3.1.4.2.3 - Les différences et les analogies

L’étude de l’étage à toutes ces périodes de l’âge du bronze nous amène à certaines conclusions :

  1. L’épaisseur importante des murs est un des indices de la présence d’un étage. Elle est une constante de la plupart des palais de l’âge du Bronze dans lesquels un niveau supérieur a été restitué, à l’exception du palais de Samsi-Addu à Tell Leilan et du palais d’Aqar Quf qui ne possédaient pas de murs épais, bien qu’on ait trouvé d’autres indices d’un étage. La largeur des murs destinés à soutenir l’étage n’était pas la même dans tous les palais mésopotamiens. Quelques palais possédaient des murs qui atteignaient 3,90 m d’épaisseursComme le palais A de Kish., tandis que d’autres ne dépassaient pas 1,90 mLe palais amorites de Tell Asmar présente un bon exemple.. Par ailleurs, cette diversité d’épaisseur existait aussi au sein d’un même édifice (entre 1 et 2,60m dans le palais d’Eridu et entre 1,20 et 3,50 dans celui de Nuzi). La question qui se pose alors est la suivante : pourquoi la largeur des murs était importante dans certains cas mais pas dans d’autres ? Les murs les plus épais étaient très probablement destinés à supporter une lourde charge, sans doute un étage important ou plusieurs étages. En ce qui concerne les murs les moins épais, peut-être étaient-ils destinés à supporter un niveau léger ou une terrasse.
  2. Dans notre étude de l’étage des palais mésopotamiens, nous avons conclu que la présence de différents éléments comme des tablettes ou reste des peinture sont un signe essentiel de la présence d’un niveau : elles peuvent parfois tomber au rez-de-chaussée lors de la destruction du palais. Leur présence dans des pièces qui n’étaient pas destinées aux archives (toilettes, salles du bain, etc.) renforce cette hypothèse. Seuls les palais de l’époque paléo-babylonienne (grand palais royal de Mari, palais de Sinkashid d’Uruk, palais de Tuttul, de Tell al-Rimah et de Tell Leilan) et le palais de Nuzi, qui date de l’âge du bronze récent, présentent de telles indications, mais aucun indice semblable ne provient de palais datant de l’époque des dynasties-archaïques.
  3. Trois palais mésopotamiens ont livrés des matériaux utilisés pour la construction d’étages. Dans les débris du grand palais royal de Mari et du bâtiment II du palais de Kish, on a retrouvé des plâtres, ce matériau étant sans doute destiné à revêtir le sol de l’étage. Un autre matériau a été mis au jour dans le grand palais royal de Mari et dans le palais de Nuzi, il s’agit des fragments de dalles en brique cuite. Bien que le bois soit l’un des importants matériaux employés à la construction des étages, son usage n’a été identifié que dans le palais de NuziOn a retrouvé des restes en bois dans d’autres palais mésopotamiens, mais il semble qu’ils étaient utilisés pour des diverses aménagements du rez-de-chaussée. .
  4. L’analyse des murs des palais mésopotamiens montre que certains contenaient des canalisations d’évacuation des eaux usées de l’étage. Cette technique n’est attestée que dans le grand palais royal de Mari et dans le palais de Nuzi. D’après les restes architecturaux des palais de dynasties-archaïques, aucun d’eux ne possédait des canalisations de ce type.
  5. Des escaliers conduisant à un premier niveau ont été retrouvés dans la plupart des palais mésopotamiens surmontés d’un étage. Les matériaux utilisés pour fabriquer ces installations dans les édifices royaux n’étaient pas toujours les mêmes : tandis que, dans le grand palais royal de Mari, les débris trouvés à l’emplacement supposé d’escaliers (salles 81 et 23) indiquent que le bois était l’un des matériaux employés à leur construction, on aménagea, dans les autres palais, des escaliers faits de briques.
  6. Le grand palais de Mari présente des indices de l’existence d’un étage qu’on ne note pas dans d’autres palais mésopotamiens. Nous avons signalé plus haut que, dans la salle 220 du secteur des magasins, on a mis au jour des restes des peintures murales. L’analyse des décombres dans lesquels se trouvaient ces éléments permet d’affirmer qu’ils sont tombés de l’étage. A travers l’étude des autres palais mésopotamiens, nous n’avons pas pu trouver la même indication. On n’a pas retrouvé, dans les autres édifices royaux mésopotamiens, un système de support identique à celui du grand palais de Mari que nous avons évoqué précédemment. Par ailleurs, d’autres indices archéologiques allant dans le sens de l’existence d'un étage existent dans le palais de Mari et non dans les autres palais : la situation des objets de la vie quotidienneMargueron J.-C., 2004, p. 472. dans les éboulis indique que ces objets ne peuvent provenir que d’une position haute, sans doute un étage. Il s’agit d’une baignoire (salle 77) et d’objets en bronze (fig. 130), identifiés comme embouts de protection de pivots de porte (salle 4).