L’architecture royale de la Mésopotamie connaissait les techniques de construction des bassins, destinées à plusieurs fonctions. Le grand palais royal de Mari a livré de nombreuses installations de ce type. Les autres palais mésopotamiens ne comportent pas beaucoup de ces aménagements, à l’exception du palais de Sinkashid d’Uruk et du palais de Tell Asmar qui en contient quelques uns.
En ce qui concerne leur emplacement, la plupart de ces bassins a été retrouvés dans les cours centrales, comme les cours 131 et 106 du grand palais de Mari et la cour 110 du palais de Sinkashid d’Uruk. A l’angle sud-est de la cour 131, un bassin appartenait à une phase du palais, antérieure à Zimri-Lim. Un fragment d’empreinte de sceau, retrouvé au même niveau et à quelques mètres plus au Nord, porte le nom d’Yahdun-Lim. Il est probable que cette installation était attribuée à ce souverain. Le bassin (fig. 107) mesure 3,1 x 2,81 m. Il est construit en briques (32 x 32). La bordure, construite en briques cuites, inclinées, est incomplète. Cette installation possédait deux escaliers, dont l’épaisseur était constituée de deux briques. L’escalier est comporte trois marches, celui de l’Ouest est identique mais la marche supérieure n’existe pas. Le fond est carrelé, de sept briques sur le long côté, mais de neuf brique sur le petit côté. La cavité centrale mesure 0,45 m x 0,45 m. Sa profondeur est de 0,30 m. Elle a été enduite d’une couche de bitume pour l’étanchéité935.
Cet aménagement a été masqué dans le palais de Zimri-Lim, qui avait aussi un bassin bitumé dans la même cour 131. Ses parois sont bâties d’un rang de briques inclinées. On peut y descendre, facilement, par un triple escalier936. Ce bassin rectangulaire (2,44 x 2 m) était plus petit que celui de la phase de Yahdun-Lim, mais plus profond (0,42 m). Sa cavité centrale, qui mesure 0,38 m x 0,20 m x 0,75 m, n’est qu’une cuve, nécessaire au nettoyage et au curage. Ces deux installations (bassins de Zimri-Lim et de Yahdun-Lim) n’avaient pas de système d’adduction d’eau. Il fallait donc l’apporter à la main, ce qui ne devait poser aucune difficulté dans le palais de Mari où il y avait beaucoup de serviteurs.
Nous avons déjà indiqué que les archéologues 937 estiment que cette installation de Zimri-Lim servait de pédiluve pour les pieds, destiné aux visiteurs acceptés à l’audience royale, qui voulaient faire une toilette sommaire afin de se défaire de la poussière (en été) et de la boue (en hiver), récoltées sur les chemins menant à Mari. Nous avons déjà présenté des réserves face à cette hypothèse et avons signalé qu’il est probable que ce bassin était destiné à une autre fonction, sans doute l’arrosage des plantations à structures amovibles. Peut-être, le bassin de Yahdun-Lim avait-il la même destination. Nous pouvons sans doute ajouter une fonction supplémentaire : la Mésopotamie souffre de chaleurs extrêmes en été et il pouvait donc être intéressant d’aménager de telles installations dans les espaces à ciel ouvert afin de se rafraîchir. Cette cour jouait un rôle de réception à l’occasion de réunions ou d’audiences royales et il fallait donc que ce lieu soit confortable.
Lorsque nous avons abordé la cour 106 du palais de Mari, nous avons parlé rapidement de son bassin qui était plaqué au mur est. De forme rectangulaire (fig. 108), ce bassin mesure 2,93 x 1,90 x 0,28 m. Il est construit de briques, enduites intérieurement et extérieurement de plâtre. Comme nous l’avons déjà indiqué, cet aménagement servait probablement à l’irrigation des palmiers à structures amovibles dont l’existence a été confirmée par les épigraphistes. L’archéologue938 ne propose pas l’hypothèse d’un bassin, parce que l’enduit utilisé à l’intérieur et à l’extérieur n’assure pas, selon lui, l’étanchéité. Pourtant ce bassin était d’une part protégé à l’intérieur et à l’extérieur par un enduit de plâtre, ce qui lui assurait une étanchéité satisfaisante. D’autre part, les bassins étaient en outre construits en briques cuites939 qui assuraient l’étanchéité. Le même matériau était employé dans la construction des canalisations destinées à l’évacuation des eaux usées940. Il était sans doute également adapté aux bassins.
Le bassin (fig. 109) de la cour 110 du palais de Sinkashid d’Uruk n’est quant à lui pas identique à ceux du palais de Mari, puisque sa forme n’est pas rectangulaire mais circulaire et qu’il ne possédait pas d’escalier. Son diamètre est d’environ 2,10 m et son ouverture mesure 1,80 m. La partie la plus basse du puits n’atteint que 3,20 m de profondeur. Son bord supérieur est un peu détruit évidemment, à cause des gouttières qui passent dans la cour941. Nous avons déjà parlé de sa fonction, il jouait peut-être le même rôle que les installations précédentes.
Les installations destinées à garder l’eau ne se trouvent pas seulement dans les espaces à ciel ouvert, mais aussi dans des salles couvertes. Un aménagement hydraulique a été mis au jour dans la salle 107942 : construit en briques cuites, il a été retrouvé dans un bon état de conservation et placé sur une base en briques crues. Ce dispositif était relié à la cour 106 par un système d’écoulement des eaux. D’après A. Parrot943, ce dispositif hydraulique assurait l’approvisionnement en eau de la statue de la déesse au vase jaillissant située au niveau du côté long de la cour. C’est la découverte de la tête de cette statue, dans le bassin de la cour 106, qui permit à l’archéologue de valider cette hypothèse. Cependant, cette théorie est contestable car la statue de la déesse a été trouvée dans la pièce 64, et non dans la cour. Il semblerait que la tête de la statue ait été placée dans le bassin de la cour, loin du corps de la déesse, au moment de la destruction du palais. Le lien entre cette statue et le bassin n’est donc pas confirmé.
La salle 38 de la maison du roi du dernier palais disposait d’une autre installation, une grande piscine (2,70 x 1,15 x 0,12 m) construite en briques bitumées. La vidange s’effectuait sur le côté grâce à un drain fait de tuyaux en céramique, posé en oblique et en forte pente en direction d’un grand puisard composé des céramiques cylindriques superposés verticalement944. Il existe également un aménagement très important dans la salle 39, un système de ventilation ou de captation des eaux provenant de la terrasse. Cet aménagement était sans doute destiné à capter les eaux de la terrasse, puisqu’il était placé immédiatement à proximité de la piscine (2,70 x 1,15 x 0,12 m) aménagée dans la salle de l’eau (salle 38). L’eau de pluie tombait sur la terrasse et était recueillie au moyen de ce dispositif afin de remplir la piscine. Cette installation aurait donc pu servir 945 à recueillir les eaux de pluie en hiver, mais également à ventiler la pièce en été. L’existence de cette piscine dans la maison du souverain nous conduit à penser qu’elle était probablement utilisée par la famille royale pour se laver et pour faire leurs ablutions.
Les autres palais mésopotamiens, qui seront étudiés dans ce travail, ne livrent pas d’aménagements identiques dans les espaces couverts ni dans les espaces à ciel couvert.
L’architecture royale de la Mésopotamie livrait un autre genre de bassins, il s’agit des bassins destinés aux ablutions. Nous avons déjà signalé qu’on a retrouvé dans la salle M32:10 de la première phase du palais de Tell Asmar des dynasties amorites une installation de ce genre (fig. 110), et nous avons conclu que cette pièce était destinée à la toilette rituelle. Elle devait constituer un passage obligé sur la voie menant au petit temple quand on vient du palais.
Parrot A., 1964, p. 96.
Parrot A., 1958a, p. 58.
Parrot A., 1964, p. 96-97.
Parrot A., 1937, p. 71.
Aurenche O., 1977, p. 42.
Si les briques cuites n’assuraient pas l’étanchéité, pourquoi les utilisait-on pour construire toutes les canalisations retrouvées sous les sols des plusieurs cours centrales et de certaines salles des palais mésopotamiens ?
Haller A. V., Schmid H., Brandes M. A., 1964, p. 29.
Cette installation, de 1,58 x 1,20m, mesure 0,58 m de profondeur (sa contenance est approximativement de 1100 L).
Idem, p. 100.
Parrot A., 1958a, p. 172.
Idem, p. 174.