15.4 Contraste de propositions

Lorsqu’une proposition est mise en relief dans sa totalité, l’on emploiera une construction permettant de la contraster avec une autre proposition. Dans ce cas, la relation entre les unités est marquée par yàg jáː (ex 1154a et 1154b) ou yàg (ex 1154c). L’on notera que, tout comme dans la focalisation contrastive, l’une des propositions est affirmative alors que la seconde est à la forme négative. La différence avec la focalisation est que les propositions ne sont pas identiques, et que l’on exprime un contraste. À la différence toujours de la focalisation contrastive, les morphèmes sont adjoints à la marge droite d’un constituant verbal et non nominal, la combinaison yàg jáː n’est par ailleurs attestée qu’avec des propositions. Une analyse possible serait de considérer que le terme focalisé est non la proposition, mais uniquement le verbe.

1154. (a) káy=nù ʃɛ̀ríyɛ̀ː w-ìndríː=tɛ̀=nálál w-ùr-ŋ-ɔ́

humain.pl=def jugement 3p-faire=fut=but réunir 3p-aux\moy-sg-pas

yágjáː gándà àb hàlíːmɛ̀ káːy

emph emph GandaAb Halîme 3s.neg.decl

Les gens se sont réunis pour rendre le jugement, mais Ganda Ab Halîme n’était pas là. (C5.10.34)

(b) kɔ́l-íː=nu àŋáː w-ɔ̀ŋɔ̀n-í yàg jáː, kùllì-sír

enfant\pl-pl=def beaucoup 3p-dormir-decl emph emph grand-pl

w-ìy-âːnd-í

3p-devenir-neg-decl

Il s’est passé beaucoup de temps, mais les enfants ne grossissaient pas. (C5.04.09)

(c) "ɲɛ́ː kàlà-g ɛ̀mbɛ́-g kùllà-g wàː-g t-úŋ-ɔ́

pourquoi enfant\sg-sg 1s.pos-sg vieux-sg dem-sg 3s-sortir.de-pas

yág t-àjír-ànd-àː?"

emph 3s-entrer.vers-neg-q

Pourquoi mon aîné-là est parti mais ne revient pas? (C3.02.26)

L’on relève des énoncés dans lesquels, de plus, l’un des constituants de la seconde proposition est mis en relief. C’est an qui est employé en (1155), comme il s’agit du constituant sujet.

1155. àm à-ws-âːnd-í yàg jáː àb hàlíːmɛ̀ án t-às-í

1s 1s-savoir-neg-decl emph emph Ab Halîme emph 3s-savoir-decl

Moi, je ne sais pas, mais c’est Ab Halîme qui sait. (C5.09.07)

Une autre possibilité de contraster les propositions est l’emploi de làːkín mais emprunté à l’arabe tchadien (ex 1156), et relativement peu fréquent dans notre corpus. Du point de vue de la mélodie intonative, l’on tend à marquer une pause après làːkín, de même qu’après yàg jáː.

1156. àm mɛ́d á-ká=t-àn jìŋ m-ámár=t-âːn làːkín

1s pot 1s-aller=fut-neg ensemble 1p-venir=fut-neg mais

lìŋàː=gù á-ndís=tɛ̀

piste=sg.def 1s-dire=fut

Moi, je ne peux y aller avec toi, mais je t’indiquerai le chemin. (T2.01.02)