14.2.3.1 =gín et =nún localisation générique

Les clitiques locatifs génériques sont affixés au dernier terme du constituant nominal. Les morphèmes =gín ou = nún sont obligatoires avec un constituant nominal n’indiquant pas la localisation, mais absents, nous venons de le voir, lorsque le constituant est un nom de localisation inhérente ou un toponyme. Le choix du morphème locatif, = gín ou =nún, est conditionné par le nombre, singulatif ou non singulatif, du nom qu’il régit (ex 1057), règle identique par ailleurs à celle pour les réalisations des morphèmes définis =gu et =nu.

1057. (a) kɛ̀bɛ̀rɛ́=gín ndày-à-n

gourde=loc caus.entrer.depuis-v-ant

L’ayant mis dans une gourde, … (C1.01.22)

(b) ɔ́njùː=nún t-áː-n-à

meule=loc 3s-verser-sg-pas

Il le versa sur la meule. (C1.03.16)

Les clitiques =gín et =nún expriment la localisation générique, que celle-ci soit spatiale (ex 1058) ou temporelle (ex 1059), sans donner d’indication sur la présence ou l’absence de mouvement, cette indication étant apportée par le verbe, comme nous l’avons indiqué en 10.1.5.

1058. (a) híllɛ̀=gín k-ár-à-n

ville=loc th-venir-v-ant

Étant venu en ville, … (T2.19b.04)

(b) drábà=gìníŋ láː=nún k-àːr máyí=nì!

hyène=gen trou=loc th-venir 1p-entrer.depuis=inj

Viens, entrons dans le terrier de la hyène! (C1.02.09)

1059. (a) àŋgàlà-g kìlɛ̀ːrì=gín t-ìŋɛ́r-ʃ-ì

crapaud-sg saison.pluies=loc 3s-sortir.vers\pres-pl-decl

Les crapauds sortent en saison des pluies.

(b) kùdríyàː=nún dùm k-ɛ̀r-ì tìː=gú t-ɔ̀kɔ́y

année=loc tout th-venir\pl-v 3s=obj 3s-voir.decl

Il vient le voir tous les ans.

=gín est généralement réalisé à ton haut, mais un ton polaire bas est attesté après un terme à ton haut, que le constituant auquel il est rattaché soit un constituant nominal (ex 1060) ou verbal, dans le cas d’une relative locative (ex 1061). L’on relève ainsi sûː=gín tout aussi fréquemment que sûː=gìn au marché, quel que soit l’environnement tonal.

1060. (a) ɲìsì-g wàsí=gín nd-ày-à-n

graisse-sgfeu=loc caus-entrer.depuis-v-ant

Ayant mis la graisse sur le feu, … (C3.05.09a)

(b) kàlàː=gú bɛ̀rɛ́=gìn Φ-ndɔ́ŋ-ù-n

enfant\sg=sg.def cheval=loc th-monter-v-ant

L’enfant, étant monté sur un cheval, … (TH03.10)

1061. (a) bàrí-g lìŋà-g mbàːr w-ùdùkùl-ɔ́=gín híllɛ̀-g

endroit-sgpiste-sg deux 3s-se.rencontrer-pas=loc ville-sg

w-ìndrìy-á-r-ì

3p-faire.pas-pl-pas

Ils ont fait une ville là où deux routes se rencontraient.

(b) bàrí-g t-ɛ̀nɛ́-g yàg ɛ̀llɛ́ŋ t-àrbàn-á=gìn

endroit-sg 3s-pos-sg emph auparavant 3s-avoir.fièvre-pas=loc

bàrí=gìn kɔ̀k-ɔ̀-n t-ìbìy-á

endroit=loc th.aller-v-ant 3s-se.coucher-pas

Il est retourné à l’endroit où il avait eu de la fièvre. (C5.06.13)

=nún locatif est très généralement réalisé à ton haut (ex 1062), bien que l’on relève quelques rares exceptions (ex 1063).

1062. mɛ́lɛ́ː=nu bɛ̀ríː=nún Φ-tá-k-à-n

propriétaire=def cheval-pl=loc th-monter-pl-v-ant

Les propriétaires sont montés sur les chevaux (C5.05.26)

1063. drábà=gìníŋdàríŋ=nùn bíg Φ-sù-ŋ-ù-n

hyène=gen dos=loc couvrir th-aux-sg-v-ant

Ayant recouvert le dos de la hyène, … (C5.11.71)

=gìn ou =nùn sont relevés lorsque le locuteur marque la fin du constituant ou pour des raisons de rythme, du fait qu’il existe une tendance à créer une succession hbhb, et que les morphèmes grammaticaux, sont plus susceptibles que les lexèmes de voir leur ton modifié pour se conformer à cette séquence.

Les clitiques locatifs et définis sont mutuellement exclusifs. De plus, une ressemblance formelle est à noter entre =gu et =gín ainsi qu’entre =nu et =nún, ce qui permettrait de conclure, mais il ne s’agit que d’une hypothèse, à une relation morphologique entre les morphèmes, et de proposer l’analyse suivante : =gín correspondrait à ‑g défini + ‑n locatif, la voyelle étant la voyelle support, et de même =nún serait équivalent à nu ou ‑n défini + ‑n locatif. Cette analyse permettrait également de rendre compte de l’incompatibilité des morphèmes dans un même constituant.

=gín et =nún sont également attestés comme morphèmes de subordination (voir 12.3.3), où leurs emplois sont plus spécifiques que dans le constituant nominal. En effet, dans la subordination, =gín n’a été relevé que dans les relatives, que celles-ci expriment la localisation temporelle ou spatiale (ex 1064a). =nun, par contre, est attesté dans les subordonnées relatives, lorsque le terme qu’il détermine est un non-singulatif, tout comme dans les subordonnées adverbiales, indiquant la temporalité (ex 1064b et 1064c).

1064. (a) wɛ̀ɲíŋ=káː gág ɛ̀-kɛ̀r-í=gín à-káy

aujourd'hui =add moment 1s-aller\pl- nfn= loc 1s-aller-decl

Aujourd’hui, je pars à l’heure où je viens d’habitude.

(b) wɔ̀njɔ́ː áːmìr t-áfáy-á=nún

jour Âmir3s-disparaître-pas=tps.ant

Le jour où Âmir est mort ... (T2.17.01)

(c) mílíː t-áː-n-á=nún

nom 3s-verser-sg-pas=tps.ant

Quand elle leur a donné les noms, … (C3.04.02)