Les deux morphèmes suivants permettant de préciser des informations discursives tout en ayant une valeur temporelle.
12.3.3.2.1 =tíŋ
Une subordonnée marquée par le morphème =tíŋ apporte des informations d’arrière-plan, précise le cadre de l’action de la matrice, mais donne également des indications faisant progresser le récit. L’emploi de =tíŋ pose deux évènements comme se succédant dans le temps, tout en étant clairement distincts (ex 985 et 986). Une étude plus approfondie des occurrences dans les textes permettra de préciser la fonction de ce morphème dans un contexte plus large, étude que nous n’avons pu mener, =tíŋ étant rare dans notre corpus.
985. (a) t-úŋ-ɔ́=tìŋ wùjáː t-ùjùk-âːnd-í
3s-sortir.de\pas-pas=tps encore 3s-revenir-neg-decl
Une fois qu’il est sorti, il ne revient plus. (M12.26)
(b) sûː=gín kɔ̀k-ɔ̀-n ɲúː trák-á-n tí táŋ
marché=loc th.aller-v-ant viande th.acheter-v-ant emph maison
à-ká=tíŋ tá súː à-ndrìy-á-r-ì
1s-aller=tps emph sauce 1s-faire.pas-pl-decl
Après être allée au marché et avoir acheté de la viande, j’ai fait la sauce une fois que je suis allée à la maison.
986. sàgàr=gù t-àr-âːnd-á=tíŋ, ɔ́jùː t-úy=kà
chacal=sg.def 3s-venir-neg-nfn=tps faim 3s-tuer=coor
Comme le chacal n’est pas revenu, il (le lion) a eu faim, et … (C5.09.32)
D’après nos informateurs, ce morphème comprend une notion déictique, pouvant avoir pour origine la ressemblance du subordonnant avec le démonstratif (ex 987). Toutefois, comme le morphème d’emphase ti est généralement réalisé dans ces énoncés, ce sens peut résulter d’une combinaison de ce dernier et du morphème de subordination.
987. ɛ̀sɛ́ː ɔ̀-ŋgɔ̀s-í-r=tíŋ tí sùŋgɔ̀-yí á-k-à
mil 1s-écraser-pas-pl=tps emphbois-loc 1s-aller-pas
Je suis allé chercher du bois quand j’ai eu écrasé le mil en question.
Le morphème =tíŋ a été relevé avec des verbes au passé (ex 988a) ou à la forme non finie (ex 988b), les seules relations temporelles indiquées étant la consécutivité dans ce type de construction, le cadre devant être posé avant l’événement de la matrice.
988. (a) ɲúː1=nu=kàː káy=nú=kàː tɔ́rmbɔ̀=gù
viande=def=coorhumain.pl=def=coor chameau=sg.def
Φ-yɔ̀ːl-í fɛ̀rîː=gín t-ày-á=tíŋ sɛ́d
th-pleurer-v campement=loc 3s-entrer.depuis-nfn=tps tourner
w-ùrɔ́-ŋ=tɛ̀=nu
3p-aux\moy-sg=fut=tps
Les animaux et les gens, quand le chameau est entré en blatérant dans le campement, se sont retournés (C3.01b.46)
(b) ɲílìː ŋgálàː w-índ-à=tíŋ, sàgàr=gù drábà=gù ŋgàː
peu peu 3p-exister-nfn=tps chacal=sg.def hyène=sg.def comment
t-ìr-í
3s-aux\pres-decl
Quand ils ont été là un petit moment, le chacal dit : ’Alors?’ à la hyène. (C5.11.12)
12.3.3.2.2 =náŋ
La fonction du morphème =náŋ est elle aussi essentiellement discursive, signalant une subordonnée introduisant une information d’arrière-plan (ex 989a). Cette construction contient une notion de durée, qui pourrait être induite par le contexte ou les informations données (ex 989b). À la différence de =tíŋ, =náŋ ne semble pas faire avancer le récit. Ce morphème étant rare dans notre corpus, nous ne pouvons être trop affirmative, et ce point demande lui aussi une étude plus détaillée.
989. (a) kɔ̀k-ɔ̀-n hájjɛ̀ Φ-sù-ŋ-ù-n t-átár=nàŋ, àː
th.aller-v-ant péleriner th-aux-sg-v-ant 3s-venir-pas=tps ainsi
t-ìr-í
3s-aux\pres-decl
Dès qu’il est revenu du pèlerinage, il dit … (C4.03.04)
(b) lìŋàː=gín m-àmáy=náŋ, ɛ́rìk m-úkún-ɔ́=tɛ́r-ì
piste=loc 1p-aller=tps biche.cochon.sg 1p-trouver-pas=irr-decl
Quand nous étions en route, nous avons trouvé une biche-cochon. (T3.03.10)
Le présent et le passé sont relevés dans la subordonnée (ex 990), le tiroir verbal indiquant la relation temporelle entre les propositions, consécutivité dans le cas du passé, et simultanéité dans le cas du présent, sens régulièrement dégagés pour ces emplois.
990. (a) à-k-á=náŋ mìː g-àr-á
1s-aller=tps 2s th.2s-venir-pas
Toi, tu es venu quand j’étais parti.
(b) à-káy=náŋ mìː g-àrá
1s-aller=tps 2s th.2s-venir-pas
Toi tu es venu quand je pars.
(c) táŋ t-ár-á=náŋ ʃáːyɛ̀ː t-àŋ-í
maison 3s-venir=tps thé 3s-boire-decl
Il boit du thé quand il est rentré.
Ce terme a également le sens d’animal.