2.1.3.2 - Le quartier de la cour 160 (fig. 32)

Ce quartier, accessible par les cours 154 et 131 et situé à l’angle nord-est du palais,  est caractérisé par un tracé de forme trapézoïdale. Cette zone, présentant plusieurs pièces (159, 158, 160, 166, 167, 165, 163, 191, 190, 161, 162), était organisée selon un schéma traditionnel correspondant à une cour intérieure (160) entourée d’une couronne de salles.

La dernière cour, de forme trapézoïdale, assurait diverses fonctions : la circulation, l’aération et l’éclairage des pièces qui l’entourent. Elle était percée de cinq portes qui permettaient de communiquer avec les autres pièces. Il y avait sous son sol une canalisation dont le départ était dans la cour 154 et qui traversait la pièce 159 et la cour 160 (où elle est suivait une pente O.-E). Cette même canalisation se coudait en angle droit pour rejoindre la pièce 167 et ensuite elle suivait une direction sud-nord afin d’atteindre le mur extérieur du palais. Elle avait pour rôle principal d’amener vers l’extérieur les eaux de pluie des cours 154 et 160 ainsi que les eaux usées de la cuisine 167379.

Dans ce secteur, une trentaine de jarres ainsi que quelques tablettes ont été retrouvées. La présence de ces jarres semble indiquer que cette partie jouait un rôle économique, mais il est difficile d’en être certain parce qu’elle ne présente pas les caractéristiques typiques du secteur économique (de salles très étroites et allongées et des banquettes creusées). L’étude de la fonction des diverses pièces du secteur (la salle d’eau, une cuisine et une salle de séjour) nous fait plutôt songer à une habitation.

Selon A. Parrot380, les cinq foyers (fig. 33), placés contre le mur ouest, indiquent que la pièce 167 était une cuisine. Ces foyers étaient construits en briques crues et aménagées comme une sorte de banquettes (haut. 0,50 m ; larg. moyenne : 0,98 m) pourvues d’un ressaut à l’angle nord. Ils étaient disposés côte à côte, chacun composé d’une cavité circulaire et, sur la face supérieure, d’une banquette permettant de recevoir la vaisselle et les aliments à cuire. Le cinquième foyer au nord, qui n’était pas aligné sur les précédents, devait servir à cuisiner dans des récipients plus grands. Selon le fouilleur381, par-dessus les cuisines, une tablette était prévue pour faire passer sans difficulté les plats dans la salle 165. Cette attribution se heurte cependant à quelques difficultés382 : dans cette pièce, aucun récipient destiné à cuisiner n’a été retrouvé. Les pots, comme nous le savons, ne pouvaient reposer directement sur les ouvertures des foyers car aucun support n’a été retrouvé : il faut donc supposer que ces foyers n’étaient pas destinés à l’élaboration des repas. Si l’on observe l’aménagement du quartier des cuisines royales (deux fours et une collection de vaisselle), qui ont été dégagées dans un bon état de conservation, nous remarquons qu’il n’existe aucune installation de ce type dans d’autres zones. Il faut envisager que le feu fût alimenté avec du charbon du bois, mais la fouille n’a pas permis de retrouvé des restes de ce combustible. Seul du charbon de bois a été trouvé dans des pièces ayant fourni des poutres et du mobilier en bois qui brûlèrent lors de l’incendie final. Tout cela conduit à penser que cette pièce n’a pas servi de cuisine car ses installations retrouvées n’ont pas permis de déterminer avec exactitude sa fonction. Malgré l’absence de plusieurs installations démontrant cette fonction, nous ne pouvons pas dire cependant qu’elle n’était pas destinée à cette vocation. En effet D. Charpin 383 a fait un inventaire général sur un trésor de ce bâtiment, et cet inventaire mentionne l’existence d’éléments variés : des coffres contenant de l’argent, de l’or, des pierres précieuses, une vaisselle précieuse, des objets en bronze, trois chars votifs, trois lits en bois précieux et des instruments de musique. On n’en a pas retrouvé dans la fouille, il est donc probable que ces éléments avaient été pillé par les soldats babyloniens qui pillaient, peut-être, des installations importantes de la salle 167.

Ce secteur a subi quelques transformations384 : le passage 160-163 fut muré dans la phase finale du palais et on ouvrit au même moment la porte 163-162. Le mur de cloison de 161-163, par son inégale épaisseur à ses deux extrémités est, corresponde peut-être à une adjonction permettant de diviser la pièce en deux parties ; cette modification a probablement été exécutée afin de donner une dépendance à la salle 191. Le mur qui sépare les pièces 190 et 191 peut être également considéré comme une adjonction. La salle 164385 est caractérisée par des fondations en pierre faites dans un appareillage particulièrement soigné. A l’époque du palais, ces fondations furent noyées dans le sol de terre battue et attribuées à des murs en briques crues qui ont disparus. Elles appartiennent, vraisemblablement, à un bâtiment antérieur au palais, mais il est difficile de les situer chronologiquement. Toutes ces indications montrent que la phase finale de cette unité était différente de la phase initiale.

Notes
379.

Parrot A., 1958a, p. 20, 22-23.

380.

Idem, p. 24.

381.

Idem, p. 25.

382.

Margueron J.-C., 1982b, p. 222-223.

383.

Charpin D., 1983, p. 211-212.

384.

Margueron J.-C., 1982b, p. 221.

385.

Parrot A., 1958a, p. 28.