3.2.1.1 - Les palais principaux

Le tableau suivant définit exactement les emplacements des édifices au sein de leurs cités :

Palais Situation dans la cité Bâtiments voisins
Palais d’Ur Partie nord Ziggourat d’E.TEMEN NI GUR, cour de Nanma, sanctuaires du Giparu et de Nigal.
Palais de Tell Asmar Amorite. Quartier sud Temple de Shu-Sin, salle d’audience de Naram-Sin et palais
Grand palais royal de Mari Zone centrale Haute terrasse, temple aux Lions, temple-tour de Ninhursag et temple de Shamash 1077 .
Petit palais oriental de Mari Partie orientale Isolé
Palais A de Tuttul Zone centrale Maisons 1078
Palais de Nur-Adad de Larsa Zone nord-ouest Temple de Shamash ou Ebabbar et bâtiments 48, 49 et 50
Palais de Samsi-Addu de Tell Leilan Partie orientale de la ville basse Temple et acropole à l’ouest, palais de Qarni-Lim au Nord
Ancien palais d’Assur Zone centrale Temple d’Assur et ziggourat 1079 .
Palais de Tell al-Rimah Nord-Est du temple d’Ishtar Temple principal de la ville (temple d’Ishtar)
Palais de Qarni-Lim de Tell Leilan A proximité de la muraille et de la porte nord de la cité Maisons privées
Palais de Sinkashid d’Uruk Limite ouest de la ville Sanctuaires d’Ishtar et d’Anu 1080

Notre tableau montre que les palais mésopotamiens datant de la troisième dynastie d’Ur à l’époque paléo-babylonienne occupaient divers emplacements de la cité. Le palais était situé, soit au cœur de la cité, soit près du centre de la ville. Seuls le palais d’Uruk et celui d’Ur présentent des différences par rapport aux autres palais principaux des villes mésopotamiennes : le premier a été marginalement installé par rapport au cœur de la cité et le second a étéplacé, d’après certains spécialistes1081, dans la zone sacrée de la ville.

Ces grands édifices civils avaient une relation très forte avec les monuments religieux. La plupart de ces édifices étaient construits dans des zones proches des quartiers religieux1082. L’idéologie qu’on adoptait pendant cette époque serait la raison principale d’une telle organisation. Les dieux faisaient partie de la vie politique dans les palais mésopotamiens. Mari en est un bon exemple : d’après la peinture de l’Investiture de la cour 106 du grand palais royal de Mari, la déesse Ishtar donnait son autorité au souverain. Il n’est donc pas étonnant de bâtir un temple d’Ishtar à l’intérieur du palais royal, mais également à proximité de celui-ci, car cela renforçait l’autorité du souverain. De plus, les dieux assurent au roi un règne heureux et apportent paix et prospérité au pays1083. Ce rôle essentiel des dieux explique sans doute la construction de leurs maisons, les temples, à proximité des palais. Par ailleurs, le roi, qui habitait dans la résidence, devait se rendre régulièrement au temple1084. La présence de ce dernier dans une zone proche du palais permettait au souverain de le visiter souvent et avec facilité. Cette disposition avait donc également une raison d’être pratique.

Notre tableau montre que le nombre des édifices à vocation religieuse qui se situent à proximité du palais de Mari et de celui d’Ur était plus grand ici que dans d’autres villes. Comme nous le savons, ces deux monuments ont été édifiés à l’époque de la troisième dynastie d’Ur. Cette époque se distingue par un rapport fort entre vie religieuse et vie politique, ce qui a probablement abouti à la construction d’un aussi grand nombre de monuments religieux. Par ailleurs, les deux villes (Ur à l’époque d’Ur III et Mari à l’époque de la ville III) étaient très riches1085, connaissaient une ère de prospérité et étaient les capitales de grands royaumes, dont l’influence s’étendait sur une grande partie de la Mésopotamie. Il est normal dans ce cas que les capitales aient une grande importance, les édifices étant un signe de la situation distinguée de ces villes par rapport aux autres.

La phase I du palais amorite de Tell Asmar est identique aux autres palais mésopotamiens puisqu’elle révèle l’existence d’un temple, le temple de Shu-Sin, à proximité de l’édifice royal. Cependant, en examinant le plan de cette phase, nous observons que le palais était contigu au temple et que ce dernier était accessible depuis le palais1086. Nous ne retrouvons pas cette organisation ailleurs. En effet, aucun autre palais mésopotamien ne semble percé d’une porte donnant accès aux bâtiments à vocation religieuse de la ville, puisque, dans tous les cas, une distance séparait les deux édifices. Le grand palais royal de Mari est un bon exemple de cette dernière disposition : une grande voie, aménagée entre le palais et le quartier sacré, reliait probablement le palais et la zone sacrée, conduisant enfin à une des portes de la ville. Dans les phases les plus récentes du palais de Tell Asmar amorite, aucun édifice à vocation religieuse n’existe dans le centre de la cité, où se trouve le palais. Le temple de Shu-Sin a en effet été intégré au palais lors de son agrandissement et sa fonction de culte a été abolie. Plus tard, on a construit à proximité de ce palais deux bâtiments civils, le bâtiment méridional et le hall de Naram-Sin. Ceci montre que le cœur de la cité n’abrite plus alors de monument religieux, mais seulement des bâtiments civils. En revanche, le centre des autres villes de la Mésopotamie maintient cette association, le palais et les bâtiments religieux étant installés à proximité.

Notes
1077.

Margueron J.-C., 2004, p. 241.

1078.

Miglus P. A., Strommenger E., 2002, p. 23.

1079.

Joannès F., 2001, p. 101.

1080.

Idem, p. 894-895.

1081.

Miglus P. A., 2003-2005, p. 233.

1082.

Idem, p. 233.

1083.

Joannès F., 2001, p. 839.

1084.

Idem, p. 839.

1085.

Mari a bénéficié d’une situation privilégiée, ce qui lui permet de canaliser une bonne partie de ses ressources du trafic fluvial, cela l’a aidé peut-être à rassembler de grands revenus qui ont été utilisés pour réaliser ses travaux architecturaux, idem, p. 502.

1086.

Miglus P.A., 2003-2005, p. 233.