En 1903, R. Koldewey663 repéra le quartier où le palais se situait, mais celui-ci fut étudié par l’équipe dirigée par W. Andrae664. Cet édifice n’étant pas bien conservé, les fouilleurs n’ont trouvé que les fondations (aucun fragment des superstructures n’a été repéré)665. Ces fondations étaient creusées dans le rocher attribué au fondement de la cité.
Grâce au sondage stratigraphique666 qui a été fait dans l’édifice, plusieurs niveaux architecturaux ont été mis au jour :
Le dernier niveau concerne l’ancien palais d’Assur, la date de celui-ci n’est pas connue précisément, car les éléments qu’on a trouvés sont pauvres : deux tablettes dont l’une est en akkadien, l’autre est en paléo-babylonien, un fragment de céramique portant un sceau d’Irishum I et deux petites figurines en terre cuite667. Ces éléments ne peuvent pas donner d’information exacte sur cette question, ils nous permettent668 de lui donner une date du début ou du premier tiers du IIème millénaire. De plus, le palais n’était pas achevé et ne possédait aucune trace d’occupation, ici une question se pose : pourquoi apportait-on ces matériels dans un édifice qui n’était pas utilisé ? Normalement les sceaux et les tablettes se trouvent toujours dans les bâtiments que l’on occupe (palais de Mari, de Tell Asmar et de Tell Leilan etc.). Cela nous donne l’impression que ces découvertes ne sont pas à leur place d’origine.
Cette question a attiré l’attention de plusieurs chercheurs qui ont proposé plusieurs hypothèses. Selon la première669, il faut rechercher les techniques de la construction. D’après la seconde670, en raison de la pauvreté de ce niveau des découvertes importantes qui aident à le dater, on fait une comparaison avec le palais du Tell Brak, appartenant à l’époque akkadienne. Cette comparaison conduit à établir un parallèle entre les deux et affirme que l’ancien palais d’Assur fut édifié par le même roi qui fit construire le palais de Tell Brak, soit Naram-Sin. L’auteur qui présente cette seconde hypothèse s’appuie sur les dimensions des deux bâtiments, qui étaient identiques : le palais d’Assur mesure 112 m de long sur 96 m de large; celui de Tell Brak atteint 111 de long sur 93 m de large. Il ajoute aussi que les dimensions des briques dans le palais d’Assur sont conformes à la taille des briques utilisées dans une maison privée de la période d’Agade à Brak
Mais il n’est pas possible d’adopter la deuxième hypothèse pour plusieurs raisons :
Ces remarques font obstacle à l’hypothèse que le palais appartienne à l’époque akkadienne. Le format674 des briques utilisées pour construire le temple d’Assur par Samsi-Addu (1813-1781 av. J.-C.) était semblable à celui employé dans ce palais, donc nous préférons la première théorie qui montre que celui-ci fut établi à l’époque amorite par ce dernier roi. Samsi-Addu établit un grand royaume en prenant le titre hautain de shar kishshati (roi de l’univers675). Dans ce cas, il était nécessaire de mettre en œuvre les formules architecturales spécifiques correspondant à la majesté de son royaume pour célébrer son pouvoir dans toutes les villes de son royaume. Il est vraisemblable que ce fait soit la raison principale qui ait conduit ce souverain à construire ce bâtiment et les autres dans d’autres villes (palais de Tell Leilan et modifications du palais de Mari).
On estime que le responsable de la construction de cet édifice ne l’acheva pas676. Nous pouvons adopter cette hypothèse, car les parties hautes des murs sont absentes et ce bâtiment ne livre pas d’éléments utilisés dans la vie quotidienne (jarres, plats, installations domestiques, etc.). Ce palais se situait à un niveau inférieur par rapport aux autres niveaux. En le comparant aux niveaux inférieurs du palais de Mari, nous pouvons renforcer cette théorie (l’inachèvement du palais). Quand on a fouillé les niveaux du palais de Mari (P2 et P1), on a trouvé des installations affirmant que ceux-ci furent achevés et habités, surtout en ce qui concerne les murs possédant des superstructures et diverses découvertes (les installations attribuées à une fonction sacrée, fours et jarres). Le niveau du vieux palais d’Assur ne fournit pas les mêmes découvertes que le palais de Mari, cela donne un argument très fort au profit de notre dernière théorie.
Peut-être Samsi-Addu est-il mort avant de l’achever, mais alors, pourquoi son fils ne le compléta-t-il pas ? Ce dernier se préoccupa de la guerre677 qui éclata précédemment pour sauver ce qui restait de son royaume, ce qui l’éloigna probablement de son entreprise.
Preusser C., 1955, p. 6.
Parrot A., 1946, p. 213.
Preusser C., 1955, p. 6 et Andrae W. 1938, p. 94.
Andrae W., 1938, p. 94 et Margueron J.-C., 1982b, p. 393-394.
Preusser C., 1955, p. 9-11.
Margueron J.-C., 1982b, p. 394.
Cette hypothèse se fonde sur des critères architecturaux et non archéologiques, et est proposée par W. Andrae et par Andrae W. 1938, p. 96.
Cette seconde théorie est présentée par M.E.L Mallowan et adoptée par A. Moortgat qui trouve que la découverte d’une tablette akkadienne dans ce palais est un argument renforçant cette hypothèse. Mallowan M. E. L., 1947, p. 28 et Heinrich E., 1984, p. 39.
Preusser C., 1955, p. 6 et 13.
Roux G., 1985, p. 170-171.
Margueron J.-C., 1982b, p. 396.
Roux G., 1985, p. 172-173.