2.4.4 - Etude des fonctions

D’après les fouilleurs, la zone centrale (cour centrale et ses dépendances) était attribuée à une fonction officielle. Selon eux, la pièce 17 était la salle du trône, mais l’espace II n’était qu’une cour entourée d’une couronne de pièces. Comme nous le savons, le secteur officiel dans les palais mésopotamiens se compose de trois pièces principales (la cour centrale, la première salle qui s’ouvre sur la cour centrale et la grande salle qui était accessible par la première salle). En comparant ce schéma courant dans la plupart des palais mésopotamiens avec la partie centrale du palais d’Assur, nous remarquons que la pièce17 était la première salle (salle oblongue qui donne sur la cour centrale permettant d’accéder à la grande salle par les pièces intermédiaires), mais la pièce II servait de grande salle du groupe officiel et les salles voisines n’étaient que ses dépendances.

Pour définir précisément les fonctions de ces pièces il nous faut faire une comparaison avec le palais de Mari. La salle du trône de ce dernier édifice était plus grande que les autres salles du bloc officiel et ne donnait pas sur la cour centrale. Il était possible de l’atteindre par une pièce intermédiaire rectangulaire (salle 64) s’ouvrant sur la cour 106. Cette organisation du bloc officiel du palais de Mari montre que le grand espace II du palais d’Assur était la salle principale du trône attribuée aux affaires solennelles d'Etat687 et la pièce 17 qui était d’après plusieurs spécialistes la salle du trône688, servait probablement soit de salle secondaire du trône689, soit une salle d’accueil dans laquelle on recevait les convives du roi avant d’entrer chez lui dans la salle II. Si notre hypothèse est bonne, il est difficile de définir la place du trône dans chacune de ces dernières pièces à cause de leur mauvais état de conservation.

Quant aux espaces III et IV, E. Heinrich690 propose une hypothèse méritant d’être discutée. Celui-ci pense que la pièce 24 et l’espace III forment une unité conforme au groupe officiel du palais de Mari (salle 24 était identique à la salle 64 du palais de Mari et espace III n’était qu’une grande salle semblable à la salle 65 du même palais). D’après lui, l’existence de la salle III qui était consacrée aux cérémonies conduit à penser que la cour IV et les salles qui l’entourent servaient de secteur du service alimentaire identique au quartier de la cour 70 de palais de Mari. Nous ne pouvons pas accepter l’hypothèse du dernier chercheur, parce que nous avons désigné le secteur officiel par les deux pièces 17 et II et il n’est pas possible d’attribuer à un autre secteur de ce palais une fonction officielle. Concernant l’ensemble de la cour IV, cet archéologue lui donne une fonction de cuisine parce qu’il était très proche de l’espace III qui était consacré à l’organisation des festins pour les convives du roi. L’inexistence de la salle attribuée aux fêtes dans cette partie du palais nous pousse à refuser cette identification, et nous estimons que la cuisine se trouve à proximité du bloc officiel (salles 17 et II). Il est probable que les deux ensembles de l’espace III et de l’espace IV était destinés à d’autres fonctions (nous allons discuter ce point en détail dans la deuxième partie).

Concernant la partie nord-est, d’après les auteurs, cette partie était occupée par le caravansérail. Les pièces de la première rangée étaient destinées aux divers animaux tels que les chevaux, les ânes et les mulets691, alors que les petites pièces de l’autre rangée étaient attribuées aux cavaliers et aux conducteurs ; ce secteur servait aussi de réserve692 d’armes et de chars de combat. Si nous admettons cette hypothèse, nous refusons celle qui dit que le palais ne possédait qu’une seule porte: les auteurs supposent qu’il était possible d’y entrer par la porte principale en traversant la salle 1 vers la pièce 10 qui donne accès à la salle 154 de ce secteur et de cette dernière salle on pouvait, par la pièce 152, atteindre l’espace IX, permettant d’entrer dans les autres pièces de cette partie. Il n’est pas logique de permettre aux animaux de transport d’entrer au palais par la même porte attribuée à la famille royale et aux ambassadeurs d’autres royaumes venant là pour visiter le souverain. Si nous supposons que cette partie était percée d’une porte vers l’extérieur de l’édifice soit sur sa face nord ou sa face est, on pouvait y pénétrer plus rapidement et plus facilement que l’entrée principale. Les pièces situées au Nord de cette partie étaient considérées comme un dépôt pour le fourrage, et la cour X et ses dépendances étaient consacrées à l’administration des écuries693.

Notes
687.

E. Heinrich estime que cette salle était consacrée à ces travaux mais sans lui donner un nom : salle du trône, Heinrich E., 1984, p. 41.

688.

Preusser C., 1955, p. 7 et Margueron J.-C., 1982b, p. 392.

689.

E. Heinrich suppose que le trône était installé devant sa paroi arrière, Heinrich E., 1984, p. 41.

690.

Heinrich E., 1984, p. 41.

691.

Preusser C., 1955, p. 8.

692.

Andrae W., 1938, p. 95.

693.

Preusser C., 1955, p. 8.