1.2.5.2 - L’ancien temple

Le plan initial de ce bâtiment a été conservé pour une grande partie sans aucune modification : la cour centrale et les limites orientale et méridionale n’ont pas subi de transformations. L’ouverture vers le Sud subsiste toujours avec quelques transformations ainsi que celle vers l’Ouest qui assure les communications entre le palais et ce secteur de l’ancien temple. La transformation la plus importante est visible par le blocage de la porte qui mettait en relation la cour avec la cella. De plus, la porte du mur oriental de la pièce O 30:8, qui a précédemment fourni l’accès à la pièce O 30:18, a été bloquée. Cette pièce et la salle voisine O 30:21 ont dès lors formé une unité séparée qui était accessible seulement au moyen d'une porte dans le Nord, mais ne furent plus reliés à O 30:18

Au cours de cette phase, ce bâtiment présente l’organisation suivante : on y accède par l’entrée méridionale en traversant un vestibule pourvu d’un escalier du côté de l’angle oriental. Sur la bordure est se trouvent deux pièces indépendantes, ouvrant sur la cour centrale. L’ancienne cella et les trois salles voisines se présentent comme une zone importante de ce secteur, qui permet à la fois de communiquer avec un groupement dépendant du grand hall et avec la cour de l’ancien temple. A l’angle occidental se situe une unité de deux pièces O 30:8 et O 30:21 ; celle-ci n’a plus de relation avec le temple et possède une seule porte ouvrant sur une zone non fouillée de cette phase.

Actuellement, deux fours construits dans la cella O 30:18 ont été retrouvés. Le plus grand de ces deux fours était placé dans la moitié orientale de la cella, alors que le plus petit était bien construit dans le lieu de culte158.

Les spécialistes présentent deux hypothèses quant à la fonction de ces deux installations : la première estime que le four le plus petit pouvait avoir été employé comme four à céramiques. En s’appuyant sur la présence de deux petites salissures de cuivre ou de bronze, cette théorie suggère que le second four a été utilisé pour la fonte des métaux159. La deuxième hypothès160 supute que les activités de la salle O 30:18 ont été assez importantes pour être mis sous commandement direct du souverain. Selon le spécialiste qui adopte la deuxième théorie, la présence dans les salles O 30:15, O 3:16 et O 30:18 de plusieurs scellements concernant Bilalama et Usurawasu161, apporte des arguments renforçant cette supposition (travaux dirigés par le souverain). Cette hypothèse confirme que l’existence du scellement de Shu-ilishu, le roi d'Isin, dans la salle O 30:18 suggère que ces activités concernent la relation politique avec les autres villes, il s’agit de la cuisson des tablettes contenant les lettres diplomatiques dans les deux fours pour les envoyer aux autres villes. La présence de scellements des sceaux des souverains d’Eshnunna à cet endroit conduit l’auteur de la deuxième hypothèse à penser que les tablettes qu’on y cuisait furent scellées par les sceaux de ces derniers souverains avant de les cuire.

Plusieurs oppositions162 ont été présentées par cette dernière théorie contre la première supposition. D’après elle, en ce qui concerne le premier four, plusieurs obstacles ne permettent pas d’y voir un atelier de céramique : l'accessibilité très limitée à la salle O 30:18, qui aurait empêché le transport des pots, du carburant, des cendres de four vers l’intérieur et l’extérieur de la dernière pièce. De plus, cette hypothèse pose la question de savoir pourquoi on aménagea un atelier de céramique situé dans une telle position si proche de la salle du trône sous l’autorité directe du souverain. Nous pensons que l’auteur qui présente la dernière théorie veut dire que ce travail d’un four si proche nuirait au prestige du roi. D’après le même chercheur, la chambre des flammesdu deuxième four ne pouvait pas créer une chaleur suffisante et assez concentrée pour obtenir la fonte du métal et pour sa transformation. Ce dernier auteur présente aussi des arguments renforçant sa supposition : une tablette cuite a été retrouvée dans la salle O 30:18, portant le nom d'une personne s’appelant Qurussa.

Nous pensons que ces deux hypothèses ne sont pas valables. Pour la première, plusieurs oppositions peuvent être présentées, aucune jarre cuite n’a été retrouvée, ce qui ne nous permet pas d’admettre la fonction attribuée au premier four (cuisson des céramiques). Par ailleurs, l’existence d’un peu de résidus métalliques n’apporte pas de preuve suffisante pour affirmer que le deuxième four fut attribué à la fonte de métal. De plus, ce secteur n’a fourni aucun outil, aucun moule ou encore aucune pierre à polir. A propos de la deuxième hypothèse, on n’a retrouvé dans la salle O 30:18 qu’une tablette cuite, cette tablette ne fut pas scellée par le sceau de chaque souverain d’Eshnunna, il est donc probable qu’elle ne fut pas pratiquée à Eshnunna, peut-être fut-elle produite dans une autre ville, puis fut envoyée à Eshnunna. De plus, si nous supposons que cette tablette provient de ce palais, nous ne pouvons pas affirmer qu’elle fut cuite à cet endroit parce que cet objet a été retrouvé dans la phase brûlée du palais, cela nous amène alors à penser que l’incendie qui détruisit cette phase, lui donna cette forme actuelle (tablette cuite). Par ailleurs, la salle O 30:18 ne livra pas seulement cette tablette, un grand nombre de figurines en terre cuite cassées ont été retrouvées dans le rebu autour d'un puisard dans le coin nord-est de cette salle163.

Pour définir la fonction de ce secteur, il faut faire une comparaison entre le secteur officiel du palais de Mari et celui du palais de Tell Asmar. Le groupe officiel du palais de Mari fut associé à un secteur des services alimentaires contenant des fours, puisqu’on aménagea une porte entre les deux conduisant du dernier secteur vers la salle du trône du palais de Mari. Cette organisation permet d’affirmer que cette grande salle était l’endroit où l’on organisait les festins. Si nous observons la position du bloc officiel du palais de Tell Asmar, les aménagements et les découvertes du secteur de l’ancien temple de ce palais, nous remarquons qu’il présente des similitudes avec le palais de Mari, car la salle O 30:18 comportait deux fours et deux portes qui furent percées dans deux salles du secteur de l’ancien temple permettant de rejoindre le grand hall N 30:3. La présence de deux fours dans la pièce O 30:18 et la communication du secteur de l’ancien temple avec le grand hall nous conduisent à penser que ce dernier secteur servait aussi de zone de services alimentaires dans laquelle on préparait le repas royal qu’on présentait au roi et à ses convives dans le grand hall (pièce N 30:3).

La question qui se pose alors est pourquoi a-t-on a retrouvé dans la salle O 30:18 les scellements portant les noms de deux rois d’Eshnunna (Bilalama et Usurawasu) assortis de plusieurs figurines? Les scellements portant les noms de plusieurs rois d’Eshnunna qu’on a retrouvés dans plusieurs pièces du palais prouvent que ces rois administraient les affaires économiques dans le palais (voir ci-dessous), il est donc probable que l’opération de l’importation des denrées au secteur de l’ancien temple (secteur des services alimentaires) était réalisée pour préparer les banquets du souverain et qui était aussi dirigée par le roi. Concernant les figurines, en comparant avec le secteur G du palais de Mari, il est possible de connaître la raison de leur existence à cet endroit. On a retrouvé dans le secteur G du palais de Mari des figurines, J.-C. Margueron164 estime que ces figurines rudimentaires témoignent des croyances populaires, cela montre que le secteur G était attribué à l’habitation de personnes très simples, il s’agirait des serviteurs s’occupant de l’entretien du palais165. Si nous admettons l’hypothèse de ce dernier archéologue, nous pensons que les figurines découvertes dans la salle O 30:18 concernent probablement les serviteurs qui préparaient les banquets du roi, et qui y habitaient vraisemblablement.

Le seul obstacle à notre hypothèse est l’absence de plusieurs installations démontrant que le secteur de l’ancien temple était convenable pour l’habitation, telles que les aménagements des toilettes et de la salle de bain. Nous pouvons expliquer l’absence des installations domestiques par les hypothèses suivantes : soit ces installations furent ruinées lorsque le palais fut détruit, soit le séjour de ces esclaves à cet endroit fut temporaire (seulement pendant le temps de la préparation des repas).

Notes
158.

Lloyd S., 1940, p. 50.

159.

Cette hypothèse est adoptée par Lloyd, voir Reichel C. D., 2001, p. 78-79.

160.

Idem, p. 78, 82

161.

Idem, p. 77-78, 82.

162.

Reichel C. D., 2001, p. 78-79.

163.

Lloyd S., 1940, p. 52.

164.

Durand J.-M., 1987, p. 87.

165.

Idem, p. 87.