3.2.2 - Le mode de séparation entre l’intérieur et l’extérieur du palais (enceinte)

L’enceinte est considérée comme une muraille entourant le palais pour le protéger1098 et séparant ainsi le palais du monde extérieur. Tous les palais, datant de l’époque de la IIIème dynastie d’Ur à l’époque paléo-babylonienne, possédaient une enceinte1099 percée d’une ou de plusieurs portes vouées à différentes tâches (voir ci-dessous).

Dans la plupart des cas, l’enceinte était directement reliée aux murs des unités intérieures (palais d’Ur, de Tell Asmar amorite, de Mari, de Tuttul, de Nur-Adad à Larsa, d’Assur et de Tell al-Rimah). Néanmoins, dans le palais de Sinkashid, la présence d’un couloir périphérique (enceinte) (fig. 20) donne une physionomie spéciale à ce palais. Il s’agit d’une organisation exceptionnelle dans les palais mésopotamiens de l’époque paléo-babylonienne. Les raisons pour lesquelles ce couloir a été aménagé autour de l’édifice ne sont pas faciles à déterminer1100. L’un des motifs était peut-être la nécessité d’éclairer ce bâtiment de grandes dimensions.

En ce qui concerne la technique de construction de l’enceinte, on constate qu’elle est composée de divers éléments posés sur un mur de fondation dont l’épaisseur1101 varie de 7 et 9 m dans le palais de Sinkashid d’Uruk. Ce mur de fondation n’était sans doute pas destiné à recevoir un grand mur d’une épaisseur aussi importante1102. Les deux parties principales de l’enceinte (fondation et élévation) sont construites en briques. L’enceinte du grand palais royal de Mari est suffisamment bien conservée et constitue un bon exemple de la structure d’une installation de ce type. La partie sud-est (fig. 131) de cette enceinte présente la technique suivante : à la base, des assises de briques crues de bonne qualité et très régulièrement posées soutiennent d’autres assises de très vilaine apparence. La bonne qualité et la régularité des assises inférieures s’expliquent sans doute par le fait qu’elles faisaient partie de la fondation du mur. Elles étaient donc parfaitement protégées des intempéries1103. La partie supérieure du mur est érodée par une longue exposition aux intempéries après la destruction de l’édifice par Hammourabi.

Cette installation était équipée de contreforts. D’après O. Aurenche, le contrefort est un « ouvrage de maçonnerie en saillie sur un mur et destiné à en empêcher le dévers  1104». Cet aménagement se distingue du pilastre car il joue un rôle de support, en recevant une charge et du redan mais n’a pas de rôle décoratif1105. Lorsque H.R. Hall1106 étudie la technique de construction des murs du palais d’Ur, il indique la présence d’un mur à contreforts comme enceinte. Le couloir périphérique du palais d’Uruk comporte aussi des contreforts, puisque la façade sud-ouest qui s’étend sur104 m, était pourvue d’une série de contreforts « régulièrement implantés depuis les angles, qui sont renforcés au point d’apparaître comme véritables bastions 1107 ». On a retrouvé les mêmes caractéristiques sur la moitié occidentale du côté nord-ouest du palais et sur une partie du côté sud-est.

Les parties hautes des enceintes des palais mésopotamiens sont souvent détruites. Il est donc difficile de connaître leur hauteur réelle. Mais la destination de l’enceinte (protection de l’édifice) laisse supposer que la hauteur de ces installations était importante pour assurer un isolement efficace et une bonne protection du bâtiment.

Le problème des fenêtres de l’enceinte est un point important. La partie inférieure des enceintes des palais mésopotamiens n’était pas percée d’ouvertures. Cela ne signifie pas forcément que la muraille ne possédait pas de fenêtres. Les parties hautes, actuellement ruinées, comportaient peut-être des fenêtres. En effet, nous avons déjà indiqué que la plupart des unités des palais mésopotamiens étaient surmontées d’un étage qui avait sans doute besoin de lumière et d’air. L’existence de fenêtres dans ces parties aidait vraisemblablement à en faire pénétrer dans les pièces de ce premier niveau.

En faisant une étude comparative entre les palais s’étendant de la troisième dynastie d’Ur à l’époque paléo-babylonienne et ceux datant des dynasties-archaïques à l’époque akkadienne, nous observons qu’il existe des différences et des analogies entre les deux. Comme nous l’avons indiqué plus haut, les différentes unités des palais de la deuxième génération étaient enfermées dans une enceinte de protection, alors que cette caractéristique n’est pas systématique dans les palais des dynasties archaïques. Ces palais peuvent être divisés en deux séries1108 :

  1. Dans la première série, une enceinte fait le tour de l’édifice dans son ensemble, comme à Eridu et à Kish P.
  2. Dans la seconde série, aucune trace d’enceinte commune n’a été mise au jour, comme à Kish A et à Tell Asmar septentrional. Par contre, les unités internes au palais semblent encloses dans un mur faisant penser à une petite enceinte.

L’enceinte des palais était toujours très solide1109. Toutefois l’épaisseur du mur peut varier d’un palais à l’autre. A l’époque des dynasties-archaïques, la largeur des murs est toujours différente. L’enceinte du palais d’Eridu atteint 2,601110 m de largeur, mais celle du palais A de Kish varie entre 3 et 3,90 m. L’épaisseur de cette installation était irrégulière1111 dans le palais P de Kish (de 4 à 4,25 m). Les palais de l’époque akkadienne présentent des enceintes plus épaisses. L’enceinte du niveau 3 du palais de Mari mesure 9 m de largeur. L’enceinte du palais de Naram-Sin de Tell Brak atteint des dimensions proches de celle du niveau 3 de Mari avec 10 m de largeur1112. Dans les palais datant de la troisième dynastie d’Ur à l’époque paléo-babylonienne, l’enceinte n’est pas aussi large qu’à l’époque des dynasties archaïques et à l’époque akkadienne.

Notes
1098.

Aurenche O., 1977, p. 79 et Postgate N., 2003-2005, p. 200.

1099.

Margueron J.-C., 1982b, p. 575.

1100.

Idem, p.575.

1101.

Cette épaisseur nous montre que cette enceinte était très solide, voir Postgate N., 2003-2005, p. 196.

1102.

Margueron J.-C., 1982b, p. 402.

1103.

Idem, p. 266.

1104.

Aurenche O., 1977, p. 62.

1105.

Idem, p. 62.

1106.

Hall H. R., 1930, p. 164.

1107.

Margueron J.-C., 1982b, p. 401.

1108.

Idem, p. 575.

1109.

Postgate N., 2003-2005, p. 196.

1110.

Safar F., 1950, p. 30.

1111.

Margueron J.-C., 1982b, p. 74.

1112.

Postgate N., 2003-2005, p. 196.