12.3.3.3 Relations logiques

Les morphèmes de subordination adverbiale expriment également des relations logiques, le but, la causalité et la concession.

12.3.3.3.1 =ná but

La proposition de but est marquée par =ná (ex 991a), morphème exprimant par ailleurs l’attribution et le génitif dans les distributions nominales (ex 991b). Nous renvoyons à la partie sur le génitif (voir 7.3.6.2), dans laquelle nous avons exposé les raisons qui nous ont amenée à poser un morphème ayant deux fonctions, signifiant l’attribution dans le constituant nominal et le but dans un constituant verbal.

991. (a) ɲàmú-g à-rák=tɛ̀=ná sûː=gín á-kár-à

huile-sg 1s-acheter=fut=but marché=loc 1s-venir-pas

Je suis venue au marché pour acheter de l’huile.

(b) mɔ̀mɔ́=gù àmáràk=náː kɔ́l-íː=nú k-ár-á-n

lièvre=sg.def lion.sg=gen enfant\pl-pl=def th-venir-v-ant

Le lièvre étant venu chez les enfants du lion, … (C5.04.02)

Le verbe est nécessairement au futur dans ces subordonnées, alors que celui de la proposition matrice a été relevé à tous les tam, mis à part l’irréel marqué par =t ɛ ́r (ex 992) le futur de la subordonnée indiquant que l’action de la subordonnée est postérieure à celle de la proposition matrice.

992. (a) ʃɛ̀ríyɛ̀ː w-ìndríː=tɛ̀=ná lál w-ùr-ŋ-ɔ́

jugement 3p-faire=fut=but réunir 3p-aux\moy-sg-pas

Ils se sont réunis pour prononcer le jugement.

(b) sûː=gín á-ká=tɛ́=ná ndrɛ̀kɛ̀-túː=nu á-wk-ì

marché=loc 1s-aller=fut=but habit-pl=def 1s-laver-decl

Je lave mes habits pour aller au marché.

(c) kɛ̀dɛ́mìː=nu à-wàyí-n=tɛ̀=ná àŋgá-g ɛ̀ndí

oeuf=def 1s-verser-sg=fut=but calebasse-sg o1s.s2/3s-donner.v

Donne-moi la calebasse pour que j’y mette les œufs.

12.3.3.3.2 =wáŋ causalité

La causalité est exprimée à l’aide du morphème =wáŋ (ex 993), une idée de temporalité pouvant lui être associée (ex 994). La temporalité sera définie par le contexte, la distinction que fait le français entre puisque et dès que n’étant pas toujours nette pour tous nos informateurs. Dans l’exemple (994), il ne peut boire le thé qu’une fois rentré, quelle que soit la relation entre les faits (causalité ou consécutivité).

993. (a) kùllà-g m-àmbáy=wáŋ, […] àm=gú tà kùllà-g

grand-sg 1p-ne.pas.avoir=caus 1s=obj emph grand-sg

ɔ̀mb-ɔ́s=ká

o1s.s2/3p-faire=coor

Puisque nous n’avons pas de chef, […] vous me ferez chef, moi, et … (C5.11.16-17)

(b) tìː sím t-áŋ-í-r=wàŋ t-íː=tɛ̀

3s poison 3s-boire-pas=caus 3s-mourir=fut

Lui, il mourra puisqu’il a bu du poison.

994. táŋ t-ár-á=wàŋ ʃáːyɛ̀ː t-áŋ-í-r-ì

maison 3s-venir-pas=caus thé 3s-boire-pas-pl-decl

Il a bu le thé puisque / dès qu’il est rentré à la maison.

=wáŋ, tout comme =tiŋ, présente une ressemblance formelle avec le déictique, mais sans qu’il ne soit possible, dans ce cas non plus, de dégager de relation entre les deux morphèmes.

12.3.3.3.3 =gín concession

La relation de concession est exprimée par le morphème =gín (ex 995), homophone du morphème employé dans le syntagme locatif. Du fait qu’il est impossible, à la différence de la relative locative (ex 996), de restituer un antécédent générique marquant la localisation spatiale ou temporelle, antécédent que la proposition marquée par =gín déterminerait, nous considérons qu’il s’agit de morphèmes distincts. Le sens concessif résulte de la combinaison du morphème de subordination et des tiroirs verbaux employés dans les deux propositions, l’action de la subordonnée se situant nécessairement avant celle de la matrice et le verbe de la matrice étant à la forme négative. Cette relation entre sens et emplois du morphème et des tiroirs verbaux avait déjà été remarquée dans le cas des propositions temporelles.

995. (a) ɛ́njìː lɔ̀llíː t-íːríŋ-á-r=gín ɛ̀sɛ́ː lɔ̀llíː w-ùkɔ́n=t-âːn

eau beaucoup 3s-pleuvoir-pas=con mil beaucoup 3p-trouver=fut-neg

Bien qu’il ait beaucoup plu, ils ne récolteront pas beaucoup de mil.

(b) ɛ́njìː lɔ̀llíː t-íːríŋ=gín ɛ̀sɛ́ː lɔ̀llíː w-ùkɔ́n=t-âːn

eau beaucoup 3s-pleuvoir=con mil beaucoup 3p-trouver=fut-neg

Bien qu’il pleuve beaucoup, ils ne récolteront pas beaucoup de mil.

996. bàrí-g lìŋà-g mbàːr w-ùdùkùl-ɔ́=gín híllɛ̀-g

endroit-sg piste-sg deux 3p-se.rencontrer-pas=loc ville-sg

w-ìndrìy-á-r-ì

3p-faire-pas-pl-decl

Ils ont construit une ville là où deux routes se rencontrent.