La cour 106 est la deuxième pièce la plus importante par sa superficie, mais la première par son aménagement. L’état final d’occupation de la cour 106 montre qu’elle mesurait 29, 50 m sur 25, 50 m et qu’elle faisait partie du bloc officiel (106-64-65408). A l’angle nord-ouest de la cour 131, le couloir 114-112 permettait de rejoindre la cour 106. Cette dernière disposait de six portes permettant l’accès aux appartements privés, aux salles 109 et 110, au secteur administratif et la salle 116.
Pour éviter de confondre les cours 106 et 131, il nous faut clairement les identifier. En s’appuyant sur quelques textes indiquant les unités du palais, Y. Al-Khalesi409 fixe la cour des palmiers en 106. Il affirme que ces textes signalent l’existence d’une cour des palmiers, mais il nie la présence du jardin à cet emplacement. Il pense que cette appellation est due à la présence, dans la cour 106, de peintures murales figurant des palmiers. Sa théorie concernant les raisons de l’appellation de la cour n’est pas valable ; en effet, les nouvelles recherches épigraphiques ont montré la présence, dans la cour 106, de la « cour du palmier » et non de « la cour des palmiers 410». Il existait anciennement, dans cette zone, un palmier, symbole de source de vie, représenté à l’aide de matériaux précieux411. Il est donc probable que cet arbre artificiel soit à l’origine de cette dénomination. Aucun vestige de ce palmier n’a été retrouvé : il se peut que Hammourabi, au moment de la destruction de la ville, l’ait emporté à Babylone.
Une grande partie des murs, dégagée dans cette cour, fut retrouvée en bon état de conservation ; ils étaient construits en briques crues de modules divers et revêtus d’un enduit de plâtre blanc. Trois d’entre eux furent décorés de peintures murales412 (fig. 39), protégées contre les intempéries par un système de protection ingénieux413 : il s’agissait de couvertures en tissu ou en nattes soutenues par des hampes mobiles qui étaient logées dans des petits cubes de pierre enfoncés dans le sol (vingt-cinq de ces cubes ont été retrouvés). Ce système était amovible selon les saisons et les besoins.
Ces peintures furent la cause de multiples transformations architecturales dans la cour 106414. Par exemple, la porte de la pièce 64, qui ouvrait sur la cour 106, large de 4,80 m durant la première phase d’occupation du palais, fut rétrécie (large de 3,10 m) suite à la pose de la peinture de l’investiture qui nécessita d’avantage d’espace. Cette peinture ne fut placée qu’après avoir fait modifier soigneusement le mur Sud de la cour 106.
La datation de ces travaux diffère selon les chercheurs415. Selon certains spécialistes, à l’exception de la peinture de l’investiture, datée de l’époque assyrienne, ces travaux seraient l’œuvre de Zimri-Lim. D’après d’autres archéologues, ces peintures appartiendraient plutôt à l’époque de Zimri-Lim. Pour dater ces modifications précisément, il nous faut examiner différents éléments :
La technique employée pour élaborer la peinture de l’investiture ainsi que ces dernières constatations nous permettent de dater précisément ces travaux de l’époque de Samsi-Addu. Ce souverain, responsable de la création d’un immense royaume de Haute Mésopotamie, voulait probablement mettre en œuvre une formule architecturale spécifique pour célébrer son pouvoir : la cour 106 et ses peintures en témoignent. Nous savons aussi que celles-ci étaient une des caractéristiques du palais de Mari la dernière époque (la période de Zimri-Lim) : nous pensons que ces caractéristiques datent de l’époque de Samsi-Addu et qu’elles se sont maintenues aux époques utérieures.
De nombreuses pièces étaient organisées autour de la cour 106, les salles 116 (fig. 40) et 64 (fig. 41) étaient les deux plus importantes. Dans la première pièce, des banquettes de briques crues furent aménagées, et dans ces installations, plusieurs jarres furent trouvées enfoncées dans le sol421. La pièce 64 était percée de plusieurs portes permettant d’assurer les communications avec plusieurs secteurs du palais. Au milieu du long côté sud de la pièce, a été mis au jour un podium décoré (fig. 42) et bien conservé: on y accédait au moyen de deux escaliers construits sur les petits côtés422 . Les aménagements des deux pièces nous permettent d’identifier le type d’activités qui s’y déroulait (nous y reviendrons un peu plus tard).
A l’Ouest de la cour 106, il existe cinq salles, les pièces 55, 54, 107, 108 et 109. Ce groupe de pièces communiqua initialement avec la cour 106 : chaque salle disposait d’une porte. Quelques temps après, la cour 106 et les salles furent modifiées : une grande partie des portes menant à la cour furent murées. La porte de la cour 106, ouvrant sur la pièce 54, fut bloquée à la suite de la construction du mur occidental de cette cour. Les quatre portes de la salle 108 donnaient sur les salles voisines et sur la cour 106 : deux portes, en direction des pièces 107 et 109, furent fermées, et une porte, donnant accès à la cour 106, fut murée durant la phase finale d’occupation du palais. Cette unité a connu d’autres modifications ; ainsi, les carreaux cuits de la salle 55, furent posés en deux temps : on posa d’abord la partie occidentale et ensuite la partie orientale. Il existait primitivement un mur de 1,80 m d’épaisseur correspondant à la première phase de construction : on suit celui-ci tout le long des chambres 108, 107, 54, 55 et 56. Durant la deuxième phase architecturale, un nouveau mur fut rajouté sur tout le côté occidental de la cour et on détruisit l’ancien mur présent dans les salles 55 et 56 afin d’agrandir leur superficie.
Margueron J.-C., 1987, p. 463.
Al khalesi Y., 1978, p. 6, 10.
Cf. ci-dessus, p. 120.
Margueron J.-C., 2003, p. 469 et Huot J.-L., 2004, p. 32.
Pierre B., 1987, p. 551, et Paraye D., 1982, p. 31.
Parrot A., 1958a, p. 91.
Durand J.-M., 1987, p. 58 et Margueron J.-C., 2003, p. 469.
La première hypothèse est adoptée par Tomabechi Y. 1983, p. 143, le second est présenté par Parrot A., 1974, p. 122.
Parrot A., 1958a, p. 95
Idem, p. 107-108.