3.2.1.2 - Les palais secondaires

De nombreuses villes mésopotamiennes abritent, en plus des palais royaux, d’autres palais, comme à Mari (petit palais oriental), à Larsa (bâtiment 50) et à Tell Leilan (palais de Qarni-Lim). A Mari, le petit palais oriental se trouve un peu isolé dans la trame urbaine et il est situé hors du cœur religieux et politique de la ville, au Nord-Est du quartier sacré. La question qui se pose est de savoir pourquoi cet édifice n’est pas établi, comme le grand palais royal, près des monuments religieux, dans le quartier administratif. Nous avons déjà indiqué que le grand palais royal était le palais principal de Mari qui servait de centre administratif du royaume. Dès lors, il n’était pas possible d’établir ce bâtiment de grande importance dans un lieu isolé mais il fallait le construire dans la zone la plus importante de la ville, le cœur religieux et politique. L’autre palais de Mari était secondaire, puisqu’il n’était habité par le roi qu’au moment de l’entretien du grand édifice royal. Une autre fonction de ce palais était peut-être, au début du règne de Zimri-Lim, d’héberger son beau-frère. Dans les deux cas, il n’était pas nécessaire de le construire au centre de la cité, car le roi l’utilisait temporairement. Par ailleurs, le beau-frère du roi n’avait pas autant d’importance que le souverain, qui logeait dans la résidence royale au cœur de la cité, et il pouvait donc occuper un autre bâtiment aux alentours, ce qui lui permettait de venir rapidement chez le roi quand celui-ci l’appelait.

Au contraire du petit palais oriental de Mari, le bâtiment 50 (palais récent de Larsa) occupait un emplacement important dans la ville, puisqu’il se situe au cœur du site, dans les quartiers administratif et religieux, entre le bâtiment 49 et la ziggourat, à hauteur du palais de Nur-Adad1087. Mais pourquoi ce bâtiment a-t-il été édifié à cet endroit et n’était-il pas isolé comme le palais précédent ? Selon nous, sa fonction est le motif principal de sa construction au centre de la cité. Nous avons déjà expliqué que le palais de Nur-Adad avait été abandonné et qu’il n’avait pas été achevé par ses successeurs. L’abandon de cet édifice poussa probablement les rois de cette ville à établir un nouvel édifice servant de centre administratif et de maison du roi. Nous pensons qu’il n’est pas logique de l’installer dans un quartier trop éloigné du centre politique et religieux de la cité, parce qu’il était le palais principal de la ville après l’abandon du palais de Nur-Adad. Or le palais principal de la cité se trouve au centre de la cité, comme le grand palais royal de Mari.

Quant au palais de Qarni-Lim, il présente une situation identique à celle du palais oriental de Mari (emplacement hors du cœur de la cité). D’après le plan du site, le palais oriental de la ville basse a été construit dans le centre de cette ville, à équidistance de la muraille et de l'acropole. Au contraire, le palais de Qarni-Lim a été construit près de la muraille et la porte du Nord1088. La destination de ce monument jouait aussi un rôle expliquant qu’il ait été construit juste à côté de la porte Nord de la ville. Comme nous l’avons vu, Qarni-Lim (1770-1766 av. J.-C), roi d'Andarig (Irak du Nord), a édifié ce palais pour servir d’ambassade lors de ses visites à Šubat-Enlil où il exerçait son autorité sur les rois Zuzu et Haja-abum. Il est donc probable qu’il ait été édifié à cet endroit pour que Qarni-Lim puisse l’atteindre immédiatement sans entrer à l’intérieur de la ville. De plus, cet édifice n’était pas important, parce que ce roi ne l’habitait que temporairement. Il n’était donc pas nécessaire de l’édifier dans le centre de la cité comme le palais oriental de la ville basse qui était le centre administratif et politique de l’Etat.

En général, les palais de cette époque étaient construits dans des quartiers dépourvus de maisons, seuls le palais A de Tuttul et celui de Qarni-Lim à Tell Leilan ont été édifiés dans les emplacements contenant des maisons.

Notes
1087.

Huot J.-L., Rougeulle A., Suire J., 1989, p. 44.

1088.

Ristvet L., Weiss H., 2008, p. 18.