12.4 Converbes

12.4.1 Généralités

Les converbes sont des formes verbales non finies, se distinguant des formes conjuguées par l’absence de l’indice de personne. Ces formes, telles que les connaît le maba, sont une caractéristique des langues à verbe final. La formation des converbes a été décrite dans la partie 9.4.4, et c’est leur emploi que nous abordons à présent. L’un des points saillants de la langue est la fréquence des formes converbales dans les textes narratifs ainsi que procéduraux. Ces formes sont attestées lorsque le sujet de la proposition subordonnée temporelle et de la matrice sont coréférents, sous réserve que la polarité soit identique dans les deux propositions. Lorsque ces conditions sont remplies, le premier verbe ne porte pas ni indice sujet ni morphème tam, mais le préfixe thématique consonantique et un suffixe vocalique ou un suffixe vocalique et –n (ex 997). Nous renvoyons aux textes donnés en annexe (voir 17.2) pour les emplois dans un contexte plus large.

997. mɔ̀mɔ́=gù jà Φ-wùrŋg-à-n w-áttál-á t-àt-á

lièvre=sg.def emph th-se.lever-v-ant th-courir-v 3s-aller-pas

Quant au lièvre, il est parti en courant. (C5.04.25)

Ces formes verbales sont des formes non finies, comme nous l’avons signalé, du fait qu’elles ne peuvent apparaître dans un énoncé indépendant. Toutefois, elles peuvent fonctionner comme verbe d’une proposition matrice et gouverner un verbe non fini (ex 998). De plus, les converbes connaissent une forme parallèle à la forme non finie d’un verbe conjuguée, forme ne comportant pas de suffixe mais est constituée uniquement du radical auquel est adjoint le préfixe thématique. Cette forme est employée dans les constructions séquentielles (ex 999), sur lesquelles nous reviendrons dans la suite du chapitre.

998. yɔ́wɔ̀ː t-ìy-ɔ́=nú, njúr-ù-n l-á=ká

bon 3s-devenir-pas=tps caus.descendre-v-ant th.2s-laisser=coor

m-áŋ=tɛ̀

1p-boire=fut

Une fois qu’il est bon, l’ayant descendu (du feu), tu le laisses et nous le boirons. (T2.04.07)

999. kɔ̀k dàbà ɔ̀-rɔ́-ŋ=tɛ̀

th.aller aider 1s-aux-sg=fut

J’irai l’aider. (C1.02.32)

Les exemples ci-dessus mettent en évidence que les formes converbales se situent entre propositions juxtaposées et propositions subordonnées, les verbes ayant une indépendance syntaxique mais non morphologique, recevant les informations de tam et de personne d’un verbe conjugué tout en ayant la possibilité de gouverner des verbes non finis.

Les converbes entretiennent une relation différente de celles des subordonnées avec le verbe dont ils dépendent. En effet, un verbe ne peut gouverner qu’une seule proposition complétive, alors qu’il est possible de trouver converbe et complétive dépendant du même verbe matrice (ex 1000a), le converbe et le verbe de la proposition matrice se trouvant sur le même plan syntaxique. Il ne s’agit toutefois pas d’une relation de subordination, du fait qu’il est possible de mettre une emphase sur le constituant comprenant le converbe (ex 1000b), construction impossible avec une subordonnée.

1000. (a) táfíː=nu Φ-wút-ú-n t-úká=tɛ̀ t-ìdáy

natte=def th-mouiller-v-ant 3s-laver=fut 3s-vouloir.decl

Ayant mouillé la natte, il veut la laver.

(b) ɛ̀sɛ́ː=nu nɔ̀ŋŋgɔ̀s-ì-n tí sùŋgɔ̀-yí à-k-á

mil=def th.caus.écraser-v-ant emph bois-loc 1sg-aller-pas

C’est après avoir pilé le mil que je suis allée chercher du bois.