15.7.2 Discours direct

Le discours direct, dans lequel l’on répète le discours tel qu’il a été énoncé, est très fréquemment employé, notamment dans les contes lorsque l’on rapporte les paroles de quelqu’un. Celles-ci seront précédées (ex 1194a) ou suivies (ex 1194b) du verbe sùn ayant ici le sens lexical de dire. La position ainsi que la forme de ce verbe dépendent de facteurs pragmatiques et de la construction de l’énoncé. De façon générale, tìrí est relevé avant le premier échange, pour ouvrir la conversation, et à la fin d’un l’échange. tír=kà est employé entre deux énoncés ou, comme dans l’exemple (1195), entre l’ordre et le résultat de celui-ci. Il va de soi que sùn est attesté à toutes les personnes.

1194. (a) àmárà=gù àː t-ìrí "drábàg=náː sɛ́ːr

lion=sg.def ainsi3s-aux\pres-decl hyène-sg=genpoil

n-àmbáy=nù, ɔ́njùː wáŋ síb t-í-rɛ́=t-âːn"

th.2s-ne.pas.avoir meule dem coudre 3s-aux-ref=fut-neg

Si tu n’as pas de poils de hyène, cette meule ne sera pas recousue. (C5.09.21)

(b) "drábà=gù ŋgàː t-ír=tɛ̀ t-í-ŋ?" àː t-ìr-í,

hyène=sg.def quoi3s-aux=fut 3s-v-q ainsi3s-aux\pres-decl

ɲûː=gù

chien=sg.def

Le chien, il dit : ’Qu’est-ce qu’elle va dire, la hyène?’. (C5.12.09)

1195. "tál=nà-g káɲíŋ Φ-fíyà!" t-ír=ká káɲíŋ

dessus=gen-sg sur.le.dos th-se.coucher.imp 3s-aux=coor sur.le.dos

t-ìbìy-á

3s-se.coucher-pas

’Couche-toi dessus sur le dos’ lui dit-il, et elle se coucha sur le dos. (C5.05.16-17)

Les verbes de parole ont tous été relevés avec le discours direct, bien que cette forme ne soit pas la seule attestée pour les verbes de questionnement (ex 1196 et 1197).

1196. gàɲáː jàː kàŋ máʃí=gù k-ár-à-n t-ìŋgɛ̀ːr-í

derrière emph humain.sg homme=sg.def th-venir-v-ant 3s-demander-decl

ɲɛ̀rɛ́=gù=kàː súː ɲúː=nú=gù kàn Φ-ɲáːm-á-n

boule=sg.def=coor sauce viande=def=obj com th-prendre-v-ant

k-àːr

th-venir.imp

Puis le mari, étant arrivé, demanda : ’Viens, après avoir pris la boule et la sauce à la viande!’ (T3.07.11)

1197. mùʃɔ̀ŋ t-ɛ̀nɛ́=gù t-ùnjùn-ɔ́ bís=gù àn

femme.sg 3s-pos=sg.def 3s-revenir-pas chat=sg.def emph

t-íɲ-á-r-ì

3s-manger-pas-pl-decl

Sa femme lui répondit : ’C’est le chat qui l’a mangée’ (T3.07.17)

Dans le discours direct également, la forme est employée. On la relève lorsque le discours rapporté s’insère dans un énoncé et non dans un échange conversationnel (ex 1198).

1198. drábà=gù=kàː àmárà=gù kàn "ndìnáːsɛ̀ː Φ-ndríy-à-n

hyène=sg.def=coor lion=sg.def com gâteau th-faire-v-ant

kɔ̀k-ɔ̀-n m-úŋgɔ́y=tɛ̀" sú w-ɔ̀ŋgɔ̀s-í

th-aller-v-ant 1p-saluer=fut dire 3p-écraser-decl

La hyène et le lion, après avoir dit : ’Quand nous aurons fait du gâteau, nous irons les saluer’ écrasent (le grain). (C5.10.10)

Nous illustrons les emplois de sùn à l’aide d’une série d’échanges dans lesquels une grande partie des possibilités est employée, allant de l’introduction par tír=kà (ex 1199a, 1199c, 1199d) à l’absence d’introducteur (ex 1199b), en passant par le discours direct inséré dans un énoncé et introduit par (ex 1199e). Il s’agit d’une comptine expliquant pourquoi le pouce est opposable et se tient à l’écart des autres doigts.

1199. (a) "m-ùɲɛ̂ː-ní", t-ír=ká

1p-accoucher\moy=inj 3s-dire\pas=coor

’Naissons!’ dit-il, et …

(b) "m-ùɲ-ɛ́-r=nú, ɲɛ́ː m-íɲ=tɛ̀?"

1p-accoucher\moy-pas-pl=tps quoi1p-manger=fut

’Si nous naissons, que mangerons-nous?’

(c) tɛ́=gù jáː "kàlâː=gù t-às-í" t-ír=ká

un=sg.def emph Dieu=sg.def 3s-savoir-decl 3s-dire\.pas=coor

Alors l’un ’Dieu le sait’ dit-il, et …

(d) tɛ́=gù jáː "àm ɛ̀-níː=tɛ̀ m-íɲ=tɛ̀" t-ír=ká

un=sg.def emph 1s 1s-voler=fut 1p-manger=fut 3s-dire\pas=coor

Alors l’un ’Moi, je volerai, nous mangerons’ dit-il, et …

(e) tɛ-́gú jáː "àm n-ɛ̀níː kàn à-ndàf-âːn" sú tìː drɛ̀b

un=sg.def emph 1s ptcp-voler com 1s-toucher-neg dire 3s ailleurs

t-ìy-ɔ́

3s-devenir-pas

Alors l’un’Moi, je ne reste pas avec des voleurs’ et lui, il s’en alla de son côté. (T3.14.01-05)

tìrí il dit est employé, nous l’avons indiqué, au début d’un échange, alors que tír=kà il a dit et est attesté à la fin de celui-ci, et permet de coordonner le discours rapporté avec l’énoncé suivant. Le morphème reliant les deux propositions n’est cependant pas toujours = , encore que celui-ci soit, de loin, le plus fréquent. L’on relève également les subordonnants =tíŋ information d’arrière-plan (ex 1200), =gin concessif (ex 1201) ainsi que =nun temporel (ex 1202) et =nu temporel , condition (ex 1203). Ces subordonnants ont pour fonction essentielle de rappeler l’intervention précédente et de permettre la poursuite du discours, mais non d’introduire une parole au même titre que sùn, du fait que les propositions ne sont pas de même niveau syntaxique. Le rappel de l’information la topicalise et permet également d’attirer l’attention de l’interlocuteur sur un fait nouveau apporté par la proposition principale.

1200. "ɔ̀nd-ùls-í=kà ndɛ̀ːg, súndár á-kár=nì!" àː t-ír=tíŋ,

o1s.s2/3s-attendre-decl pd demain 1s-venir=inj ainsi3s-dire\pas=tps

ásál t-ɛ̀nɛ́ː=nu Φ-ɲáːm-à-n kɔ̀k-ɔ̀-n àmárà=gù t-úkún-ɔ̀

miel 3s-pos=def th-prendre-v-ant th.aller-v-ant lion=sg.def 3s-trouver-pas

Quand il eut dit : ’Attends-moi ensuite, et demain, je reviendrai’, ayant pris son miel, et s’en étant allé, il trouva le lion. (C5.11.26-27)

1201. "máŋ bàrí-g tɛ́-g k-ìdìy-à-n mb-í=tɛ̀" àː

1p endroit-sg un-sg th-vouloir-v-ant o2s.s1s/1/3p-donner=futainsi

w-ír=gín jàː

3-aux=con emph

’Nous, nous te donnerons le terrain que tu veux’, et bien qu’ils lui aient dit cela, … (T3.08.13)

1202. "ɲɛ́ː à-ndríː=tɛ́r-ì? àm án kɔ́l-íː n-ɛ̀nɛ́ː=nu

quoi 1s-faire=irr-decl 1s emph enfant\pl-pl 2s-pos=def

á-ɲ-á-r-ì" t-ìr-í àː t-ír=nú-n, yàː

1s-manger-pas-pl-decl 3s-dire\pre-decl ainsi3s-aux=tps.ant pd

màndàkál=gù kàn w-ì-rɛ́-r-ì

chèvre=sg.def com 3p-se.battre-ref-pl-decl

’Qu’ai-je fait? C’est moi qui ai mangé tes enfants’ dit-elle. Quand elle eut dit cela, elles se battirent avec la chèvre. (C3.04.16-17)

1203. "mìː=gú kàlà-g ànná=gù mb-ìy-ɔ́" àː

2s=objenfant\sg-sg ainsi=sg.def 02s.s1s-donner-pas ainsi

w-ír=nù, hàː, ŋgàː t-ír=tɛ̀ t-í-ŋ?

3p-dire\pas=tps haː comment 3p-dire=fut 3s-v-q

S’ils lui disent : ’On t’a donné telle fille’, et bien, qu’est-ce qu’il dira? (M12.20-21)

La forme àː sú a été relevée pour récapituler l’information précédente et la topicaliser, tout comme les formes subordonnées, étant attestée au début d’un énoncé (ex 1204) ou pour clore une intervention rapportée au style direct (ex 1205), ayant elle aussi une fonction de topicalisation. Cette locution est quelquefois réduite à ás (ex 1204). L’on notera dans cet exemple une intonation fortement descendante sur kùllàːgu ̏ (ex 1205) indiquant la limite du constituant sujet, et marquant le début du discours direct.

1204. "ás kɔ̀k-ɔ̀-n k-ìdìy-à-n Φ-ɲàm á-kár=tɛ̀"

ainsi th-aller-v-ant th-vouloir-v-ant th-prendre-v-ant 1s-aller=fut

àː Φ-sú kɔ̀k-ɔ̀-n t-ír=gù t-ùkɔ́n-àn k-ùjìn-ì-n

ainsi th-aux th-aller-v-th 3s-frère=sg.def 3s-trouver-neg th-revenir-v-ant

kár-à-n

th-venir-v-ant

’Ainsi je vais aller le chercher et je l’amènerai’. Ayant dit cela, après s’en être allé, il ne trouva pas son frère et revint (T3.08.08-09)

1205. kàlà-g t-ɛ̀nɛ́-g [kùllàː-gȕ] "kɛ́rɛ́ː t-ì, bâː" àː Φ-sù

enfant\sg-s 3s-pos-sg vieux=sg.def bien 3s-decl papa ainsith-aux

"kɔ̀k-ɔ̀-n à-dáy=tɛ̀" t-ír-ì

th-aller-v-ant 1s-vouloir=fut 3s-aux\pas-decl

Son fils aîné : ’C’est bien, papa’ disant ’Je vais y aller’ il a dit. (C3.02.21-22)