2.1.4.3 - Le secteur religieux 

Ce secteur n'a pas été construit durant l'époque d’occupation du palais de Mari, mais durant la phase d’occupation coïncidant avec l’essor de la ville II. D’après les sondages stratigraphiques réalisés à l’intérieur même du palais, il fut maintenu durant toute l’époque de son existence de P-3 à P-0 et fut conservé dans le grand palais royal.

Des aménagements religieux, tels que des autels faits de deux ensembles (149-150) et (209), furent découverts dans ce secteur. Les installations du premier ensemble (150) témoignent de son rôle de sanctuaire, puisqu'un podium construit en briques crues485, comme nous l’avons déjà indiqué, fut installé dans l’angle nord-est de la salle 150.

Grâce aux travaux de 1969486, les deux niveaux présargonique (P1 et P2) ont pu être atteints dans le deuxième ensemble (salle 209) : cette opération permit de mettre à jour un autel en terre, adossé au mur. Il fut conservé avec ses niches en façade et deux petits escalier sur les cotés. Cette installation, antérieure à l’époque de Zimri-Lim, semble dater de l’époque d’Ur III.

En ce qui concerne les dieux vénérés dans ce secteur, le fouilleur pense que le culte de la déesse Anunit était pratiqué dans la salle 150 et que celui de la déesse Ishtar- Inanna prenait place dans les salles 209-210487. Dans le développement concernant l’histoire des fouilles du palais de Mari488, on avait pu noter l’existence de quelques textes, gravés sur des statues, mentionnant Ishtar ou Inanna. Il est probable que la déesse Ishtar disposait d’un lieu de culte à l’intérieur du palais de Mari mais il n’en est pas certain concernant Anunit. Ishtar était une divinité très importante dans la vie religieuse du palais, la peinture de l’investiture en témoigne489 : sous sa protection, le roi de Mari pouvait assurer à son pays l’eau bienfaisante, l’eau génératrice de vie. Si nous admettons l’existence de ce temple dans le palais, où pourrait-on le situer ? Il nous semble intéressant de le rechercher dans les deux ensembles (149-150) et (209-210) et dans les pièces à caractère sacré.

Il n’est pas possible de le situer dans la simple chapelle 150, parce que le temple d’Ishtar abritait les activités administratives du roi ainsi que ses fonctionnaires. Un épigraphiste490 pense que la statue de l’adoration, datant de la dernière phase d’occupation du palais, se situait dans la salle 209 et que les autres figures divines étaient placées devant celle-ci dans la salle 210. L’hypothèse de cet épigraphiste n’est pas valable, car l’absence de données probantes ne permet pas de valider clairement cette hypothèse. Les études des textes permettent d’affirmer que la dame du palais était l’objet d’une grande vénération, J.-C. Margueron491 estime qu’elle était adorée en 209-210. Nous ne pouvons pas adopter cette hypothèse avec certitude, parce qu’on n’a pas retrouvé les preuves archéologiques allant dans ce sens.

Les salles 64 et 132 ont peut-être abritées le temple d’Ishtar car elles possèdent des caractéristiques typiques de pièces à vocation religieuse. La premier salle ne peut pas être un lieu de culte voué à Ishtar, car d’une part celle-ci se situe dans le secteur officiel (et selon les coutumes mésopotamiennes, un temple ou une chapelle ne peut pas se situer dans cette zone), et d’autre part la statue qui a été trouvée dans cette pièces, était celle de la déesse au vase jaillissant (nous discuterons ce point en détaille plus tard). Concernant l’autre salle, comme nous l’avons précédemment mentionné492, celle-ci donnait sur la cour 131, ses aménagements et les textes inédits indiquent la présence d’une chapelle consacrée à Ishtar : si cette explication se confirme, il sera possible d’envisager que cette salle ait été un lieu d’adoration de la déesse.

Enfin, les aménagements des deux ensembles, (149-150) et (209-210), prouvent qu’ils étaient bien consacrés aux cultes de dieux, mais il n’est pas possible pour le moment d’identifier précisément ces divinités ; en effet, les études des textes et archéologiques ne peuvent pas nous donner d’informations exactes.

Notes
485.

Margueron J.-C., 1982b, p. 257.

486.

Parrot A., 1958a, p. 273.

487.

Idem, p. 273.

488.

Idem, p. 17.

489.

Margueron J.-C., 2004, p. 477-478.

490.

Durand J.-M., 1987, p. 96.

491.

Margueron J.-C., 2004, p. 484.

492.

Cf. ci-dessus, p. 140.