La cour 131, qui était l’un des plus grands espaces ouverts du palais de Mari, constituait une zone pivot pour les circulations, mais l’auteur476 lui a attribué d'autres fonctions. Selon lui, elle était une zone centrale dans le palais et était munie de jardins des palmiers : c’était semble t-il un lieu de rassemblement de la population, devant la salle d'audience, lors des grands concours. Comme nous l’avons déjà signalé, plusieurs indices prouvent que ce jardin ne fut pas aménagé dans l’espace central de la cour dépourvu de carrelage. Concernant l’autre fonction, on ne peut pas l’admettre de façon certaine parce qu’aucune mention écrite évoquant l’existence d’une telle pratique n’a été retrouvée477.
Selon les épigraphistes478, cette cour servait de lieu de réception à l’occasion de réunions entre hommes, dans le palais royal et joua également un rôle économique, puisqu’on y offrait au roi du bétail (bœufs, moutons, daims, cerfs, gazelles, autruches) lors du paiement de l’impôt royal.
L’organisation et les aménagements du palais de Mari nous conduisent à adopter l’hypothèse des épigraphistes. Ce secteur était semble t-il une zone d’accueil des visiteurs du roi. Ceux-ci pouvaient, avant de rencontrer le souverain, faire leur ablution dans la salle 153 et de ce secteur, ils empruntaient le couloir 152 permettant d’atteindre la cour 131 : c’est dans cette dernière que les visiteurs suivaient vraisemblablement leurs réunions et qu’ils mangeaient avec le roi. Les aménagements retrouvés dans les dépendances de cette cour renforcent cette théorie. Ainsi la salle 196, située sur la façade orientale, a livré quatre vingt bouchons de jarres479 : ceux-ci semblent suggérer que nous sommes en présence d’une réserve de jarres probablement destinée à conserver des denrées alimentaires ainsi que du vin utilisés lors des banquets royaux. Nous nous demandons cependant s’il faisait suffisamment froid ou chaud dans la zone où le souverain accueillait ses hôtes. Sur la face occidentale de la cour 131, se situe la salle 189 qui dispose d’un foyer fait de briques cuites et d’un puisard. Ces aménagements caractérisent la fonction domestique de cet espace durant la phase finale d’occupation du palais ; il n’est pas donc pas possible d’attribuer cette pièce à une fonction de séjour. Les fragments de peinture murale qui ont été recueillis semblent indiquer que nous sommes en présence d’une salle de réception dans laquelle le roi recevait ses visiteurs quand il ne faisait pas beau dans la cour 131 (ceci est valable uniquement durant la phase plus ancienne de l’époque finale du palais). Dans ce palais, les salles de réception étaient habituellement décorées (52 et 34), et ceci conforte notre hypothèse concernant la fonction de la salle 189 comme pièce de réception.
Concernant l’autre fonction de la cour, il est difficile d’admettre que cette zone ait pu accueillir en même temps la famille royale et les animaux destinés au paiement des impôts ; nous pensons plutôt que le paiement des impôts s’effectuait dans un autre emplacement, situé à l’extérieur du palais, où les fonctionnaires réalisaient leurs listes finales d’inventaire des bêtes qui devaient être ensuite présentés au roi dans la cour 131. Si nous supposons qu’on recevait dans cette cour les animaux destinés au paiement des impôts, nous nous demandons où se trouve l’endroit dans lequel on mettait ces bêtes dans le palais de Mari? Aucune zone réservée aux animaux n’a été retrouvée dans ce bâtiment, ce qui fournit un argument à notre hypothèse. Si ces animaux ont été livrés au souverain dans cette cour, peut-être, ceux-ci ont été conduits du palais à une autre place qui leur était destinée et située à l’extérieure de l’édifice.
La salle 132, dont nous ne connaissons pas la fonction précise, donnait sur la cour 131. A. Parrot480 lui attribua une salle d'audience munie d’un podium indiquant la place du roi, peut-être son trône. Nous ne sommes pas d’accord avec la proposition du fouilleur car les aménagements retrouvés dans cette pièce indiquent une toute autre fonction. Cette salle était décorée de peintures murales à thème religieux et disposait d’un podium situé au centre du mur méridional481. Nous pensons que cette installation ne correspond pas à un trône royal, parce que les matériaux utilisés dans sa construction ne sont pas identiques à ceux qui furent utilisés pour la construction de trône482. Le podium de cette salle était semblable aux autels cultuels, construits en terre crue, découverts dans les salles 209, 149, 81 et 64. La thématique religieuse de la décoration murale, ainsi que le podium, conduisent à penser que c’était plutôt une chapelle. Les études comparées réalisées entre cette pièce et celle de la chapelle du temple d’Ishtar kititum à Sharie renforcent notre théorie483 (fig. 56). Cette comparaison prouve que ce type de plan correspondrait plutôt à une fonction religieuse (nous reviendrons en détail sur cette comparaison dans la deuxième partie). De plus, des textes inédits attestent que cette pièce, datée de l’époque du Shakkanakkus, était une chapelle vouée à Ishtar484 (le temple aux peintures).
Si cette identification se confirme par la suite, nous aurions à faire à une caractéristique nouvelle et propre au palais de Mari car pour le moment ce type d’installation cultuel donnant sur une cour centrale n’a jamais été constaté auparavant dans un autre palais mésopotamien daté de la fin du troisième millénaire et du début du second millénaire.
Parrot A., 1958a, p. 65.
J.-M Durand a fait une étude textuelle du palais et il n’a indiqué à aucun texte parlant des grands concours dans cette zone
A la fin de Z11’, le 25-i-ZL KAHT, l’huile est livré pour la préparation du plat quand les Hanéens et les Elamites étaient invités pour manger dans la cour du bâtiment aux peintures, Durand J.-M., 1987a, p. 52-53.
Parrot A, 1958a, p. 69.
Parrot A., 1958a, p. 63-65.
Cf. ci-dessus, p. 122.
Les soubassements de celui-ci dans le palais de Mari étaient en pierre et surmontés d’un dais (salles 65 et 1).
Frankfort H., 1936, p. 77 et fig. 239.
Margueron J.-C., 2004, p. 462.