14.2.3.3 ‑yi directionnel 1

Une forme locative, peu productive, est celle dans laquelle le suffixe –yí 1 est adjoint au nom, dérivation limitée aux termes dénotant des objets que l’on peut rapporter ou à des animaux que l’on fait revenir, d’où le terme de ’directionnel’ pour désigner ce morphème. Les termes ainsi formés ne sont employés qu’avec le verbe k ɔ ̀k ɔ ̀n étant allé. Du fait de leur distribution restreinte, et de l’impossibilité de les insérer dans un syntagme nominal de détermination, l’on pourrait considérer qu’ils s’intègrent dans la classe des adverbes ne déterminant qu’un seul lexème verbal. Ils se distinguent cependant de l’adverbe prototypique par le fait qu’ils ne précisent pas l’action du verbe et qu’ils donnent une indication de lieu et non de manière. Ces termes seront donc considérés comme un type de syntagme locatif.

‑yí, suffixé aux termes non singulatifs (ex 1068, de súŋg ɔ ́ː bois, pl), est réalisé ‑y dans un débit plus rapide et connaît une variante ‑áy attestée avec les termes pluratifs animés, cette variante étant adjointe après effacement de la voyelle du morphème pluratif (ex 1069). Toutefois, comme les termes pluratifs avec lesquels ce morphème a été relevé dénotent tous des référents animés, il n’est pas possible de trancher quel est le facteur de conditionnement pour la formation à partir du pluratif plutôt que du radical, qui pourrait être sémantique – animacité, autant que morphologique – pluratif.

1068. sùŋgɔ̀-yí à-k-á

bois-loc 1s-aller-pas

Je suis allé chercher du bois.

1069. (a) dɛ̀ː-túː (b) dɛ̀ː-t-áy

vache-plvache-pl-loc

vaches (aller chercher) les vaches

L’adjonction du morphème‑yí va de pair avec une modification du schème tonal de la base, celui-ci étant systématiquement (b)bh, quel que soit le schème de départ (ex 1070 à 1073). Lorsque la réalisation du suffixe est ‑y, le ton haut sera reporté sur la syllabe précédente et le ton de cette dernière est effacé (ex 1071b). L’on remarquera un triple degré de longueur Vːː (ex 1070b), la première longueur étant la longueur caractérisant les nominaux, et la seconde résultant de la vocalisation de –y, perceptible uniquement en débit soigné.

1070. (a) ɛ́njìː (b) ɛ̀njíːː

eau

1071. (a) súŋgɔ́ː (b) sùŋgɔ́y ~ sùŋgɔ̀yí

bois

1072. (a) àbírìː (b) àbìríːː

écorces

1073. (a) gàmbàríː (b) gàmbàríːː

tiges de mil

La formation d’un locatif à l’aide de ‑yí n’est plus possible quand le nom est déterminé, cas dans lequel on emploie un syntagme de détermination dans une construction verbale séquentielle (ex 1074).

1074. ɛ́njìː kíràː k-ìdìː à-káy

eau froid th-vouloir 1s-vouloir.decl

Je vais chercher de l’eau froide.

Bien que cette dérivation soit restreinte aux référents que l’on peut rapporter, le morphème a été relevé avec lìŋàg piste, chemin (ex 1075). Il est difficile de définir les nuances de l’emploi de lìŋày de façon précise, les exemples étant peu nombreux. Il semble toutefois que soit présente l’idée de déplacement à l’intérieur d’un espace, contrairement à lìŋàː=gín (ex 1075c), qui comprendrait une notion de mouvement d’un endroit à l’autre. Les deux morphèmes pourraient également être homophones, étant donné que les profils tonals sont différents, le second n’étant attesté qu’avec liŋag.

1075. (a) w-àwáy=nàŋ lìŋà-y sàgàr=gú t-àrbàn-à

3p-aller=tps piste-loc chacal=sg.def 3s-avoir.fièvre-pas

Comme ils allaient, le chacal eut de la fièvre en chemin. (C5.06.05)

(b) lìŋà-y máːbàr drábà=gìníŋ=gù Φ-fɔ̀ːn-ì-n

piste-loc brasero hyène=gen=sg.def th-tomber\moy-v-ant

t-ɛ̀rm-í-r-ì

3s-casser\moy-pas-pl-decl

En chemin, le brasero de la hyène tomba et se cassa. (C5.12.08)

(c) lìŋàː=gín à-káy=nún hàlíːmɛ̀ kàn m-ùdùkùl-ɔ́

piste=loc 1s-aller=pts.ant Halîme com 1p-rencontrer-pas

Quand j'allais sur la route, nous nous sommes rencontrées avec Halime

Notes
1.

Kodoï de la montagne, l’un des noms de clans, est formé à partir de k ɔ ̀dr ɔ ́g montagne et de ce suffixe –yi