3.1.2.1.1 - La voûte en berceau

Tandis que H. Frankfort estime que le grand hall du palais de Tell Asmar amorite n’était sûrement pas pourvu d’une couverture, S. Lloyd y restitue une voûte en berceau (fig. 95)898. J.-C. Margueron 899 accepte tout à fait cette idée de S. Lloyd, mais préfère l’hypothèse d’une couverture classique en forme de terrasse soutenue par des poutres (fig. 96).

Plusieurs arguments ont été présentés pour appuyer cette deuxième théorie. D’une part, la constitution d’une voûte nécessitait une grosse masse de terre et de briques pour constituer son blocage. D’une autre part, ce hall avait une grande quantité de lumière pour l’éclairer et ses dépendances, surtout si on accepte l’hypothèse des fouilleurs sur leurs fonctions, et s’il s’agit des bureaux administratifs de l’Etat. D’après cette hypothèse, l’existence de fenêtres au sommet des murs est le mode la plus pratique pour l’éclairage, car avec un toit-terrasse normal, il est possible d’impliquer un dépassement par rapport aux terrasses environnantes à seule fin de permettre la prise du jour.

Selon nous, la deuxième hypothèse ne présente pas des d’argument décisif permettant de considérer que cette salle possédait une couverture normale :

  1. Le premier argument argument n’est pas logique, nous estimons que les constructeurs de l’Antiquité n’avaient aucune difficulté pour fabriquer une grande quantité de briques et pour transporter une grande quantité de terre afin de bloquer la voûte. Ce bâtiment était en outre destiné au roi qui y trônait et il n’était donc pas difficile de réaliser un tel travail pour un tel destinataire. Par ailleurs, la Mésopotamie souffrait de difficultés d’approvisionnement de boisMargueron J.-C., 2000, p. 202.. Les arbres n’étaient pas suffisants, ni en nombre, ni en dimension, ce qui a conduit les architectes à développer la technique de la voûte, pour la construction de laquelle il n’y avait pas besoin de bois.
  2. Nous pouvons admettre l’hypothèse selon laquelle le grand hall jouait un rôle essentiel dans l’administration de l’Etat, puisque celui-ci était la plus grande salle du bloc officiel. Ce type de salle était destiné à une telle fonction administrative, comme par exemple la salle 65 du grand palais royal de Mari qui était le lieu où l’on dirigeait les affaires de l’Etat et où le souverain rencontrait par exemple les rois et les ambassadeurs d’autres royaumes. Nous pensons que ce type de salle avait sans doute besoin d’une grande quantité de lumière. La question qui se pose est la suivante : l’existence d’une couverture voûtée pose-t-elle un problème quant à l’éclairage de cet espace ? S. Lloyd imagine que le grand hall était percé de fenêtres au sommet des murs, sous la voûte. Il est vraisemblable que ces fenêtres permettaient de faire pénétrer une quantité suffisante de lumière pour éclairer le grand hall, mais il n’est pas sûr que cela suffise à éclairer les dépendances correctement. Mais cela n’est pas problématique puisque le but était d’éclairer le grand hall parce qu’il avait une fonction importante. Par contre, il n’était pas nécessaire de diffuser de la lumière aux salles environnantes de façon aussi conséquente que dans le grand hall, parce qu’il n’était pas certain que ces salles servaient de bureaux administratifs.
  3. Il est possible d’obtenir de la lumière par l’intermédiaire de tubes en céramiques, comme il en existait parfois disposés aux travers des voûtes. Ce grand hall utilisait sans doute cette technique, puisque des éléments de ce type ont été retrouvés dans les débrisMargueron J.-C., 1982b, p. 179.. J.-C. MargueronIdem, p. 179. n’accepte cependant pas cette solution en raison de la pluie que la Mésopotamie connaissait en hiver.
  4. Enfin, dans le palais de Tell al-Rimah une des grandes salles du palais aurait été voûtée en berceauLe toit de cette salle était détruit mais le fouilleur a pu s’appuyé dans son hypothèse, sur le plan de la salle et la largeur de ses murs qui étaient très épais. . Il est donc possible d’imaginer l’existence de couvertures voutées dans l’architecteur royale mésopotamienne. Sous deux salles I et XVI du petit palais oriental de Mari, l’existence de tombes voûtées en encorbellement permet d’affirmer que la technique des voûtes était connue dans plusieurs villes de Mésopotamie. D. Oates Aurenche O., 1977, p. 175. pense que la voûte est connue dès le IIIème millénaire en Mésopotamie et à la même époque en Syrie du Nord. Les tombes de l’architecture religieuse de la Mésopotamie connaissait cette technique, car on a retrouvé sous le niveau d du temple d’Ishtar (période protodynastique I) trois tombeaux voûtésBesenval R., 1984, p. 78.. La même technique a été répétée dans les maisons privée : la maison II de Tell Asmar, datée du protodynastique III, comportait trois passages voûtés intactsIdem, p. 80..

Ces constatations renforcent l’hypothèse de S. Lloyd sur l’existence probable d’une couverture en berceau au-dessus de cette salle.

Notes
898.

Ce genre de voûte était la plus simple et la plus utilisée, formé par la translation d’un arc dans un même axe horizontal, Aurenche O., 1977, p. 35, 175 et fig. 492.

899.

Margueron J.-C., 1982b, p. 179.