3.1.1.2.2 - Les poutres destinées à soutenir l’étage et à supporter la couverture (fig. 92)

Les études des textes858 et les travaux de la fouille des palais mésopotamiens ont fourni plusieurs indications sur l’usage des poutres859 en bois. Les archéologues ont retrouvé dans plusieurs salles du palais de Mari des restes de poutres, comme dans la salle du trône860, la salle 66 ter 861 , le vestibule 156862 et la salle 119863 par exemple. On a retrouvé dans la salle 26 du palais de Larsa une poutre partielle abîmée864. Le palais de Sinkashid d’Uruk n’était pas bien conservé et il est difficile de donner un exemple de poutres utilisées dans cet édifice. Dans ce cas, les archéologues ont fouillé les importants décombres du bloc de l’espace 23 et ont conclu qu’elles contiennent des poutres brûlées865.

Il n’est pas aisé d’évaluer la longueur des poutres et la quantité de bois utilisé car peu de poutres ont été mises au jour dans les palais mésopotamiens. De plus, les poutres découvertes sont brulées, ce qui rend malaisée l’évaluation de leur longueur réelle. Le groupe 64-65 du grand palais royal de Mari fournit toutefois des informations importantes sur ces installations. Il a en effet livré un certain nombre d’éléments effondrés : dans la salle 65, quatre fragments de poutre mesurent entre 1,20 et 2,80 m de long avec un diamètre de 30 cm, et dans la salle 64, quatre autres fragments mesurent 1 m de longueur, ou un peu moins, pour 20cm de diamètre866. Ces éléments ont permis à J.-C. Margueron de proposer une hypothèse pour estimer la longueur réelle de ces poutraisons867. Les poutres n’auraient été séparées les unes des autres que de 50 cm, afin de consolider la couverture. La couverture de la salle du trône aurait été supportée par des poutres transversales de15 m, elles-mêmes soutenues par des aisseliers de 2,5 à 4 m868. Les poutres des bas-côtés, mesurant entre 10 et 15 m, ne nécessitaient pas d’aisselier. Dès lors, J.-C. Margueron restitue la présence de 2500 m de poutres pour couvrir l’ensemble de la pièce : on aurait en effet 50 m de poutre (15m de poutres principales, 30 m de poutres latérales, 5 m d’aisseliers) répétés 50 fois (50m tous les 50 cm sur une longueur de 25 m) 869. Cependant, aucune information exacte sur l’écartement des poutres n’étant fournie par le terrain, cette hypothèse ne peut être acceptée de manière définitive et certaine.

La quantité de bois employée dépend également de l’écartement des poutres. Le diamètre des poutres ainsi que la qualité du bois employé sont sans doute des facteurs à prendre en compte pour évaluer la quantité des poutres. Il semble que le bois employé soit du peuplier870. Ce bois, solide, convient en particulier à la fabrication des poutres, du fait de la longueur que ces arbres peuvent atteindre. Ils peuvent en effet parfois dépasser les 15 m. Leur diamètre peut également être assez important, ce qui permet de soutenir une partie plus importante de la couverture que des troncs de plus petite dimension. Bien que les poutres mises au jour aient un diamètre variant entre 20 et 30 cm, il n’est pas invraisemblable que des poutres d’un diamètre plus important existent, dans le palais de Mari ou dans d’autres palais. Si de telles poutres étaient employées, leur espacement pouvait donc être plus important que celui supposé par Margueron (50cm). Si l’écartement entre les poutres est moins important, il y aura donc moins de poutres pour soutenir la même pièce, et donc moins de bois employé.

Les salles 80 (fig. 93) et 82 du palais de Mari fournissent davantage d’informations sur les techniques de couvrement utilisées que n’en fournit sa salle du trône. En effet, deux trous destinés à loger les poutres y ont été retrouvés. Un alignement de 14 trous apparaît dans le mur nord de la salle 80, conservé sur une hauteur de 4,60m871. Ces trous, d’une profondeur de 1,50 m, sont situés à 4 m. au dessus du sol et sont percés tous les 0,45 m. Le mur nord de la salle 82 est également bien conservé puisque son élévation atteint les 4,50 m. Là encore, 1es trous sont aménagés à 4 m. au dessus du sol et espacés de 0,45 m872. Dans ces deux salles, l’écartement des poutres était donc de 0,45 m. Le diamètre des trous, et donc le diamètre des poutres, variait quant à lui, dans la salle 80 et d’après la figure 162, entre 10-15 et 18 cm. Les trous pouvant être ménagés jusqu’à 1,50m de profondeur, il semble qu’une partie importante de chaque poutre (jusqu’à 1,50m) était donc enfoncée dans le mur. Si le mur parallèle, le mur sud, comportait le même aménagement, chaque poutre s’enfonçait dans le mur sur une longueur totale de 3m. La largeur de la salle étant de 2,70 m, il semblerait que les poutres aient atteint 5,70 m de longueur.

Plusieurs secteurs du grand palais royal de Mari (F, O, P, Q, L, K, I et J) comportent deux niveaux. La quantité de bois employée devait donc être plus importante que dans les secteurs à un seul niveau (G, H, C, E, B et secteur économique). D’après J.-C. Margueron873, la superficie occupée par des poutres atteignait les 15000m². Il estime par ailleurs que la superficie de poutraisons du palais de Sinkashid à Uruk874 devait être de 20000m². L’usage d’une telle quantité de bois dans des palais de l’âge du bronze est notable. Il est peu probable que tout ce bois ait été fourni en une seule fois. Cela est évident pour le palais de Sinkashid, car le grand palais de Mari a été occupé pendant trois siècles et connu plusieurs phases de constructions, ce qui a du faciliter son approvisionnement en bois. Le palais de Sinkashid a au contraire été bâti pendant une courte période, entre 1865-1860 et 1833 av. J.-C., à l’époque de Sinkashid, avant d’être détruit en 1803 av. J.-C. Toutefois, cette période était sans doute suffisamment longue pour permettre au souverain, Sinkashid, de chercher du bois pour la couverture.

Notes
858.

Postgate N., 2003-2005, p. 196.

859.

Il s’agit d’une pièce de bois horizontale, destinée à porter les solives d’un plancher ou d’un toit plat, Aurenche O., 1977, p. 146.

860.

Parrot A., 1958a, p. 124.

861.

Idem, p. 143.

862.

Idem, p. 11.

863.

Idem, p. 284.

864.

Margueron J.-C., 1982b, p. 384-385.

865.

Margueron J.-C., 1982b, p. 405.

866.

Parrot A., 1958a, p. 143.

867.

Margueron J.-C., 1982b, p. 529.

868.

11,50 m + 3,50 ou 4 m pour reposer sur les longs murs, idem, p. 529.

869.

Idem, p. 529.

870.

La Mésopotamie connaissait le peuplier, Margueron J.-C., 2003, p. 192.

871.

Parrot A., 1958a, p. 148.

872.

Idem, p. 149.

873.

Margueron J.-C., 1982b, p. 529.

874.

Idem, p. 529.