En Mésopotamie, on utilisait dans la plupart des palais de l’âge du bronze les mêmes modes d’éclairage que dans les palais de la fin du bronze ancien et du bronze moyen. Les cours centrales (grandes cours principales et petites cours des diverses unités) étaient les principales sources de lumière naturelle des palais mésopotamiens, quels que soient les secteurs. L’analyse architecturale des palais, depuis la troisième dynastie d’Ur jusqu’à l’époque paléo-babylonien, laisse apparaître la présence de plusieurs cours dans ces palais. Au contraire, à l’époque des dynasties archaïques1017, les palais ne possèdent pas beaucoup de cours centrales. Sur le plan du palais de Kish A (fig. 117), nous ne remarquons qu’une seule cour carrée (cour 6), que l’on retrouve, de manière identique, au centre des diverses unités des autres palais mésopotamiens. Cette cour était percée de nombreuses portes apportant de la lumière aux salles environnantes. D’après le plan, il semble que la quantité de l’éclairage n’ait pas suffi à éclairer toutes les pièces entourant la cour. Les salles 8, 10, 11, 12, 16 et 15 étaient en effet éclairées par un autre moyen (voir ci-dessous). Le palais P de Kish (fig. 118) ne possède lui-aussi qu’une seule cour (cour X). La disposition de cette cour laisse penser qu’elle ne jouait pas de grand rôle pour l’éclairage. Elle n’était percée que de trois portes (l’une donnant sur l’extérieur du palais, la seconde sur la façade nord-ouest, la dernière est située à l’angle nord-est). Aucune issue ne se trouve sur les façades sud-ouest et sud-est.
Dans les palais présargoniques de Mari et le palais d’Eridu, on aménageait de nombreuses cours qui étaient le principal facteur d’éclairage. Dans le premier cas, la cour 4 (14 x 14 m) – appartenant aux deux niveaux 3 et 2 (fig. 119) – et la cour 26, losangique et mesurant de 16 m côté – appartenant au niveau 2 – jouaient un rôle important pour fournir de la lumière aux salles qui les entouraient. Dans le niveau P1 (fig. 120) datant de l’époque akkadienne, le palais possédait avec ses deux cours centrales (4 et 26) la cour 40. Toutes ces cours distribuaient de la lumière aux pièces de leurs unités et, probablement, à plusieurs autres pièces des secteurs voisins. Les trois dernières cours étaient les sources principales de l’éclairage du niveau P0 (fig. 121) datant lui-aussi de l’époque akkadienne. Cette fois la cour centrale était couverte, puisqu’on a retrouvé trois emplacements de doubles poteaux servant à soutenir la couverture. Le deuxième cas présente aussi trois cours (1, 32 et 29) (fig. 122). Les deux premières occupent le centre de leurs unités et sont percées de plusieurs portes permettant d’éclairer un grand nombre de salles environnantes situées sur leurs quatre côtés. La cour 29 n’est pas identique aux dernières puisqu’elle n’occupe pas le centre de son secteur, mais elle se trouve à son extrémité. Cette organisation ne permettait de regrouper des pièces que sur deux de ses côtés uniquement, ce qui ne lui permettait d’éclairer que trois pièces. Le palais nord de Tell Asmar1018 ne contient qu’une cour centrale (espace 13) (fig. 123) qui pouvait, par ses quatre portes, éclairer les salles qui y débouchaient.
Comme les grands bâtiments civils de ces dernières périodes, le palais de Naram-Sin de Tell Brak datant de l’âge du bronze ancien (époque akkadienne), le palais de Nuzi et le palais d’Aqar Quf, datant du bronze récent, possédaient aussi des cours de grandes dimensions jouant un rôle essentiel pour fournir de la lumière aux salles environnantes, de la même manière que les cours centrales des palais que nous avons indiquées plus haut
La cour I du palais de Naram-Sin mesure 41m du côté1019. Une grande partie est détruite (fig. 124), ce qui pousse le fouilleur à la restituer (fig. 125), sans définir toutes ses portes qui permettaient de communiquer avec les pièces environnantes et de laisser entrer de la lumière. Nous estimons que ceci n’est pas problématique pour supposer que cette cour donnait de la lumière aux salles environnantes au moyen de portes, selon le schéma traditionnel des palais mésopotamiens. En ce qui concerne les pièces qui ne possédaient pas de portes vers la cour, elles pouvaient être éclairées par les pièces qui s’ouvrent sur celle-ci. Il est probable que plusieurs étaient percées à la fois sur la cour et sur une autre pièce. .
Le palais de Nuzi comporte de grandes cours (fig. 126) qui jouent également un rôle essentiel pour éclairer les secteurs environnants. Il s’agit de deux cours M 100 et M 94. La première cour, qui se situe au centre de l’édifice, était la grande cour du palais, percée de huit ouvertures. La seconde cour se présente sous une forme carrée, mais elle n’est pas bien conservée. Seul le côté sud-est est entièrement conservé: il mesure 18 de long. D’après les vestiges restant cette cour possédait quatre portes1020 fournissant sans doute de la lumière aux salles voisines.
Les architectes ont aménagé dans le palais d’Aqar Quf quatre grandes cours (86, 49, 97 et 105) (fig. 127). De forme carrée, la cour 86 était la grande cour du palais. Elle mesure 64 m de côté. Trois de ses faces étaient occupées par des corps de bâtiment autonomes. Chaque corps était équipé d’une porte centrée de 3 mètres de largeur ainsi que d’une porte latérale1021. La dimension de ces portes était proche de celle de la porte B-O du palais du Tuttul. Nous avons déjà indiqué que les raisons principales pour donner à cette dernière ouverture une si grande largeur sont les suivantes : d’une part, la salle O était une des pièces principales du groupe officiel du palais, d’une autre part, la salle O avait besoin d’une grande quantité de lumière pour son éclairage ainsi que pour celui de la grande salle Q. Peut-être, donnait-on aussi à la plupart des portes de la cour 86 d’Aqar Quf une largeur voisine pour les mêmes buts. Malgré des analogies entre cette cour et celles des autres palais mésopotamiens, il existe une différence : la cour 86 ne distribuait de la lumière que sur trois de ses côtés puisque son quatrième côté (sud-ouest) n’était occupé par aucune salle, tandis que les cours centrales des autres palais mésopotamiens pouvaient éclairer sur ses quatre côtés occupés par plusieurs salles.
L’architecture royale de l’époque des dynasties archaïques présente un autre mode d’éclairage utilisé par des palais de l’époque paléo-babylonien, il s’agit de couloirs périphériques et intérieurs. Nous avons déjà indiqué que le palais de Sinkashid d’Uruk possédait un couloir périphérique distribuant de la lumière aux secteurs voisins. On a retrouvé le même type dans les palais de Kish A et P (fig. 117 et 118). Ces deux derniers palais présentent des caractéristiques identiques à celles du palais d’Uruk : d’une part, leurs couloirs périphériques n’étaient pas destinés à la circulation, mais jouaient seulement un rôle dans l’approvisionnement en lumière des salles environnantes1022, d’autre part, ils ne possédaient pas de fenêtres dans les murs de séparation qui les limitaient. Il est probable que ces fenêtres se trouvaient dans les parties hautes des murs qui ont été détruites1023. Le palais d’Eridu était entouré d’un couloir périphérique, mais il n’est pas certain qu’il jouait un rôle dans l’éclairage. J.-C. Margueron lui donne cette destination à condition que les espaces 1 et 32 ne soient pas des cours distribuant de la lumière aux pièces environnantes (fig.128). Cette hypothèse n’est pas envisageable car, en examinant le plan, nous remarquons que ce couloir ne pouvait éclairer qu’un petit nombre de salles, puisque les autres pièces en étaient trop éloignées. Il est donc plus probable que les espaces 1 et 32 étaient des cours, éclairant toutes les salles voisines.
Les palais de niveaux 1 et 0 de la ville II de Mari (fig. 120 et 121) (époque Akkadienne) comportent aussi un couloir périphérique, mais il est difficile de savoir s’il était destiné à la diffusion de la lumière ou à une autre fonction. Toutes les pièces qui l’entourent s’ouvrent en effet sur l’espace central 26 qui était couvert et possédait des fenêtres sous le toit. Il est donc probable que cet espace central assurait un accès et de la lumière aux pièces qui se trouve autour. Si notre hypothèse est bonne, la question qui se pose est : quelle était la destination de ce couloir ? Peut-être, était-il couvert et destiné à la circulation, ce que laisse supposer en outre l’existence de portes donnant accès à la plupart des salles. Une autre hypothèse peut être présentée : si la quantité de lumière que les dépendances de l’espace central prenaient de ce dernier n’était pas suffisante, il est vraisemblable que ce couloir n’était pas couvert et fournissait ainsi les dépendances d’une quantifié supplémentaire de lumière.
Au sujet des couloirs intérieurs, les palais des dynasties archaïques présentent aussi des analogies avec les palais de l’époque paléo-babylonien : nous avons vu plus haut que le grand palais de Mari, le petit palais oriental et le palais d’Assur comportent des couloirs de ce type. Ce type architectural se répète dans les palais A et P de Kish et dans le palais septentrional de Tell Asmar. Entre les bâtiments I et II du premier édifice (fig. 117), il existe un couloir de séparation (391024) qui jouait un rôle essentiel dans l’éclairage de plusieurs pièces du bâtiment II qui ne possédait pas de cour centrale. En ce concerne le palais de Kish P (fig. 118), le bâtiment comporte quelques couloirs jouant un rôle très important pour l’éclairage (XXIII, XII,). Quant au troisième édifice, J.-C. Margueron1025 estime que l’axe nord-sud des niveaux inférieur et supérieur était destiné à la circulation ou à la prise du jour (fig. 123). Nous pensons que son rôle principal était la diffusion de la lumière aux salles voisines, puisqu’il apparaît que le palais ne comportait pas beaucoup d’espaces à ciel ouvert pouvant fournir de la lumière à ses divers secteurs. Peut-être, jouait-il aussi un rôle dans la circulation, mais il était vraisemblablement secondaire. Deux couloirs intérieurs ont été aussi aménagés dans le palais d’Eridu. Ceux-ci étaient percés de nombreuses portes menant vers plusieurs pièces, ce qui permettait de les éclairer.
Nous avons déjà signalé que plusieurs palais datant de IIIème dynastie d’Ur à l’époque paléo-babylonienne comprennent de grandes salles centrales percées de fenêtres au sommet des murs, fenêtres qui permettaient d’éclairer ces salles et les pièces environnantes. Ce mode d’éclairage était aussi utilisé à l’époque des dynasties archaïques. Le palais nord de Tell Asmar présente un bon exemple de ce type de salles : les études faites par J.-C. Margueron1026 permettent d’affirmer que les espaces centraux 3, 8 et 26 (fig. 123), étaient probablement couverts et percés de fenêtres sous le toit pour leur éclairage et celui des salles voisines. La salle 30 du palais d’Eridu était du même type que les précédentes, puisqu’elle pouvait distribuer de la lumière aux salles qui l’entouraient par ses fenêtres1027 (fig. 122). Le palais de Nuzi possède une salle identique, il s’agit de la salle 11 (fig. 126). Plusieurs raisons nous conduisent à penser que cette salle était percée de fenêtres au sommet des murs. D’une part, elle était trop éloignée de la cour M100 et son allongement était important (19 m)1028et, dans ce cas, la lumière provenant de cette cour n’était pas suffisante pour l’éclairer. Cette salle avait donc besoin d’une autre source de lumière. D’autre part, la série des pièces au Sud-Ouest, au Sud-Est et au Nord-Ouest, ne pouvait assurément pas être éclairée à partir de la cour M100, via L20 et L111029. L’existence de fenêtres sous le toit de la dernière salle aide à résoudre le problème de l’éclairage des dernières salles.
Les palais mésopotamiens de l’âge du bronze utilisaient les mêmes modes d’éclairage, mais nous pouvons, malgré cela, définir plusieurs différences entre eux :
Margueron J.-C., 1982b, p. 571.
Margueron J.-C., 1982b, p. 135.
Idem, p. 152.
Il est probable que la cour M 94 était percée de plus de quatre portes mais il n’est pas possible de les définir à cause du mauvais état de la conservation.
Idem, p. 453.
Margueron J.-C., 1982b, p. 525.
Idem, p. 525.
Margueron J.-C., 1982b, p. 526.
Idem, p. 526.
Idem, p. 135.
Idem, p. 114.
Idem, p. 443.
Idem, p. 443.