3.1.4.2.2 - Les palais de la seconde partie du deuxième millénaire (bronze récent)

Nous ne connaissons que trois palais de Mésopotamie construits à cette époque : le palais de Nuzi, le palais d’Aqar Quf, le palais de Nur-Adad d’Assur. Le bon état de conservation des deux premiers édifices permet d’identifier plusieurs indices penchant vers l’existence d’un étage. Au contraire, le dernier n’était pas bien conservé, ce qui pose un problème pour déterminer la présence d’un étage.

Le palais du Nuzi est un bon exemple de palais à étage construit à cette époque. L’épaisseur1065 des murs est un bon indice indiquant l’existence d’un niveau supérieur. Un grand nombre de murs atteint ou dépasse les 1,80 m d’épaisseur, certains atteignant les 2m. Dans quelques secteurs de l’édifice, les murs mesuraient entre 2,50 et de 3,50 m d’épaisseur. Certains sont inférieurs à 1,20 cm, mais ils sont très rares.

Starr1066 observe qu’il y avait une grande quantité de bois brûlé dans plusieurs secteurs du bâtiment, comme par exemple autour de la cour M 100 et dans la salle M 74. Cet archéologue estime qu’il s’agit de fragments des poutres de toiture ramassés autour de la cour M 100, et les restes d’une réserve de bois dans la salle M 74. Une autre hypothèse a été présentée par un autre archéologue1067. Elle suppose que ce matériau était employé à la construction de l’étage, car le bois était à la fois important pour supporter le sol de l’étage, pour constituer les escaliers, mais aussi les galeries ou portiques supportant l’étage, ainsi que les balustrades. Nous penchons vers la deuxième hypothèse, car aucune poutre complète n’a été retrouvée, et nous ne pouvons donc pas dire que ces bois étaient des poutres. Par ailleurs, l’hypothèse d’une réserve de bois doit être relativisée, car, d’après les autres palais mésopotamiens de l’époque paléo-babylonienne, les réserves des palais étaient plutôt destinées à stocker des jarres contenant des aliments1068 (huile, vin, grain, etc.).

Le fouilleur a noté la présence de briques cuites dans les décombres des pièces R 46, R 50, L 99 et L 6. Selon lui, ces matériaux sont un indice de l’existence d’un étage, puisqu’il considère qu’il s’agissait d’un aménagement du toit destiné à l’écoulement de l’eau de pluie autour d’une conduite retrouvée dans le mur. Un autre chercheur y voit les dalles de l’étage. Il est difficile d’identifier précisément leur destination, mais peut-être, étaient-elles destinées au pavement de l’étage. Des matériaux identiques ont été retrouvés dans la salle 79 du grand palais de Mari, où leur position stratigraphique dans les débris permet d’affirmer que ce sont des dalles de l’étage1069.

Dans l’angle sud de la salle R 501070, une conduite d’eau de pluie a été mise au jour. Elle a été interprétée comme indicatrice de la présence d’un étage dont elle aurait évacuée l’eau. On a aussi retrouvé des canalisations dans les murs des pièces L 116, M 100, R 87 et R 88. Il est probable qu’elles étaient destinées à la même fonction1071.

La salle N 120 a quant à elle livré deux lots de tablettes, le premier concernant l’administration de l’armée, le second provenant des archives privées de Tulpunnia, fille de Sheltunnaia1072. Il ne nous semble pas logique de stocker ensemble, dans la même pièce, des tablettes de catégories différentes. Peut-être, un des deux lots ne se trouvait-il pas à sa place d’origine. Pour préciser cette question, il faut définir la fonction du secteur auquel la salle N 120 appartient. Cette salle s’ouvre sur la cour M 94 qui pouvait servir de centre de cantonnement de l’armée à l’entrée du bâtiment. Il est donc vraisemblable que cette pièce ait pu être le lieu de stockage de la première partie des découvertes écrites, tandis que la seconde partie serait tombée de l’étage.

Quant au palais d’Aqar Quf, il contenait un grand nombre d’escaliers ou de rampes, puisque 6 au moins ont été dégagés. Ces installations servaient probablement à monter, soit vers un étage, soit vers des terrasses. Aucun autre indice n’atteste, dans ce palais, la présence d’un étage.

Notes
1065.

Margueron J.-C., 1982b, p. 439 et Lacheaman E., 1971, p. 366.

1066.

Idem, p. 440.

1067.

Idem, p. 440.

1068.

Comme par exemple le grand palais royal de Mari, le palais du Tuttul, le palais de Tell Leilan et le palais de Sinkashide à Uruk.

1069.

Margueron J.-C., 1982b, p. 440.

1070.

Idem, p. 440-441.

1071.

Cette hypothèse est proposée par J.-C. Margueron, Idem, p. 441.

1072.

Lacheaman E., 1971, p. 366.