Les espaces domestiques (cuisines, salles du bain et toilettes) étaient des installations indispensables aux palais mésopotamiens. Ces espaces étaient nécessairement équipés de systèmes d’évacuation des eaux usées. Ces systèmes étaient également employés dans les cours centrales pour évacuer les eaux des pluies.
L’aménagement du quartier organisé autour de la cour 15 montre que de nombreuses pièces étaient des salles d’eau. Ces salles peuvent fournir des informations très importantes sur les installations sanitaires. A l’angle nord-est de la salle 17, on a retrouvé une baignoire en céramique, d’un type habituel et de forme trapue (long. 0,95 m ; larg. 0,55 ; prof. 0,62 m). A côté de celle-ci, il y avait les deux piles appartenant à des toilettes, ainsi qu’un puisard en céramique, s’enfonçant à 10,10 m de profondeur, et permettant d’évacuer les eaux usées. La pièce 11 disposait du même aménagement, puisqu’à l’angle nord-est ont été trouvées une baignoire en céramique assez massive (long. 1m ; large 0,70 m ; prof. 0,72) et les deux piles de briques bitumées des toilettes, placées contre la paroi Nord.Une pente drainait les eaux usagées en direction d’un puisard réalisé d’anneaux de céramique superposés s’enfonçant à 9,50 m sous le dallage946.
Il y avait sous le sol de la cour 160 du grand palais de Mari une canalisation dont le départ était situé dans la cour 154 et qui traversait la pièce 159 et la cour 160 (où elle suivait une pente O.-E). Cette même canalisation se coudait en angle droit pour rejoindre la pièce 167 et suivait ensuite une direction sud-nord afin d’atteindre le mur extérieur du palais. Elle avait pour rôle principal d’amener vers l’extérieur les eaux de pluie des cours 154 et 160 ainsi que les eaux usées de la cuisine 167947. Le palais A de Tuttul présente une installation semblable. Nous avons déjà indiqué que la cour B possédait dans les premières phases (1 et 2) un système d’évacuation des eaux usées, un puisard attaché à une canalisation. Ce système présente des analogies et des différences avec ceux du palais de Mari. Il est identique aux précédents par son emplacement dans la cour centrale et par sa direction. La canalisation se poursuit en effet vers l’extérieur du bâtiment pour amener les eaux usées et celles des pluies. Cependant, le puisard de ce système n’est pas centré, comme dans les cours du palais de Mari, mais excentré.
Les architectes ont adopté une technique spéciale dans le dallage des cours centrales afin de conduire les eaux de pluie vers le puisard situé au centre de la cour. La cour 15 du palais de Mari était dallée de carreaux inclinés afin de diriger les eaux de pluie vers un puisard muni d’un drain en céramique disposé verticalement948.
Les systèmes d’évacuations des eaux usées ont été aussi aménagés dans des pièces servant de réserves. L’unité architecturale (81, 82, 80, 79) qui se trouve au sud de la salle du trône du grande palais de Mari, où les denrées étaient entreposées dans des jarres de stockage, 949disposait d’un système de canalisation, bien conservé et destiné à l’évacuation des eaux usées. Cette canalisation partait de la salle 79, traversait la salle 80 d’Ouest en Est, et se poursuivait dans les sous-sols des salles 82-81 en empruntant le passage 81-65, afin d’aboutir à un bassin de décantation en céramique. De ce bassin, l’eau coulait dans un drain circulaire en céramique, pour se déverser ensuite, par une grande cloche retournée, dans un drain vertical fait d’anneaux superposés s’enfonçant à 10m de profondeur. La question qui se pose est la suivante : quelle était la relation entre les pièces des réserves et les canalisations qu’on y aménageait ? J.-C. Margueron950 suggère que ce système était indispensable puisqu’il permettait d’évacuer l’eau utilisée pour nettoyer les jarres de stockages dans les réserves.
Les palais mésopotamiens comportent des pièces où avaient lieu les cérémonies. Il était donc nécessaire, à cause des libations, d’y installer un système d’évacuation des eaux usées. Nous avons déjà parlé de ce dispositif qu’on a retrouvé dans la salle du trône du grand palais royal de Mari et dans la pièce O30:18 de la phase II du palais des dynasties amorites de Tell Asmar.
Les installations sanitaires étaient liées aux aménagements d’ablutions destinées aux personnes qui voulaient faire leurs ablutions avant de se présenter au roi. Les vestibules M 31:16 (fig. 111) du palais d’Ilushuila et 153 du grand palais royal de Mari avaient cette fonction et possédaient de telles installations.
Lorsque nous avons étudié le palais de Tell Asmar, nous avons signalé l’hypothèse de C.D. Reichel selon lequel le secteur de l’ancien temple et le secteur occidental du palais de Urninmar à Tell Asmar jouaient un rôle économique avec des activités industrielles utilisant beaucoup d’eau, comme le prouve l’existence de nombreux systèmes d’évacuation des eaux usées. Nous en avons déjà discuté et nous avons conclu qu’ils n’étaient pas voués à cette fonction. Il n’est pas donc certain que les installations sanitaires retrouvées dans le palais de Tell Asmar étaient rattachées aux industries.
Parrot A., 1958a, p. 196, 198.
Idem, p. 20, 22-23.
Parrot A., 1958a, p. 193
Margueron J.-C., 2004, p. 479
Margueron J.-C., 1982b, p. 415.