2.6.5.1 - La zone publique 

D’après le fouilleur, cette zone comporte les pièces principales trouvées dans d’autres blocs officiels des palais mésopotamiens ; il s’agit de la cour principale VIII et des deux pièces officielles XIII et XIV. E. Heinrich801 donne à ce secteur la même attribution, mais selon lui l’espace VIII802 n’était pas une cour mais une grande salle destinée aux rituels. Le chercheur renforce son hypothèse concernant la fonction de la pièce VIII en s’appuyant sur la comparaison faite par Oates entre le palais d’Ur-Nammu à Ur et cet édifice. Cette comparaison montre que la pièce de la célébration possède une porte qui conduit directement à l'extérieur de l’édifice par une petite salle située dans le secteur d’entrée. Selon cette hypothèse, la pièce VIII du palais de Tell al-Rimah était destinée aux pratiques rituelles, car elle possède une place destinée au trône et car la chambre XI servait de pièce d’entrée communiquant avec l’extérieur du palais.

Quant à la fonction de l’espace VIII, il est possible d’adopter la fonction donnée à cet espace par. E. Heinrich, car la cour 106 du palais de Mari qui était une grande pièce du secteur officiel, était attribuée aux rites de la fête du kispum 803. Cela nous conduit à penser que cet espace jouait probablement un rôle identique. Mais un problème subsiste concernant la configuration de l’espace VIII. Si nous admettons l’existence de la porte principale du palais dans la salle XI, il n’est pas possible d’accepter l’hypothèse de l’archéologue qui estime que l’espace VIII était une grande salle pour plusieurs raisons :

  1. La porte principale de plusieurs palais mésopotamiens donne accès à un vestibule situé dans le secteur d’entrée, et qui donnait accès à la cour principale en traversant plusieurs pièces. Cette organisation est identique à celle de ce palais, la seule différence entre les deux résidant dans le nombre de pièces situées entre le vestibule d’entrée et la cour principale : puisque dans le palais de Tell al-Rimah, il n’y a aucune pièce entre les deux espaces. Nous pensons que cette différence ne fait pas obstacle à notre hypothèse (espace VIII servait de cour) parce qu’il n’y avait pas un principe spécial dans l’architecture royale Mésopotamienne qui définit le nombre de pièces entre la pièce d’entrée et la cour principale.
  2. La zone officielle de l’édifice avait sans doute besoin d’un espace à ciel ouvert pour distribuer la lumière dans ses salles. D’après le fouilleur, dans la partie du bloc officiel qui n’est pas dégagée, se trouve une cour XXI. Selon le plan, cette cour était percée de plusieurs portes dont l’une permettait de communiquer avec la salle du trône XIV. L’emplacement de cette cour à cet endroit aide à résoudre le problème de l’éclairage pour le secteur officiel, mais nous ne pouvons pas adopter cette supposition avec certitude parce que cette partie de la zone officielle n’est pas complètement fouillée et il est difficile de connaître la formation de l’espace XXI. Peut-être était-il un espace couvert ? Si c’est le cas, il ne reste qu’un seul espace pour fournir de la lumière au secteur officiel, il s’agit de l’espace VIII qui ne pouvait fournir l’éclairage aux salles voisines que s’il était à ciel ouvert. Cela s’oppose à l’hypothèse d’E. Heinrich sur la formation de l’espace VIII et conduit à penser que c’était une cour.

Les spécialistes présentent deux théories sur les fonctions des pièces XIII (9, 5 m sur 4, 2 m) et XIV (19, 2 m sur 6, 3 m804). La première805 estime que la pièce XIV était une salle du trône, la deuxième suppose que les deux pièces XIII et XIV formaient le véritable ensemble de réception, la pièce XIII servant de salle du trône. La seconde théorie est basée principalement sur le plan de cette dernière pièce. D’après le chercheur qui a émis cette hypothèse, c’était une salle développée en largeur avec une entrée majestueuse, équipée d’une niche dans laquelle le souverain siégeait. D’après cette restitution, le schéma de cette salle était identique à la cella du dieu des temples.

Nous pensons que la première théorie est plus logique, car la salle du trône était dans quelques palais mésopotamiens la plus grande salle du bloc officiel de l’édifice comme par exemple la salle 65 du palais de Mari et la salle 20 du palais de Samsi-Addu du Tell Leillan. De plus, les dimensions de la pièce XIII ne permettent pas au roi de pratiquer les activités normalement réalisées dans les salles du trône des palais mésopotamiens (organisation des banquets ou et la réception des ambassadeurs d’autres cités), tandis que la surface de la deuxième salle XIV qui atteint 121 m²convenait sans doute à ces activités. Enfin, l’existence d’une niche permettant de disposer le trône du roi n’est sans doute pas une preuve décisive de la fonction de salle de trône puisque de tels aménagements ont été découverts dans des secteurs administratifs (la salle 1 du palais de Mari).

Enfin, en raison du plan de cette pièce et de ses aménagements, il semblerait qu’elle ait été consacrée à des pratiques religieuses, sans doute en présence du roi. Sa localisation dans le groupe officiel s’explique par la relation entre le roi et les dieux, bien que les rois ne fussent plus divins, ainsi que par le rapport entre vie politique et vie religieuse à cette époque.

Ce qui renforce l’hypothèse de la présence d’un groupe officiel dans cette partie est l’existence de portes majestueuses entre les salles VIII et entre les pièces XIII et XIV. Par ailleurs, les clous muraux en terre cuite provenant des parois des deux salles XIII et XIV donnent une autre preuve de cette identification Peut-être, ces installations servaient-elles à fixer des nattes ou des éléments décoratifs pour donner au groupe officiel une image majestueuse convenant au prestige du roi et à la réception de personnages de haute classe, les convives du souverain.

On a retrouvé dans les pièces I et II des récipients de stockage806. Il est probable que ces pièces servaient de réserves du palais. Peut-être a-t-on aménagé les dépôts dans cet emplacement à proximité de la cour VIII pour préparer les repas royaux et les présenter au souverain dans l’espace VIII rapidement et facilement.

Dans le secteur XXV, on a repéré une place destinée aux ablutions. L’existence de cette installation à cet endroit est très logique, puisque l’ablution précédait la réalisation des rites ou la présentation devant le souverain, qui avaient lieu dans la cour VIII.

Notes
801.

Heinrich E., 1984, p. 67. 

802.

Cette hypothèse sur la formation de l’espace VIII était aussi adoptée par Battini L., 2001, p. 120.

803.

Durand J.-M., 1987, p. 55.

804.

Pour les dimensions de deux salles, voir Battini L., 2001, p. 118.

805.

Heinrich E., 1984, p. 67

806.

Idem, p. 67 et Oates D., 1970, p. 5.