2.1.4.6.1- La cour 106 

Les aménagements de cette zone attestent de l’importance de cette cour dans le palais de Mari. Les décors muraux peints de « l’investiture » et de « la scène du sacrifice 519», la qualité de l’architecture et le soin apporté au plâtre, utilisé dans le revêtement du sol et des murs520, attestent du soin particulier apporté à cette pièce. Cette cour jouait un rôle essentiel dans les circulations car, durant la dernière phase, il fallait obligatoirement y passer pour rejoindre les secteurs de l’aile occidentale. Nous pensons que cette cour n’était pas seulement un lieu de circulation mais elle avait d’autres fonctions : elle était entre autre le premier espace attribué à l’ensemble officiel, comme en témoigne la présence de peintures murales. C’était aussi un lieu où l’on pratiquait le rituel de kispum 521 et où l’on servait les repas royaux.

Les décorations de la cour 106 avaient pour principale fonction de refléter la majesté royale. Ces peintures permettaient aux souverains de Mari d’exprimer leur puissance : la peinture de « l’Investiture » signifie, que sous la protection divine, le roi de Mari pouvait assurer à son pays l’eau bienfaisante, l’eau génératrice de vie. Cette magnificence architecturale, dont la renommée dépassait les frontières de l’Etat, attirait l’attention des autres souverains tels que le roi d’Ougarit522 qui envoya son fils à Mari pour visiter la résidence et lui rapporter quelques idées dont il pourrait s'inspirer pour sa propre résidence.

Au moment du dégagement de la cour, l’espace centrale de celle-ci était dépourvu de dallage : les chercheurs proposèrent deux hypothèses pour expliquer cette absence :

  1. Selon la première hypothèseElle est proposée par l’archéologue, Margueron J.-C., 1982b, p. 360., l’absence de dalles est due aux pillards antiques.
  2. D’après la deuxième hypothèseMargueron J.-C., 1980, p. 360., la partie centrale de la cour fut occupée par un jardin. La découverte d’un dispositif (il existe une légère dénivellation du sol aux quatre coins de la cour) de collecte des eaux, au centre de l’espace central dépourvu de puisard, semble confirmer la présence d’un jardin qui aurait recueilli les eaux de pluie.

Nous ne sommes pas d’accord avec la première théorie car elle n’explique pas pourquoi seule la partie centrale de la cour, et non les cotés, fut affectée par ces pillages. Cependant, la deuxième hypothèse n’est pas valable pour autant. En effet, différentes raisons l’expliquent :

  1. Premièrement, il semblerait que durant la dernière phase d’occupation du palais, le centre de la cour fut occupé par un palmier artificiel et non pas par un jardin.
  2. Dans le palais d’Ougarit, il existait un jardin dans la cour III, mais ses bordures étaient très bien marquées. Cf. ci-dessous, p. 378. ; ce n’est pas le cas dans la cour 106 où les bordures ne sont pas nettement marquées. Nous pensons qu’il n’est pas logique d’aménager un jardin dans une cour aux bordures aussi irrégulières.
  3. La présence d’un jardin dans cet espace ne pouvait pas permettre le bon déroulement du rituel du kispum mentionné par les textes de Mari.

D’après les arguments signalés au dessus, il est probable que ce jardin s’y trouvait durant la première phase d’occupation de la cour 106 : cette dernière a subi de multiples transformations durant la dernière phase durant laquelle le verger526 fut sans doute remplacé par une structure permanente ainsi que quatre palmiers placés dans des bacs à l’occasion de repas. L’existence, dans la cour 106, d’un bassin de forme rectangulaire (2m. 93 X 1m. 90 m)527 trouvé plaqué contre le mur est, renforce l’hypothèse de la présence d’arbres à structure amovible à l’instar d’un jardin. Nous pensons que ce bassin, de petite dimension, n’aurait pas pu servir à alimenter en eaux un grand jardin, mais il est vraisemblable que c’était plutôt un réservoir servant à l’arrosage de quelques arbres à structure amovible.

Nous estimons que l’absence de dalles, au centre de la cour, peut s’expliquer par l’hypothèse suivante : il se peut que le centre de la cour 131 ait été dépouillé des dalles centrales au moment des travaux de restauration qui ne furent pas achevées en raison de la destruction finale du palais par Hammourabi. Il semblerait que la cour 106 ait aussi subi des travaux de restauration durant la dernière phase d’occupation du palais, mais qu’ils n’ont pas pu être terminés à cause de la destruction de l’édifice par les babyloniens. Si notre hypothèse s’avère exacte, il nous faut nous interroger sur les raisons qui ont poussées à effectuer de tels travaux spécifiquement dans ces deux zones. Nous savons que ces cours abritaient des activités officielles importantes, et dans ce cas il semble normal de leur donner plus grande importance par rapport à d’autres zones du palais.

Notes
519.

Margueron J.-C., 1982b, p. 359.

520.

Parrot A., 1958, p. 86.

521.

Les études épigraphiques montrent l’importance de ce rituel dans ce lieu, Durand J.-M., 1987, p. 55.

522.

Parrot A., 1958a, p. 78.

526.

J.-M. Durand a étudié l’emplacement dans lequel étaient situés les quatre arbres et a affirmé qu’ils furent disposés dans quatre structures amovibles, Durand J.-M., 1987, p. 57.

527.

Parrot A., 1937, p. 71.