16Conclusion générale

Pour conclure ce travail, nous reviendrons sur quelques points saillants de la langue, et nous ferons mention des sujets que demanderaient davantage de recherches.

L’ordre des constituants dans l’énoncé non marqué est ov, celui des termes dans le constituant nominal, par contre, est tête – déterminant, à l’exception du syntagme génitif, dans lequel l’on relève également déterminant – tête, l’ordre étant déterminé par l’emphase mise sur l’un des termes. Toutefois, du fait d’un marquage casuel permettant de préciser la fonction des constituants, l’ordre ces derniers est relativement libre dans l’énoncé.

L’une des particularités de la langue est l’harmonie vocalique d’arrondissement, des voyelles de même arrondissement uniquement étant cooccurrentes à l’intérieur d’un radical, l’arrondissement n’étant pas pertinent pour la voyelle ouverte. Les réalisations des voyelles moyennes sont à mentionner également, leur aperture étant conditionnée à la fois par l’environnement vocalique ainsi que par la structure de la syllabe. Une voyelle moyenne, lorsqu’elle précède une voyelle fermée et se trouve dans une syllabe ouverte connaîtra une réalisation fermée, alors qu’elle sera plus ouverte, dans le même contexte vocalique mais dans une syllabe fermée. Les modifications vocaliques jouent un rôle dans la morphologie du nom ainsi que du verbe, pouvant signifier un augmentatif ou un diminutif, la singularité ou la pluralité verbale, ou marquer les modifications de valence. Toutefois, il n’existe plus de régularités quant à la direction du changement en l’état actuel de la langue, et l’on ne peut que dégager de fortes tendances.

Dans le système d’expression du nombre nominal, le maba présente des particularités des langues nilo-sahariennes et une caractéristique propre aux langues couchitiques. La complexité du système est l’une des caractéristiques des langues nilo-sahariennes, dans lesquelles, tout comme en maba, on relève un marquage tripartite. Pour certains noms, le singulatif est marqué mais non le pluriel, alors que pour d’autres, c’est le pluratif qui comporte une marque morphologique mais non le singulier. Et enfin, pour une troisième classe de noms, le singulatif tout comme le pluratif sont indiqués par un suffixe. Mais l’on relève également une forme se rapprochant du nombre général, commun dans les langues couchitiques. Les noms massifs, dans leur forme la plus fréquemment employée, ne comportent pas de suffixe de nombre et peuvent gouverner des accords singuliers ou pluriels, que ce soit pour les déterminants, ou le nombre du sujet et de l’objet du verbe. Des noms pluriels dont le référent est non animé peuvent être recatégorisés en singulier, et recevoir une interprétation massive.

Une spécificité du maba est le nombre verbal, que l’on relève fréquemment dans les langues du bassin du lac Tchad, dans les langues nilo-sahariennes et les langues tchadiques. Les mêmes mécanismes morphologiques – suffixation essentiellement, mais aussi modification des voyelles – traduisent l’itérativité ou la sémelfactivité ainsi que le nombre de l’objet, le sens dépendant du radical verbal. L’expression du nombre n’est toutefois pas systématique, et l’on relève des objets pluriels alors que la forme du verbe exprime la singularité. L’organisation morphologique est similaire à celle du système nominal, certains radicaux étant marqués pour la pluralité, d’autres pour la singularité, d’autres encore recevant un suffixe singulatif ou un suffixe pluratif, une dernière classe enfin n’étant pas marquée pour le nombre.

Les coverbes sont une classe de lexèmes, se distinguant des compléments du verbe léger tels qu’on les relève dans des langues d’Afrique occidentale notamment, mais relativement communs en Afrique orientale, dont la particularité est de ne pas apparaître dans le discours sans morphème nominal ou verbe support, dont la fonction est de permettre leur actualisation dans le discours. La fonction du verbe support est d’enregistrer la personne, les tam et la valence, alors que les morphèmes nominaux dérivent des noms ou des adjectifs. C’est dans cette classe que les radicaux verbaux empruntés à l’arabe tchadien sont les plus fréquents.

Les converbes, des formes verbales non finies, sont une particularité des langues ov. Il n’est donc pas surprenant qu’ils soient attestés en maba, où ils indiquent si l’action est consécutive ou simultanée au verbe dont ils dépendent. Ils ne peuvent être employés qu’en cas de coréférence des sujets, du fait qu’un converbe ne comporte pas d’indice de personne. Ces formes sont très fréquentes dans les textes procéduraux, un peu moins dans les narrations.

Cette description est une première approche et en tant que telle, il reste bien des précisions à apporter. La structure du verbe et tout le système des tam demande une recherche plus poussée, tout comme la relation entre définitude et référentialité, que nous n’avons pas abordée dans le cadre de ce travail. Nous n’avons fait qu’effleurer la structure du discours, l’emploi des particules et leur fonction pour la focalisation et la topicalisation sont encore à déterminer, tout comme l’emploi des tam dans les divers genres de textes.