Selon O. Aurenche951, le terme de banquette désigne une plate-forme allongée, généralement placée contre un mur. Dans l’architecture royale mésopotamienne, ces installations ont été aménagées dans les espaces couverts ou à ciel ouvert. Leurs fonctions étaient liées à celle des espaces qui les abritaient.
Nous allons présenter les banquettes trouvées dans les palais Mésopotamiens dans le tableau suivant952 :
| Palais | Nombre des banquettes | Dimensions | Caractéristiques | Localisation |
| Salle 122 | 36 banquettes | 0,77 x 0,60 x 0,24 m. 0,75x0,62x0,25m 0,73 x 0,60 x 0,24 m 0,75 x 0,57 x 0,25 m 0,74 x 0,62 x 0,23 m. |
Briques crues, avec enduit en boue et paille hachée | Grand palais de Mari. |
| Grand palais de Mari. | Banquettes au pied de chaque paroi (sud, ouest et nord) | De 0,27 à 30 m x de 0,75 à 80 m) | Briques crues, creusées, sur leur face supérieure, de cavités de forme carrée (0,45 m x 0,45 m) ou circulaire (diam. 0,46) | Salle 216 |
| Grand palais de Mari | Deux banquettes | La banquette sud était creusée de 15 cavités (circulaires, ovales ou rectangulaires). La banquette nord était formée de deux tronçons comportant cinq cavités. |
. Salle 218 | |
| Grand palais de Mari. | Une banquette aménagée au pied de deux de ses murs. | Largeur: 1,35 m, côté Est ; 0,78 m, côté sud. | Faite de briques crues. | Salle 191 |
| Palais royal de Mari | 40 banquettes:dont 8 contre le mur sud Une travée de dix petites banquettes, décalées par rapport aux précédentes. Au centre, dix grandes banquettes. Contre le mur nord, huit demi- banquettes. Contre le mur est, quatre petites banquettes. |
briques crues, recouvertes d’un enduit de terre et de paille hachée | Salle 24 | |
| 0,90 x 0,45 m x 0,27 à 0,23 m. | ||||
| 0,75 x de 0,40 à 0,55 x 0,25 m. | ||||
| 1,80 x de 0,40 à 50 x 0,25 m. | ||||
| 0,90 x 0,45 x 0,25 m. 0,85 x de 0,40 à 0,65 x 0,25 m. |
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| Grand palais de Mari | 23 banquettes : 8 petites banquettes contre le mur sud. Au centre, 8 banquettes. Contre le mur nord, 7 petites banquettes |
Briques cuites. | Salle 25 | |
| 0, 90 x 0, 45 x 0, 30 m. | ||||
| 1, 60 x 0, 40 x 0, 50 m. | ||||
| 0, 90 x 0, 40 x 0, 45 m. 0,80 x 0,45 m. |
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| palais royal de Mari | Des banquettes creusées. | Hauteur: de 0,14 à 0,28 m à l’est et au Sud et de 0,60 m à l’Ouest. | Salle 116 Grand. | |
| Palais A de Tuttul (deux phases les plus anciennes). | Deux banquettes longeant les longs murs. | Etroites | Briques crues | Salle O |
| Palais A de Tuttul (phase 3). | Des banquettes le long des murs. | Briques cuites. | Vestibule AA |
D’après ce tableau, il semble que toutes les banquettes des palais mésopotamiens ont été bâties en briques cuites et crues. Par contre, il apparaît qu’elles n’occupent pas toujours le même emplacement. Dans la plupart des cas, ces installations se situent seulement le long des murs, tandis que d’autres cas présentent des banquettes installées à la fois contre les murs et au centre de la pièce, comme par exemple les salles 24 et 25 du grand palais de Mari. Par ailleurs, le nombre des banquettes et leurs dimensions varient. Nous pensons que le rôle que chaque salle jouait, était le facteur principal qui affectait leur nombre et leurs dimensions. Il paraît en effet logique que l’aménagement des banquettes diffère entre les salles de stockages, les salles destinées à la réception des convives du roi ou encore les salles où l’on dort. Les banquettes placées dans les réserves étaient destinées à caler une grande quantité de jarres de stockage. Les banquettes occupaient dans certaines salles (24, 25 et 122 du palais de Mari) toutes la surface. Toutefois il n’était pas nécessaire de disposer de beaucoup de banquettes dans les salles vouées à d’autres fonctions, comme la salle de réception par exemple. Il suffisait de placer le long des murs des banquettes comme sièges pour les convives du souverain. Contrairement aux salles de stockage, il n’était pas possible de disposer des banquettes au centre, parce que cela aurait posé des problèmes d’organisation, par exemple pour les serviteurs qui venaient présenter des mets ou autre aux visiteurs du roi.
La plupart des banquettes retrouvées dans le grand palais de Mari étaient placées dans les pièces des réserves (116, 122, 216, 217, 218, 24 et 25). D’après notre tableau, les banquettes des salles 116, 216, 217 et 218 présentent des caractéristiques identiques : ces installations s’étendent seulement le long des murs et aucune banquette ne se trouve au centre de ces pièces. De plus, la majorité de ces banquettes étaient creusées de cavités de formes variées (circulaire, rectangulaire, carrée et ovale). Nous avons déjà signalé la fonction de ces banquettes : elles étaient destinées au stockage de jarres, car dans chaque cavité creusée on enchâssait une jarre pour la caler.
Les banquettes des pièces 24, 25 et 122 sont semblables à celles des salles précédentes en ce qui concerne les matériaux de construction (briques crues). Cependant, elles ne sont pas creusées, ce qui montre que le procédé des réserves était différent que celui des salles dont les banquettes sont creusées. Avant de parler en détail de la méthode du stockage, il nous faut identifier la vocation économique des pièces 24 et 25. L’archéologue n’y voit pas des magasins, mais des écoles. Une cinquantaine de ces banquettes, dont les rangées étaient placées à environ 1,60 m et 40 cm d’intervalle, ont été retrouvées dans la pièce 24953. La pièce 25 comporte vingt banquettes : les intervalles entre les rangées de banquettes atteignent 90 cm et l’espace entre les banquettes varie entre de 10 cm et 30 cm. Vingt-cinq récipients de forme ovale, appelés barcasses, ont été retrouvés entre les banquettes ou les allées. Ils étaient remplis de petits coquillages blancs954, d’une herminette en bronze et des tablettes dont le nombre n’est pas connue.
Selon A. Parrot955, ces banquettes servaient de sièges à des élèves et les coquillages, retrouvés dans les barcasses, étaient employés par des scribes pour apprendre à compter. Les barcasses pouvaient également servir de réceptacles à l’argile destinée à confectionner les tablettes. Nous ne sommes pas d’accord avec l’hypothèse de l’archéologue concernant la fonction de ces salles, car de nombreux problèmes s’opposent à cette identification956 :
Tous ces éléments conduisent à penser que cette zone n’était pas une école, mais qu’il s’y déroulait vraisemblablement d’autres activités.
Les aménagements retrouvés dans ces pièces semblent indiquer qu’elles étaient destinées au stockage des jarres, conservant diverses denrées. Les banquettes servaient donc à caler des jarres, bien que la méthode de maintient ne soit pas la même que dans les salles 216, 217 et 218. Dans les salles 24, 25 et 122, on mettait les jarres entre les banquettes pour les caler. Sur les banquettes, on mettait sans doute des planches qui permettaient de circuler entre les jarres. En ce qui concerne les coquillages, ils étaient peut-être employés comme moyen de comptabilisation des entrées et des sorties des produits stockés dans cette zone957. Toutefois, l’absence de découverte de jarres dans cette zone pose problème. Il se peut cependant qu’au moment de la destruction du palais, ces jarres aient été transportées dans d’autres salles.
Au sujet d’une banquette de la salle 191 du palais royal de Mari, l’archéologue 958 propose deux hypothèses : cette banquette pouvait, ou bien supporter des jarres. Selon la seconde, elle pouvait servir de lit aménagé dans la chambre. Le chercheur penche pour la deuxième théorie. Nous pensons aussi que la deuxième hypothèse est la meilleure, car comme le montre notre tableau, cette banquette était très large et il était donc possible de l’utiliser pour cette destination. Par ailleurs, cette salle n’a livré aucune jarre de stockage, ni de restes de jarres. Des récipients de stockage959 ont été retrouvés dans une autre salle du même quartier la salle 161. Il est donc probable que cette dernière salle était en réalité le magasin de ce secteur, et non la salle 191.
Les banquettes servaient aussi de sièges. Nous avons déjà parlé de cette destination lorsque nous avons indiqué la fonction de la salle O du bloc officiel de palais de Tuttul. Les fouilleurs n’attribut pas cette fonction aux banquettes de la dernière salle, parce qu’elles étaient très étroites960. Quand nous avons mentionné le vestibule AA de la phase 3 du palais A de Tuttul, nous avons noté les restes des banquettes en briques crues le long des murs du vestibule AA. Peut-être, cet aménagement avait-il la même fonction que dans notre exemple précédent. Le secteur d’accueil de chaque palais servait à recevoir les personnes qui venaient visiter le palais. Il est donc probable que ces individus passaient un moment dans ce vestibule, avant de continuer leur chemin vers les autres secteurs de l’édifice, et utilisaient donc les banquettes comme sièges. L’architecture domestique de Larsa renforce cette hypothèse. Des banquettes ont été construites dans les grandes salles des deux résidences privées situées près de l’enceinte nord-est de Larsa. Les maîtres de maison recevaient sans doute leurs visiteurs dans ces grandes salles961 où ils utilisaient les banquettes pour s’asseoir.
Aurenche O., 1977, p. 31.
Parrot. A., 1958a, p. 286, 289-291, 29, 188 et Miglus P. A., Strommenger E., 2007, p. 18.
Parrot A., 1958a, p. 188-189.
Parrot A., 1959, p. 141.
Parrot A., 1958a, p. 190.
Margueron J.-C., 1982b, p. 347-348.
Margueron J.-C., 1982b, p. 348-349.
Parrot A., 1958a, p. 30.
Idem, p. 32.
Miglus P. A., Strommenger E., 2007, p. 9.
Huot J.-L., 2004, p. 25.