1.1.4 - L’emplacement du palais dans l’enceinte sacrée (fig. 4)

Le fouilleur42 estime que le palais était différent des palais des autres villes mésopotamiennes, puisqu’il se situe dans l’enceinte sacrée d’Ur (le Sud-Est du palais était entouré par le mur du téménos43).

Un autre spécialiste44 ne partage pas le point de vue du fouilleur. Selon lui, rien n’assure l’hypothèse qui suppose que l’édifice était un élément de la cité sainte d’Ur, et propose donc les arguments suivants :

  1. Le mur qui longe le côté sud-est du palais, présente des caractéristiques différentes de celles qui ont été découvertes au Nord-Ouest de la zigguratLe premier mur ne dépasse pas 2 m mais le mur du nord-ouest de la ziggourat atteint et dépasse les 10 m. .
  2. La direction : les édifices religieux dans le quartier sacré (temple de l’E-nun-mah, temple de Gipar et ensemble de la ziggurat) étaient orientés différemment du palais.

L’observation du fouilleur sur l’emplacement de ce bâtiment civil dans le quartier sacré est très importante, mais en ce qui concerne les arguments présentés par l’autre chercheur, nous pensons qu’ils s’opposent totalement son hypothèse, car les différences entre le mur qui entourait le Sud-Est du palais et celui remarqué au Nord-Ouest de la ziggourat peuvent s’expliquer par l’hypothèse suivante : la région du téménos a peut-être subi des modifications, d’où certaines différences entre les deux, car le mur d’enceinte fut construit à l’époque néo-babylonienne sans doute pour isoler le quartier sacré46, son occupation s’étant poursuivie jusqu’à l’époque hellénistique. Il est probable que pendant cette longue période, la région du téménos fut transformée, ce qui a abouti à créer les différences entre ses parties. Concernant l’existence des différences de l’orientation entre le palais et les bâtiments religieux, selon nous les architectes les ont peut-être faites volontairement pour conférer à chaque monument des caractéristiques propres : il n’est pas possible d’édifier deux types de bâtiments (religieux et royaux) selon les mêmes principes architecturaux. Le palais de Tell Asmar présente47 un exemple illustrant tout-à-fait cette caractéristique : au Nord-Est du secteur officiel on a construit le temple Shu-Sin consacré au culte du roi d’Ur. Ce temple est orienté différemment du reste du bâtiment. Malgré cette orientation différente, le temple fut accessible à partir du palais par la salle O 31:8 dans la première phase du palais, et devint une partie de ce dernier dans les dernières années d’utilisation. Ceci prouve qu’il y avait une relation très forte entre les édifices royaux et religieux. Il n’est donc pas étonnant d’aménager deux édifices de deux vocations (religieux et civil) dans le même quartier en les orientant différemment.

De plus, Ur, à l’époque de la troisième dynastie, se distingue par la divinisation des rois. Par exemple le temple du Shu-Sin, à Tell Asmar, était destiné au roi d’Ur Shu-Sin, ce qui nous montre qu’il y avait sans doute une relation très forte entre les dieux et les souverains d’Ur. Il est probable que cette relation était le motif qui conduit les rois d’Ur à construire ce grand bâtiment civil dans le quartier du temple.

Notes
42.

Woolley C. L., 1934, p. 374-375.

43.

L’intervalle de ce mur qui a été remarquée par le fouilleur au sud-est du bâtiment, est 10 m ou 15 m, ce mur a été suivi sur une distance de 75 m.

44.

Margueron J.-C., 1982b, p. 166.

46.

Joannès F., 2001, p. 874.

47.

Reichel C. D., 2001, p. 43.