2.3.5.1.3 - Le secteur officiel

Ce secteur se compose de deux grandes salles avec leurs dépendances. La première salle servait, d’après les fouilleurs, de salle du trône634, ceux-ci présentent quelques arguments appuyant cette identification : l’épaisseur du mur d’entrée ; il atteignait 2, 2 m, la largeur solennelle (2, 75 m de largeur)ainsi que la position centrale de la porte d’entrée placée entre cette salle et la cour B. En plus, ces fouilleurs estiment que les aménagements existant à l’intérieur de cette pièce permettent d’y voir la salle de vocation officielle, comme par exemple un podium de trône installé sur le petit côté oriental et les banquettes sur les longs côtés.

L’hypothèse de l’appartenance de cette pièce au bloc officiel est admise mais il est difficile d’accepter que c’était la salle du trône, parce que contrairement à la base du trône de la salle 65 du palais de Mari, construite en pierre, celle de cette salle était faite de briques crues qui ne correspondent pas aux exigences d’un support de trône. Les podiums construits en briques étaient une des caractéristiques des pièces consacrées à une fonction religieuse, comme par exemple la chapelle 150 du palais de Mari635 , le podium de celle-ci était constitué du même matériel que la salle O. Cela nous permet de penser qu’elle était utilisée probablement pour des activités religieuses. Quant aux banquettes installées à cet endroit, elles étaient éventuellement utilisées comme des sièges pour les personnes atteignant cette pièce (les convives du roi ou les individus assistant aux pratiques rituelles).

Concernant la salle Q, cette salle n’est conservée que partiellement. Cela pose problème pour identifier précisément ses attributions. Malgré ce mauvais état de conservation, sa dimension et ses aménagements actuels permettent de mettre en évidence quelques-unes de ses fonctions. Le hall Q était la plus grande salle du palais, de même dimension que les salles du trône de quelques palais mésopotamiens (salle 65 du palais de Mari et la salle 22 du palais de Tell Leilan). Par ailleurs, le plan de ce grand hall était très proche de celui de la salle 65 du palais de Mari, où, sur le petit côté est, se dresse une tribune de 1,70 m à peu près. La grande salle Q se trouvait aussi en contact à l'est avec une petite pièce, la salle R, semblable à la tribune 66 du palais de Mari. Il est donc probable que cette salle Q jouait le même rôle que la salle 65 du palais de Mari : il s’agit de l’espace principal de ce secteur qui servait de salle du trône et où se déroulaient les fêtes636.

Au sujet des aménagements, ce grand hall possédait une porte majestueuse vers la salle R (3, 03 m de la largeur), semblable à l’ouverture B-O, cette issue présente donc une autre indication sur la vocation officielle de ce grand hall. Mais une question se pose : pourquoi le passage aménagé entre les salles O et Q n’était-il pas monumental ? Nous pensons qu’il était secondaire, il est vraisemblable que les convives du roi entraient chez lui dans la plupart des cas par la deuxième porte monumentale occidentale du palais de 2, 80 m de largeur. Cette porte était très proche de la salle Q, il n’existait entre les deux que la salle intermédiaire S. Dans ce cas, il était possible d’accéder à la salle du trône rapidement, simplement et facilement pour voir le roi. La majesté de l’accès occidental et son emplacement prouvent qu’il était l’entrée principale de l’espace Q, et apporte un argument supplémentaire en faveur du fait que cet espace servait de salle du trône.

De plus, ce grand hall possédait un autre aménagement nous permettant d’y voir la salle du trône, il s’agit d’une petite construction située au-dessous d’une grande fosse qu’on a découverte au centre de la pièce. Cette construction était comme une tombe composée d’une seule chambre. Dans la salle du trône XVI du petit palais oriental de Mari, une telle installation se trouvait pour enterrer les rois morts sous la terre du palais où avait lieu la pratique funéraire. Cela prouve que la salle Q avait vraisemblablement la même fonction que la pièce XVI du palais oriental de Mari. Cette organisation répondait peut-être à la fête de kispum, ce rituel était lié à la présence de tombes, consacrées aux ancêtres morts, et était considéré comme un grand moment cultuel637. Il est donc probable qu’on y célébrait la cérémonie du kispum.

A propos du trône de cette salle, aucune indication ne fut retrouvée à cause du mauvais état de conservation. Son plan et son organisation nous amènent à formuler l’hypothèse suivante : le trône se plaçait peut-être sur le petit côté occidental, car cet emplacement était très près de la porte qui donnait accès à cette salle aux visiteurs du souverain. D’une part, cette organisation permettait au roi d’être très proche de ses convives quand ils y entraient, d’une autre part le souverain pouvait revenir à son siège rapidement.

Notes
634.

Miglus P. A., Strommenger E., 2007, p. 57 et Miglus P. A., 2003-2005, p. 247.

635.

Margueron J.-C., 1982b, p. 257.

636.

L’hypothèse de faire les cérémonies dans cette salle est adoptée par Miglus P. A., 2003-2005, p. 247.

637.

Margueron J.-C., 2004, p. 479.