Le morphème de coordination est =ká (ex 1011a), celui marquant le comitatif kàn (ex 1011b). D’après Payne (Payne 2004:339), la préposition comitative a souvent, dans les langues du monde, des emplois où son statut est celui de la coordination, ce qui est également le cas pour le maba, où la postposition comitative kàn peut avoir une fonction de coordination, ainsi dans l’exemple (1012), dans lequel kàn coordonne les constituants nominaux assumant la fonction de sujet, le verbe étant au pluriel.
1011. (a) bàrrád=gù=káː sùfúrá=gù=káː kàbáːbú=nu=káː
théière=sg.def=coor plateau=sg.def=coor verre.pl=def=coor
Φ-nàr Φ-ndɔ́ŋ-ù-n
th-prendre th-poser-v-ant
Ayant pris la théière, le plateau, les verres, et les ayant posés … (T2.09b.03)
(b) ʃáːyɛ̀ː=nu mɔ̀nsɔ̀ːnɔ́ː kàn tìː àŋáː yɔ́wɔ̀ː t-í
thé=defarachide com 3s beaucoup bon 3s-decl
Le thé avec des arachides, ça, c’est très bon. (C3.02.14)
1012. wɔ́njɔ̀ː tíŋ=nɛ̀r àmárà=gù=kàː sàgàr=gù kàn
jourdem=abl lion=sg.def=coor chacal=sg.def com
w-ɔ̀ŋɔ̀ɲìr-âːnd-í
3p-aimer\rec-neg-decl
Depuis ce jour, le lion et le chacal ne s’aiment pas. (C5.09.37)
Il a été relevé quelques morphèmes renforçant la coordination. Le terme wùjáː encore, aussi peut être combiné avec le morphème de coordination dans le sens d’un renforcement ou être employé pour marquer l’additif (ex 1013).
1013. njírmíː=kàː wùjáː músúsàː=kàː t-ìndríː
bronze =coor encore lame.pl=coor 3s-faire.decl
Il fait du bronze et aussi des lames (de rasoir). (T3.09.09)
La particule nd ɛ̂ ːg ainsi, ensuite est utilisée pour coordonner des propositions indépendantes tout en mettant l’accent sur la consécutivité (ex 1014). Ce morphème a toutefois une fonction essentiellement discursive, permettant de faire progresser le récit (voir 15.6).
1014. rìyál dàkà-g wàː=gú Φ-ɲáːm-à-n ndɛ̂ːg sûː=gín
argent cent dem=sg.def th-prendre-v-ant pd marché=loc
k-ɔ̀kɔ́!
th-aller.imp
Prends ces 500 CFA puis va au marché! (T3.07.05)
Le clitique =ka, marque la coordination de constituants divers, que ce soit les unités phrastiques (ex 1015a), les constituant nominaux (ex 1015b) ou les déterminants nominaux (ex 1015c). Ceci est inhabituel dans les langues africaines, dans lesquelles le morphème coordonnant les propositions est généralement distinct de celui coordonnant les constituants nominaux (Welmers 1973:305).
1015. (a) ɛ́lì jàŋ t-áːr=ká ɔ́-kɔ́ː-r-ì
Ali pied.gen 3s-venir=coor 1s-voir.pas-pl-decl
J’ai vu Ali venir à pied. (litt : Ali vient à pied et je l’ai vu)
(b) básál =kàː túm=kàː súː=nún t-áː-n-à
oignon=coor ail=coor sauce=loc 3s-verser-sg-pas
Elle a versé l’oignon et l’ail dans la sauce.
(c) kɛ́rìː fàfáráː=kàː kùkúyáː=kàː drìdríyáː=kàː lùlúwɔ́ː=kàː
palme blanc =coor rouge=coor vert=coor bleu=coor
trák-à-n
th.acheter-v-ant
Ayant acheté des palmes claires, des rouges, des vertes et des bleues, … (T2.28b.03)
Le morphème =kaː est adjoint à un nominal sans que la quantité de la voyelle finale ne soit modifiée ou que le suffixe –g marquant le singulatif ne soit élidé, bien qu’il forme une unité accentuelle avec son hôte. Par contre, dans le cas de coordination de propositions, la relation entre morphème de coordination et verbe est plus étroite, la voyelle marquant le déclaratif n’étant pas réalisée, comme le verbe est à la forme non finie. = ka coordonnant des propositions est donc clairement un clitique, alors qu’il en a moins nettement les caractéristiques lorsqu’il coordonne des constituants nominaux. Sur le plan morphosyntaxique, ce morphème est repris après chaque constituant nominal, mais non après chaque proposition, la dernière n’étant pas marquée (ex 1016).
1016. (a) àmárà=gù làːr=káː tàndàm=káː t-úy-à
lion-sg.deg gazelle=coor grand.koudou=coor 3s-tuer-pas
Le lion a tué une gazelle et un grand koudou. (C5.02.04)
(b) sàgàr=gù wày t-ás=ká àmárà=gù jáː
chacal=sg.def pd 3s-griller=coord lion=sg.def emph
ɔ̀njúlɔ̀=gìn Φ-fíy-á-n t-ìnd-í
ombre=loc th-dormir-v-ant 3s-exister-decl
Le chacal la grille et le lion, lui, est couché à l’ombre. (C3.01a.35-36)
Le ton de = ka, bien que généralement haut, peut être bas (ex 1017), alors que kàn est à ton bas dans tous les contextes. L’instabilité des réalisations tonales de = ka est une confirmation de son statut de clitique, et non de morphème indépendant, se distinguant en cela de kàn, dont les réalisations tonales sont stables et non dépendantes de l’environnement.
1017. (a) bɛ́rɛ́m=dáː=káː w-ɛ̀ːl-ɛ̀, drìmdrìm=káː w-ɛ̀ːl-ɛ̀
sauter=noms=coor 3p-jouer-decl taper.mains=coor 3p-jouer-decl
Ils dansent et ils tapent des mains. (T2.31.05)
(b) sàgàr=gù =káː drábà=gù=kàː àmárà=gù kàn
chacal=sg.def=coor hyène=sg.def=coor lion=sg.def com
Le chacal, la hyène et le lion (C5.06.01)
L’on peut préciser que [káː] et [kàː] sont beaucoup plus fréquents que [ká] et [kà] dans la coordination de constituants nominaux, alors que l’on relève les proportions inverses pour la coordination de propositions, [ká] et [kà] étant plus courants que [káː] et [kàː]1. Ces divergences dans les réalisations ne justifient pourtant pas de poser deux morphèmes homophones, du fait que l’on peut rendre compte des réalisations.
Les contextes syntaxiques diffèrent, permettant de rendre compte des réalisations tonales et de la quantité vocalique. Les variantes tonales s’expliquent par l’intonation et la mélodie descendante en fin de constituant ou avant une pause, comme le ton haut prédomine dans les contextes où le constituant n’est pas en position finale. La longueur réalisée en cas de coordination de constituants nominaux rappelle la longueur vocalique morphologique de ces derniers, longueur relevée pour les nominaux à finale non consonantique. De plus, le comportement de = ka rappelle celui du morphème =ná marquant l’attribution, dont la voyelle connaît une réalisation longue lorsqu’il définit un constituant nominal, mais une réalisation brève lorsqu’il est adjoint à un verbe.
Nous transcrirons = kaː quand le morphème coordonne des nominaux, et = ka pour la coordination de propositions.