Avant la fin de l’indépendance d’Eshnunna, Ibiqadad II qui était un de ses rois, s’est engagé dans la construction de son nouvel édifice. Cette fois, il n’a pas choisi un ancien emplacement où, depuis la IIIème dynastie d’Ur s’étaient construits les cinq bâtiments royaux, mais a choisi un nouveau lieu au sud de l’ancienne zone du palais219. Cet édifice n’est pas bien conservé, et les chercheurs présentent deux hypothèses sur ce point. La première estime220 que le bâtiment fut élevé au-dessus des fondations, mais l’érosion fit disparaître les superstructures des murs. La deuxième théorie221 montre que ce monument ne fut pas complété et présente deux arguments la renforçant : d’une part la surface du tell est très plane à l’endroit de ce palais, ici cette théorie se demande comment l’érosion peut faire disparaître l’importante couche de décombres du palais dont les dimensions furent très importantes. D’autre part, le réseau de fondations de la partie septentrionale ne fut pas complété, puisqu’elles furent seulement creusées. Dans ce cas, ces fondations ne pouvaient pas recevoir les parties hautes des murs, ce qui conduit à penser que l’édifice ne fut pas achevé. Les arguments présentés par la deuxième hypothèse sont très logiques et nous permettent de penser qu’Ibiqadad II s’engagea à construire cet édifice mais il ne l’acheva pas.
Une question très importante se pose alors : pourquoi ce souverain voulait-il édifier ce bâtiment royal ? Ce roi fut très puissant et prit plusieurs titres illustrant cette hypothèse, comme étant le roi fort et le roi de l'univers. Il est probable qu’il voulait abandonner l’ancien bâtiment qui ne convenait plus à sa majesté et bâtir un nouvel édifice rehaussant cette majesté. De plus, Ipiqadad II inscrit son nom avec un déterminatif divin, cette tradition ne fut adoptée que par Ilushuila (premier roi d’Eshnunna après l’indépendance). Nous avons déjà indiqué qu’Ilushuila, après l’indépendance, transforma la fonction de temple Shu-Sin qui était destiné au culte des déesses étrangères, pour être attribué à son propre culte. Nous estimons que la prise d’un titre divin par Ibiqadad II est l’indication que celui-ci adopta la même tradition que Ilushuila, et peut-être cette nouvelle tradition l’amena-t-elle à édifier un nouveau bâtiment royal comme celui existant dans l’époque d’Ilushuila, contenant un secteur religieux pour son culte propre. Mais pourquoi ne termina-t-il pas cette entreprise bien que son règne dura 37 ans ? Selon nous, il est vraisemblable qu’il commença de le construire pendant les dernières années de sa vie et qu’il fut mourut avant de le compléter.
Aucun des successeurs d’Ibiqadad II ne reprit le travail engagé, pourtant, au cours de plus de cinquante ans d’indépendance qui restent, certains rois étaient assez puissants pour réaliser une telle opération222. Nous pensons que ses successeurs abandonnèrent cette entreprise parce qu’ils étaient occupés par d’autres travaux, telles que la construction du hall d’audience de Naram-Sin223 et la restauration224 de l’ancien palais. Mais pourquoi restaurèrent-ils l’ancien palais et n’achevèrent-ils pas le nouveau palais ? Peut-être, les successeurs d’Ibiqadad II trouvèrent-ils que l’abandon de l’ancien édifice et l’occupation du nouveau bâtiment donnait plutôt une mauvaise image au prestige de la dynastie dont les rois s’étaient installés dans l’ancien palais pendant longtemps.
Ce bâtiment dont la forme est allongée, mesure 102,50 m de long sur 34 m minimum à 46, 50 m maximum de largeur225. La porte principale fut installée à l’est entre l’extrémité septentrionale de cet édifice et l’ancien bâtiment.
Malgré son mauvais état de conservation, nous pouvons définir ses secteurs principaux :
Comme nous l’avons indiqué plus haut, ce monument n’est pas bien conservé. Cela pose problème pour comprendre les différentes fonctions attribuées à ses secteurs, mais si nous faisons une comparaison avec l’ancien palais, nous pouvons proposer quelques hypothèses sur ce sujet. L’organisation de la salle I était identique à celle du grand hall de l’ancien palais, elles étaient toutes les deux les plus grandes salles de leurs bâtiments. Autour de chacune, se trouvait une couronne de pièces, les deux salles communiquaient avec la première salle (salle du trône) dans leurs édifices par les pièces intermédiaires. La forme rectangulaire de la salle du trône de l’ancien édifice était semblable à celle de la salle X du bâtiment d’Ibiqadad II. On pouvait atteindre les deux directement par la cour centrale de leurs monuments. Cette dernière cour qui était une pièce importante dans les deux édifices, jouait un rôle essentiel dans la circulation et formait un même secteur avec la première salle et avec la grande salle.
Nous pouvons conclure que l’organisation de l’édifice était identique à celle des phases précédentes du palais d’Eshnunna, puisqu’il présente un groupe officiel qui se compose d’une cour centrale (espace III), qui donne accès à une première salle (IV). A partir de celle-ci, on peut rejoindre une grande salle, en traversant probablement une des petites pièces qui les séparent.
Il reste à savoir par quelle entrée on pouvait accéder à la cour centrale qui permettait de rejoindre d’autres pièces du groupe officiel. Dans ce cas, nous pouvons proposer trois hypothèses :
Si nous admettons une des deux dernières hypothèses, le palais devait avoir, avec l’accès principal, un autre accès qui permette d’entrer soit dans la cour XIV, soit dans une pièce du flanc occidental de la cour centrale, ce qui témoigne de l’existence d’au moins deux entrées au moins dans cet édifice.
Lloyd S., 1940, p. 82.
Idem, p. 82.
Margueron J.-C., 1982b, p. 205.
Margueron J.-C., 1982b, p. 206.
Jacobsen T., 1940, p. 100-115 et fig. 87.
Le fouilleur a remarqué les traces des réaménagements dans l’ancien palais et estime que ces travaux sont datés de l’époque d’Ibiqadad II, mais aucune preuve n’atteste que ces réaménagements appartiennent à l’époque de celui-ci. Il est probable qu’ils ont été réalisés à la même époque de ses successeurs. Pour ces réaménagements voir Lloyd S., 1940, p. 81-85.
Margueron J.-C., 1982b, p. 204.