3.1.1.2.1 - Les portes (fig. 87)

Le bois était employé pour la fabrication des portes des pièces des grands bâtiments civiles843. L’étude des textes confirme qu’on a utilisé, en l’an 38 de Hammourabi, le bois de pin pour fabriquer différentes pièces servant à construire la structure de la porte : rondins, linteaux, seuil, joug et éléments pour fixer les linteaux supérieur et inférieur844. Plusieurs indications sur cet usage apparaissent dans le grand palais royal de Mari : on a en effet retrouvé dans la salle 2845 les restes du vantail du bois de la porte principale. Deux lettres royales du palais de Mari mentionent les vantaux des portes. La première lettre (I 127) a été adressée par Isme-Dagan à son frère Yasmah-Addu. Il s’agit de la commande de vantaux qui sont importés par bateau : « voilà que m’a été apportée la tablette du Roi qui avait été rédigée à propos des vantaux. Lorsque tu feras partir des bateaux, écris chez moi la date précise à laquelle les bateaux doivent arriver à Mari, que j’envoie un parmi les servant de ton serviteur afin que tu remettes les vantaux entre ses mains 846 » La seconde lettre (XIII7) a été envoyée par Mukannisum à son Seigneur. Elle confirme l’importation du bois, tout en précisant son essence (du cèdre) et sa provenance (Carkémish). Elle est également intéressante car elle fournit les dimentions d’un vantail de la porte d’Usur-pî-sarrim : « mon Seigneur m’a écrit à propos du vantail de cèdre, correspondant au vantail de la porte d’Usur-pi-sarrim, à faire fabriquer. Je ne toucherai pas au panneau de vantail que l’on a apporté de Carkémish, tant que mon Seigneur ne l’aura pas vu. Par rapport au vantail de la porte d’Usur-pî-sarrim, j’ai mesuré le panneau (venu de Carkémish) dans son entièreté : il fait 2 cannes et 10 doigts. Si bien que je pourrais prendre en vue d’obtenir la bonne mesure de ce vantail (de quoi faire) un lambris doubles qui vont par deux 847  »

A l’angle de la porte de la salle 45848, on voyait une trace de combustion sur le mur qui laisse imaginer qu’un montant de bois, avait dû tomber en oblique et se consumer alors qu’il était bloqué par le seuil en pierre. Dans le couloir 147849 et dans les salles 9850 et 151851, les restes des montants en bois des portes ont également été retrouvés. La chapelle 150852 livra une découverte plus importante que celles des salles précédentes : il s’agit de la porte (fig. 88) de bois fermant la baie 149-50. Elle était effondrée sur le carrelage, dans l’axe même du passage. Du fait de l’incendie, elle était très endommagée lors de sa découverte. Il n’en restait en effet qu’une masse charbonneuse.

Les portes de bois situées dans la zone officielle des palais mésopotamiens ne possédaient pas les mêmes caractéristiques, car elles étaient sans doute plus majestueuses que celles des autres secteurs. Selon nous, la structure de ces portes avait sans doute besoin d’une quantité du bois plus importante que celle utilisée à construire les portes des autres pièces du palais, parce qu’elles étaient de plus grande dimension. Le bois devait être également plus précieux dans les blocs officiels.

La cour 106 du grand palais royal de Mari donne un bon exemple de portes du groupe officiel. Elle était percée de six portes, adroitement placées pour donner une impression de majesté853. La porte 112-106 attire l’attention car elle mesure 3 m. de large854. D’après le fouilleur, cette porte était traditionnelle d’une certaine époque d’occupation du palais, mais, plus tard, elle allait être remplacée par un portail double à glissière, s’encastrant dans l’épaisseur du mur855 (fig. 89 et 90). La description du fouilleur de cette porte nous aide à comprendre cette hypothèse. Il semblerait qu’un système permettait d’ouvrir et de fermer la cour, afin que son accès puisse être limité au moyen de poutres mobiles. Les évidements latéraux encore conservés dans les parois du mur devaient en effet permettre, selon l’hypothèse de A. Parrot, de faire glisser des poutres. Ces évidements sont peints en ocre rouge et ménagés dans le revêtement en plâtre blanc qui recouvre les murs. Une dalle de gypse, retrouvée à la base des pieds-droits et percée de deux trous de mortaise, aurait permis d’encastrer les panneaux de bois qui reliaient les poutres dans l’embrasure de la porte.

J.-C. Margueron856 a présenté plusieurs critiques contre cette hypothèse dont nous allons présenter les plus importantes. D’après lui, ce système de fermeture aurait dû laisser des traces d’usure. La peinture ocre aurait par exemple dû disparaître. La manipulation de ce système semble en outre difficile. Le déplacement des poutres aurait nécessité le travail de deux hommes. Il aurait fallu que l’un soit situé dans la pièce 112 et l’autre dans la pièce106, afin de ne pas provoquer de déviation causée par une traction unilatérale. Enfin, la présence de dalles de gypse contredirait cette hypothèse : elles auraient empêché l’ajustage des deux panneaux puisque leur hauteur aurait été différente à l’ouverture et à la fermeture (différence de hauteur des points d’appui).

Ces constatations poussent J.-C. Margueron857 à présenter une autre hypothèse (fig. 91), celle d’une porte composite, faite de briques crues et d’une charpente. Des poutres verticales, deux aux angles et une au milieu de l’embrasure, reliées par des traverses horizontales, auraient garanti une meilleure solidité à l’ensemble. Le bloc monolithe aurait servi à soutenir la traverse de base ancrée dans les deux trous de mortaise. L’ensemble devait être soutenu par des poutres encastrées dans les évidements des parois latérales.

Notes
843.

Postgate N., 2003-2005, p. 196.

844.

Joannès F., 2001, p. 672.

845.

Parrot A., 1958a, p. 210.

846.

Durand J.-M., 1997, p. 259-260.

847.

Durand J.-M., 1997, p. 260.

848.

Parrot A., 1958a, p. 180.

849.

Idem, p. 254.

850.

Idem, p. 213.

851.

Idem, p. 255.

852.

Idem, p. 268.

853.

Idem, p. 83.

854.

Idem, p. 83.

855.

Idem, p. 83-86.

856.

Margueron J.-C., 1982b, p. 225-226.

857.

Idem, p. 226.