le verrons pour les propositions complétives. En ce qui concerne la coordination (voir 13.1.2), dans laquelle la relation est marquée formellement par le morphème = adjoint au verbe, non fini, de la première proposition, les propositions entreraient dans la classe des propositions subordonnées si l’on retenait le critère de la forme verbale pour l’identification de celles-ci. Toutefois, si l’on prend en compte le critère d’occurrence des tiroirs verbaux, ne connaissent pas de restrictions dans les propositions coordonnées, elles sont indépendantes. De plus, ces propositions sont autonomes sur le plan sémantique et ne seront donc pas considérées comme subordonnées.

Sur le plan terminologique,’non fini’ se réfère à la forme verbale, et ’subordonnée’ à la relation qu’entretiennent les propositions.

Dans les parties suivantes, nous présenterons les types de propositions subordonnées, en indiquant leurs relations avec la proposition matrice, ainsi que les morphèmes marquant chaque type de subordination (12.3). Les restrictions d’emplois des tiroirs verbaux dans les propositions subordonnées et principales seront précisés au fur et à mesure du travail. Enfin, nous traiterons des converbes, prédicats de propositions pouvant indiquer la subordination ou être plus proches de la coordination (12.4). Mais avant cela, nous reviendrons brièvement sur les formes verbales employées dans la subordination (12.2).