Cette cour, située dans la partie orientale du bâtiment, marque le début des zones officielles. De forme trapézoïdale et s’étendant sur une superficie d’environ 1.500 m, c’était la pièce la plus grande du palais. Elle constituait une sorte de point de passage obligatoire pour toutes les personnes qui entraient dans le palais. En effet, elle assurait à la fois la communication avec la partie occidentale du palais et avec les secteurs du quartier oriental : cette dernière zone permet de communiquer avec la partie méridionale et enfin avec le quartier de la cour 160.
Un dallage, dont les modules de briques et l’orientation des assises ne sont pas réguliers, a été retrouvé dans la cour, mais la zone centrale n’a pas été retrouvée dallée ; l’auteur de la présente étude 392 pense que cette absence peut s’expliquer par l’existence à cet endroit précis de plantations de palmiers. De plus, une tablette semble confirmer cette hypothèse.
Cependant, certains archéologues ne partagent pas le point de vue de l’auteur en ce qui concerne l’hypothétique existence d’un jardin de palmiers côtoyant la salle 132. Ces spécialistes ont préféré suggérer d’autres hypothèses : selon la première hypothèse393, la présence d’un jardin dans une cour réservée aux cérémonies n’est pas acceptable. Ce jardin aurait certainement constitué un obstacle aux célébrations qui s’y déroulaient : en effet, l’existence d’une plantation dans ce lieu risquerait de masquer partiellement la baie de la salle 132 à la personne arrivant de la pièce 152, et elle entraverait le bon déroulement d’un rassemblement de la population face à cette pièce. D’après la deuxième hypothèse394, il est probable que les soldats assyriens, durant les XIVe et XIIIe siècles, ôtèrent les dalles centrales de la cour, soit pour les retailler, soit pour y établir leur cimetière.
Selon nous, il n’existait pas de plantations de palmiers au milieu de la cour mais pour les mêmes raisons invoquées par les autres archéologues, car nous ne sommes pas certains que cet espace, situé devant la salle d’audience, fût un lieu de rassemblement pour la population lors d’un grand concours395. Le deuxième argument présenté par les partisans de la première hypothèse n’est pas convainquant, car si l’existence d’un jardin devant la salle 132 fait obstacle pour la personne qui vient de la pièce 152, il était possible de prendre un autre chemin pour atteindre la pièce 132. Pour la deuxième hypothèse, aucune preuve n’atteste que les assyriens ôtèrent les briques situées au centre de la cour, pour les réutiliser. Enfin, selon nous, plusieurs raisons ne plaident pas en faveur de l’existence d’un jardin
Ces dernières constatations nous amènent à penser qu’il n’y avait pas de jardin de palmiers. Cette zone, comme la cour 106, ne possédait peut-être que des plantes disposées dans les structures amovibles398. Ce qui renforce cette hypothèse, c’est l’existence d’un bassin rectangulaire bitumé aux parois constituées de briques inclinées et datant de la dernière phase d’occupation du palais par Zimri-Lim. Selon le fouilleur,399 l’installation était en réalité un bassin de pieds, destiné aux visiteurs acceptés pour l’audience royale et qui voulaient se laver sommairement avant de se présenter devant le roi. Nous pensons que l’hypothèse du fouilleur n’est pas recevable, car comme nous l’avons déjà indiqué, le secteur d’accueil du palais possède déjà une pièce 153 destinée aux personnes voulant faire leurs ablutions avant de se présenter au roi : si ces personnes disposaient déjà d’une pièce pour se laver en 153, pourquoi auraient-elles eu besoin de faire leurs ablutions une seconde fois dans la cour 131 ? Il est probable que ce bassin était un réservoir d’eau destiné à l’arrosage des plantations disposées dans des structures amovibles.
Concernant la raison de l’absence de dalles au centre de la cour, il est probable que peu avant la destruction du palais par Hammourabi, on ôta les dalles du centre pour changer le dallage abîmé, mais il est possible que les artisans n’eurent pas le temps de compléter ces travaux de restauration à cause de la ruine finale du palais par Hammourabi babylonien.
Plusieurs indices attestent que la cour 131 a connu deux phases d’occupation ; il s’agit de multiples modifications qui transformèrent son plan primitif. Par exemple de nombreuses portes furent murées provoquant ainsi des bouleversements du plan initial de la cour. Ainsi, primitivement, la salle 130 était un lieu de passage entre la cour 131 et le couloir 68 - ouvert des deux côtés pour assurer les communications rapides – puis l’ouverture 130-68 fut ensuite murée400 afin de préserver la pièce des regards indiscrets provenant de la cour 131 et du couloir 68. Le passage 162 de la façade septentrionale fut rétréci401. La porte de la face occidentale de la cour 131, donnant accès à la salle 116, fut trouvée bloquée. Trois des portes de la salle 189 ont également été retrouvées murées : cette modification changea la fonction de la chambre402. La salle 132, modifiée à plusieurs reprises, disposait de portes conduisant dans les salles voisines : celles-ci furent ensuite murées. La suppression de l’extrémité ouest de la cour 131, afin d’y construire le groupe du secteur officiel, provoqua le décentrement de la pièce 132403. La modification de la structure générale de la zone a conduit à créer de nouveaux passages tels que les accès 131-130 et 131-189404. Toutes ces modifications montrent que l’organisation finale de la cour diffère de celle remontant à l’époque de la construction du bâtiment.
La cour 131 donne accès à plusieurs pièces, l’une d’elles est la salle 132 (fig. 37) qui s’ouvre sur la paroi méridionale. On y pénètre par un accès majestueux et un escalier semi-circulaire, entièrement construit en briques cuites. Le mur ouest était décoré d’une composition qui s’est effondrée avec le temps en éléments dispersés. En ce qui concerne la datation de cette décoration, selon les études faites par Moortgat, il semblerait qu’elle date de l’époque de Gudéa et de la IIIème dynastie d’Ur405. Cette salle dispose d’une installation très importante, il s’agit d’un podium placé au centre de la paroi sud. Elle a connu deux phases, puisqu’elle appartient à la phase ancienne du palais, mais elle a subi, durant dans la deuxième phase, des transformations (deux niches aménagées dans le mur sud étaient trouvées murées406).
Parmi les autres pièces entourant cette cour, nous pouvons distinguer cinq pièces en enfilade, occupant toute le largueur de la façade orientale de la cour (192- 196 – 195 – 194 – 193407). La salle 192 était indépendante de la cour, en revanche les autres salles, qui formaient un appartement, communiquaient les unes avec les autres, car une porte (196-131) assurait les communications avec la cour 131.
Huit salles ont été fouillées sur le côté méridional de la cour 131 (144-134, 135, 127, 128, 129, 130). Deux portes, 131-134 et 130-131, permettaient la circulation entre ce bloc et la cour 131.
Parrot A., 1958a, p. 57.
Al khalsi Y., 1978, p. 10.
Margueron J.-C., 1982b, p. 218.
Aucune preuve écrite ne montre ce concours.
Cf. ci-dessous, p. 143.
Parrot A., 1964, p. 96-97.
Parrot A., 1958a, p. 75.
Margueron J.-C., 1982b, p. 216.
Parrot A., 1958a, p. 75.
Margueron J.-C., 1982b, p. 216-217.
Idem, p. 217.
Margueon J.-C., 2004, p. 407.
Pierre B., 1987, p. 552.
Parrot A., 1958a, p. 66-70.