Les données archéologiques ne fournissent pas suffisamment d’informations sur cette unité car la plupart des palais mésopotamiens ont perdu toutes les installations de leur bloc officiel. L'érosion est responsable de cette destruction à Ur, à Tell Asmar (phase finale), à Mari (petit palais oriental) à Uruk, à Larsa, à Assur et Tell Leilan (palais oriental de la ville Basse) ainsi qu’à Tell al-Rimah. Dans l'édifice sud d'Eshnunna, l'inachèvement de la construction explique l'absence des aménagements dans ce bloc. Seul le grand palais de Mari et le palais A de Tuttul présentent un certain nombre d’installations d'origine.
Les trois pièces du grand palais royal de Mari (cour 106, salle 64 et salle 65) possèdent des aménagements qui permettent d’identifier leurs fonctions. Les murs de la cour 106 étaient décorés de peintures qui jouaient un rôle majeur en montrant la majesté royale. Aucune autre cour centrale, dans les autres palais mésopotamiens datant d’Ur III à l’époque paléo-babylonienne, ne présente la même caractéristique. La salle 64, la première salle, livre un podium de briques sur lequel une statute de déesse au vase jaillissant était installée1154. Dans la première salle O du bloc officiel du palais A de Tuttul, un podium de briques a également été découvert. Cependant, cette installation n’occupe pas le même emplacement dans les deux salles. Dans le premier cas, elle se trouve au milieu du long côté sud et en face de la porte permettant d’accéder à la cour 106 alors que, dans le deuxième cas, elle se situe sur le petit côté oriental. Une autre différence existe entre les deux : alors que des banquettes sont disposées contre les longs côtés des murs de la salle O du palais de Tuttul, ce type d’installation ne se retrouve pas dans le bloc officiel du palais de Mari et dans les autres palais mésopotamiens.
La bonne conservation de la salle 65 nous apporte des connaissances essentielles sur les aménagements de la salle du trône des palais mésopotamiens à l’époque paléo-babylonienne. On y a retrouvé la base du trône de pierre. Une telle installation n’a pas été livrée par d’autres salles du trône. Cette trouvaille archéologique n’apporte cependant pas suffisamment de connaissance sur la forme des trônes en Mésopotamie. Il est possible ici de s’appuyer sur les sources écrites qui montrent que les rois, à la période d’Ur III, étaient assissur un tabouret couvert par un textile particulier1155. .
Malgré l’absence d’éléments appartenant aux trônes dans d’autres palais mésopotamiens datant de l’époque d’Ur III à l’époque paléo-babylonienne, les spécialistes ont essayé de définir son emplacement en s’appuyant sur plusieurs indications. Le fouilleur du petit palais oriental de Mari définit l’emplacement du trône contre le petit côté nord-ouest, car, bien que la dalle de pierre de ce trône ait disparu, quatre trous de poteaux devaient sans doute soutenir le dais qui protégeaient le trône (fig. 97). La présence d'une base du trône dans la salle 65 est conforme à la disposition des palais assyriens du premier millénaire en Mésopotamie1156.
Nous avons déjà indiqué qu’une petite partie de sol de cette salle était bitumée et qu’il existait un système d’évacuation des eaux usées ainsi que de petits foyers. Un tel dispositif, qui répondait peut-être à des exigences rituelles, n’existe pas dans d’autres salles du trône des palais mésopotamiens.
Sur toutes les parois de la grande salle du palais de Mari, on1157 observe un alignement de trous situés entre 2,20 m et 2,40 m au-dessus du sol. L’archéologue1158 estime que ces trous étaient destinés au scellement ou à la fixation, de nattes ou de tissus qui devaient décorer la pièce et auxquel il fallait ménager un système d’accrochage. La salle du trône du petit palais oriental de Mari était sans doute décoré de la même manière : sur le mur méridional, à une hauteur de 2m, on a noté un alignement de trous correspondant à des points d’accrochage d’une tenture au long du mur. Bien que le mur septentrional ne soit pas bien conservé, J.-C. Margueron 1159 pense qu’un décor semblable existait le long de cette paroi. Peut-être, un tel aménagement a-t-il été réalisé dans les salles XIII et XIV (salle du trône) du palais de Tell al-Rimah, car nous avons déjà signalé qu’on y a retrouvé des clous muraux en terre cuite provenant des parois et servant probablement à fixer des nattes ou des éléments décoratifs.
Le bon état de conservation de la salle 65 nous permet aussi de supposer que le trône était dominé par une espèce de dais1160. Nous avons indiqué plus haut que, sur tous les murs et à 2,20 m du sol, un alignement de trous avait été aménagé. On en a retrouvé sur la paroi ouest, mais sous ce dernier alignement, quatre autres alignements ont été installés (1,75 m au dessus de la base du trône). Le dais du trône était fixé à l’aide de ces cavités. C’est vrai qu’on a retrouvé sur l’emplacement du trône de la salle du trône du petit palais oriental de Mari, des trous de poteaux destinés à supporter le dais, mais nous ne pouvons pas dire que ce cas est identique à celui du grand palais royal de Mari. En effet, le mur qui se trouve derrière le trône de la grande pièce du palais oriental de Mari n’était pas bien pas conservé, ce qui pose problème pour définir la hauteur des trous creusés dans ce mur et donc celle du dais. De plus, la disparition de la base du trône pose également problème pour définir la taille du dais qui dominait le trône. Il semblerait logique d’aménager un dais dont les dimensions étaient identiques ou proches de celles de la base du trône, parce qu’il était destiné à couvrir ce petit espace seulement. Or, on connaît la taille de la base du trône du grand palais royal de Mari, puisqu’on lui a donné des dimensions importantes (2,18 m x 1,79 m). Il est donc probableque le dais possédait à peu près les mêmes dimensions.
Nous avons signalé plus haut qu’à l’Est de la salle du trône du palais de Mari se trouve la tribune et que cette caractéristique ne se répète que dans le palais A du Tuttul : à l’Est du grand hall, se situe la pièce R dont le plan est identique a celui de la tribune 66. Bien que les deux présentent le même schéma (une petite pièce très étroite, s’ouvrant sur la grande salle du palais), elles ne livrent pas les mêmes aménagements. La tribune 661161 s’ouvrait sur la salle 65, face au podium en pierre installé contre le mur ouest, par une porte solennelle précédée d’un escalier de 11 marches parce que le sol de cette installation était surélevé de 1,68 m par rapport au sol de la salle 65. Au pied de l’escalier de la tribune gisait la statue du prince Ishtup-Ilum1162. On a aussi retrouvé trois bases de pierre qui servaient de bases de statue1163. Peut-être, cette statue se dressait-elle sur cette tribune qui était probablement un lieu saint1164. On n’a retrouvé dans la pièce R du palais A de Tuttul aucune installation semblable à ce qui a été retrouvé dans la tribune 66 du palais de Mari. Malgré l’absence d’installations aidant à définir la fonction de cette pièce, les fouilleurs lui attribuent une destination identique à celle de la tribune 66, il s’agit d’une pièce du culte1165. Nous estimons que ces fouilleurs ont donné à la pièce R cette destination en la comparant avec la tribune 66 du palais de Mari. Nous ne pouvons pas adopter cette hypothèse avec certitude, car aucune installation ne permet d’identifier cette fonction.
Dans les palais mésopotamiens, les portes des secteurs officiels attirent particulièrement l’attention par leur monumentalité. Le grand palais royal de Mari, le palais A de Tuttul et le palais de Tell al-Rimah ont livré d’importantes indications montrant la majesté des portails. Nous avons indiqué plus haut que la tribune 66 du grand palais royal de Mari était identique à la salle R du palais A de Tuttul en ce qui concerne son schéma, son emplacement et peut-être sa fonction. Un autre point commun entre les deux est la circulation : les portes de ces salles (salle R et tribune 66) sont les plus solennelles dans ces palais, et chaque porte s’ouvre sur la grande salle du palais. Dans le premier cas, la porte mesure 3,03 m de la largeur, mais dans le second cas, le portail, plus large, atteint 3,98 m1166 L’aménagement d’une porte majestueuse à cet endroit laisse penser que ces petites pièces étaient destinées à une fonction très importante. Le portail qui assure la communication entre la cour centrale et la première salle du bloc officiel donne lui-aussi, dans chacun de deux palais, une impression de majesté : la porte installée entre la cour 106 et la salle 64 (première salle) était de 3,10 m1167, alors que, celle qui reliait la première salle O à la cour B ne dépassait pas 2,75 m de large. Outre les deux dernières portes monumentales que nous venons de citer, le palais A de Tuttul présente un seul autre accès imposant, il s’agit de la porte secondaire du palais conduisant au secteur officiel, qui mesure 2,80 m de large. Cependant, le palais de Mari livre quand à lui plusieurs autres issues solennelles, comme la porte par laquelle on entrait dans la cour 106 qui mesurait 3 m de largeur1168 et les deux portes assurant la communication entre les salles 64 et 65, qui attiennent 2,05 m de largeur1169. Le groupe officiel du palais de Tell al-Rimah possédait deux entrées de largeur voisine à celle des portes de nos derniers palais : entre l’espace XXI et la salle XIV, une large porte (3 m) était installée. Un autre accès, de même largeur, était percé entre la salle XIV et la salle XIII.
Margueron J.-C. 2004, p. 464.
Postgate N., 2003-2005, p. 197.
Idem, p. 198.
Ces trous étaient espacés de 0,75 m en moyenne, d’un diamètre de 0,10 m, d’une profondeur variant de 0,25 m à 0,35, Parrot, 1958a, p. 114.
Parrot A., 1958a, p. 114.
Margueron J.-C., 2004, p. 447.
Parrot A., 1958a, p. 120.
Margueron J.-C., 1982b, p. 228.
Parrot A., 1958a, p. 147.
Idem, p. 135-137.
Idem, p. 111.
Miglus P. A., Strommenger E., 2007, p. 63.
Parrot A., 1958a, p. 132.
Idem, p. 104.
Idem, p. 104 et 83.
Idem, p. 105.