Comme nous l’avons vu plus haut, tous les palais mésopotamiens datant de la troisième dynastie d’Ur à l’époque paléo-babylonienne comportent un bloc officiel composé des trois pièces principales, une cour centrale et deux grandes salles rectangulaires. A l’exception du palais nord de Tell Asmar et peut-être de celui de Nabada, aucun bâtiment royal des dynasties archaïques ne contient de secteur tracé selon ce schéma1170.
Le secteur B du niveau ancien du palais nord de Tell Asmar et les secteurs C-D du niveau récent (fig. 135) sont conformes à ce type architectural. Le premier nous présente un schéma semblable à celui du secteur officiel du grand palais royal de Mari et du palais A de Tuttul : une cour centrale donne accès à une grande salle rectangulaire permettant d’entrer immédiatement dans une autre grande salle rectangulaire. Le schéma de ce secteur trouble le schéma traditionnel par un élément seulement. Il s’agit de l’absence d’une rangé de pièces entre la première et la seconde pièce de ce bloc. Le schéma du deuxième secteur était identique au schéma traditionnel du bloc officiel des palais mésopotamiens avec une seule différence entre les deux : le mur qui sépare la cour centrale 13 et la première salle 22 n’offre aucune des caractéristiques courantes de cette série1171, surtout en ce qui concerne sa faible épaisseur (1 m sans les contreforts1172).
D’après les fouilleurs du palais de Tell Beydar, le groupe officiel était un des secteurs occupé pendant les trois phases de cet édifice1173. Dans la première phase (2500-2475 av. J.-C.) (fig. 136), il se compose d’une cour centrale presque carrée 6233 (9 sur 7,60 m) qui présente, sur deux côtés, des arcades reposant sur des piliers carrés1174. Depuis cette dernière cour, on pouvait entrer, vers l’Ouest, dans la salle principale 6984 (9 sur 6,20 m) de l’édifice (50m2)1175. Cette grande salle assure une communication avec la partie Ouest du secteur officiel, au moyen d’une porte donnant accès à une petite pièce 6732 de forme trapézoïdale (4,70 sur 4,93 m), pourvue du sol d’un podium plâtré, limité par un muret de briques. Un autre accès a été aménagé dans cette grande pièce, conduisant à un long couloir qui comportait une rampe d’escalier menant vers un étage. Dans la deuxième phase (2475-2450 av. J.-C.) (fig. 137), le schéma de ces trois pièces a été préservé, avec quelques petites modifications. Cependant, plusieurs transformations ont été faites dans la troisième phase (2450-2415 av. J.-C.) (fig. 138 et 139), car la superficie de la cour centrale a été réduite dans la phase 3b à cause de la construction de trois petites dépendances. Comme dans les deux premières phases, cette cour centrale conduit à une pièce principale, la salle 6326. La seconde salle, 6732, a été remplacée par deux pièces 6610 et 6518, la première étant la salle d’eau et la seconde servant de pièce à usage privé1176.
D’après les fouilleurs, le schéma de ce bloc est conforme à celui du bloc officiel1177 en Mésopotamie à partir de l’époque amorite, vers 2000 av. J.-C1178. M. Lebeau1179 estime que l’espace 6984 servait de salle de réception, adaptée à la tenu de banquets, et que l’espace triangulaire 6732, avec son podium bas plâtré et isolé du reste de la pièce par un mur bas, était l’équivalent d’une salle du trône, ou plutôt d’une pièce vouée à des audiences privées. Nous pensons que le schéma du dernier groupe, lors de sa phase la plus récente, ne présente pas l’ensemble des caractéristiques principales du bloc officiel telles qu’elles apparaissent dans les autres palais mésopotamiens. Quelques différences fondamentales exsistent entre les deux :
Ces constatations permettent de dire que le groupe officiel du grand bâtiment civil de Tell Beydar n’était pas tout à fait conforme aux blocs officiels appartenant aux autres palais mésopotamiens. Malgré cela, quelques éléments peuvent renforcer l’hypothèse des fouilleurs, surtout en ce qui concerne les phases 1 et 2. D’une part, la cour centrale du bloc officiel était, dans la plupart des cas, le plus grand espace à ciel ouvert dans le palais, et, d’autre part, la première et la seconde salle du même secteur étaient les plus grandes, ou parmi l’une des plus grandes salles du palais. Cette caractéristique se répète dans le palais de Nabada, car les espaces du bloc officiel étaient les plus grands de l’édifice. D’autre part, l’ensemble officiel de trois espaces occupait le cœur des complexes palatiaux mésopotamiens de l’âge du bronze1182. Or, dans ce bâtiment, cet ensemble se situe au même emplacement que dans les autres palais de l’âge du bronze. De plus, les restes d’un podium étaient une indication importante de l’existence d’une pièce à vocation officielle. Cette découverte est semblable à ce qui a été retrouvé dans la salle 64 du grand palais de Mari et dans la salle O du palais A de Tuttul. Enfin, la présence d’une rampe d’escalier menant vers un étage dans le couloir par lequel on accédait à la seconde salle de ce bloc est une preuve supplémentaire de la destination officielle de ce secteur. La plupart des secteurs officiels des autres palais mésopotamiens étaient en effet surmontés d’un étage abritant les appartements royaux. Ces appartements étaient aménagés à cet endroit afin que le roi arrive plus rapidement de ses appartements au groupe officiel.
Dans l’époque akkadienne, le bloc officiel ne présente pas le même plan que les blocs officiels datant de l’époque d’Ur III à l’époque paléo-babylonienne. Seul le niveau 0 (époque akkadienne) des palais de la ville II de Mari comporte une salle de trône1183. Malgré la présence d’une cour centrale dans ce palais, la salle du trône et la cour1184 n’appartiennent pas à une unité architecturale du bloc officiel composée de trois pièces principales (une cour centrale et deux salles parallèles et rectangulaires). De plus, dans le cas présent, la forme trapézoïdale de la salle du trône ne ressemble pas à la forme habituelle dans les autres palais mésopotamiens (salle allongée de forme rectangulaire). Elle mesure 16 m dans ses plus grandes dimensions. Elle présente d’autres caractéristiques qu’on ne retrouve pas non plus dans les autres salles du trône. D’une part, cinq niches à double ressaut rythment la façade, tandis que des pilastres simples sont régulièrement espacés à l’extérieure de la paroi ouest. D’autre part, cette grande pièce était divisée de l’intérieur en trois travées inégales par l’insertion de deux rangées de trois piliers. Le plan est donc inhabituel : la nef centrale de 6 m de large est entourée de deux allées latérales de 3m de large. A l’extrémité nord de cette nef, a été installé un podium bas recouvert de plâtre.
Concernant les palais de la deuxième moitié du second millénaire, seul le palais de Nuzi peut présenter un schéma (secteur D) du bloc officiel1185 (fig. 135) identique, quant à certaines caractéristiques, au plan courant en Mésopotamie à l’époque paléo-babylonienne. Une grande cour centrale de forme carrée (22,5 sur 22m) donne accès à une grande salle oblongue L20 (5,50 sur 15 m). De cette dernière salle on accédait à une autre salle oblongue L11, mais plus grande que la précédente (8 x 19 m)1186. Les espaces de ce bloc, de grandes dimensions, étaient les plus grands de l’édifice. Il s’agit de l’une des caractéristiques du groupe officiel des palais mésopotamiens.
Malgré ces similitudes avec le schéma habituel du bloc officiel, plusieurs anomalies demeurent. Dans la plupart des cas, la première salle du bloc officiel des palais mésopotamiens jouait un rôle très important dans la circulation, puisqu’elle était reliée aux autres secteurs du bâtiment par un certain nombre de passages. Dans le cas de Nuzi, cette salle (L20) ne permettait d’atteindre que la grande salle voisine (L11) et les deux dépendances qui communiquaient avec elle. Selon le schéma traditionnel, le passage, ou les passages, qui mettaient en liaison la première salle avec la seconde étaient décalés. Le groupe officiel du palais de Nuzi ne connaît pas cette caractéristique, car la porte entre les deux (première salle L20 et seconde salle L11) était médiane. La deuxième différence1187 concerne le rôle important que la salle 11 joue dans la circulation : l’issue L11-L20 pouvait isoler toute la partie occidentale du palais ; dans ce cas L11 apparaît comme un lieu de passage éventuel ou comme un point de rencontre entre deux parties différentes du bâtiment. Parmi les autres palais mésopotamiens, seul le petit palais oriental de Mari présente une organisation voisine, car on ne pouvait atteindre la troisième partie du palais que depuis la salle du trône. La salle L11 comporte une banquette d’une hauteur de 22 cm, installée contre le mur nord-ouest. Elle longe tout le mur, s’interrompant seulement à l’emplacement de la porte donnant accès à L91188. Selon, P.A. Miglus1189, cette banquette était l’estrade d’un trône. J.-C. Margueron s’oppose à cette hypothèse et estime que cette installation ne peut en aucune façon être assimilée à une base de trône1190. L’hypothèse de ce dernier archéologue est plus convaincante que la première théorie, car, ni le podium de briques de la salle O du palais A de Tuttul, ni la base en pierre du trône de la salle 65 du grand palais royal de Mari n’a pas été installé le long du mur. Nous avons déjà indiqué que le palais A de Tuttul connut, aux phases 1 et 2, cette caractéristique (existence de banquettes dans la salle O du bloc officiel). Cependant, une différence existe entre les deux : la salle O du dernier édifice contient deux banquettes le long des longs côtés, tandis qu’on n’a aménagé dans la salle L11 du palais de Nuzi qu’une seule banquette contre un des petits murs. Enfin, dans la cour centrale, une banquette recouverte de carreaux de terre cuite a été installée le long des murs, s’interrompant à l’emplacement des portes1191. Les cours centrales des blocs officiels des palais mésopotamiens qu’on a étudiés dans les deux premières parties ne connaissaient pas cette organisation.
Nous pouvons conclure que le schéma du bloc officiel des palais mésopotamiens commence à apparaître à l’époque des dynasties archaïques, mais qu’il était alors très modeste dans le palais de Nabada. Peut-être, ce dernier édifice présente-t-il le schéma initial du groupe officiel qui se développera pendant les époques suivantes, surtout à l’époque paléo-babylonienne. A cette époque, l’aménagement de ce bloc et ses dimensions laissent penser qu’il était plus majestueux que celui des époques plus anciennes.
Margueron J.-C., 1982b, p. 543. P.A. Miglus estime qu’aucun salle du trône n'a été identifiée clairement dans les palais des dynasties archaïques, voir Miglus P. A., 2003-2005, p. 237.
Margueron J.-C., 1982b, p. 533.
Idem, p. 132.
Lebeau M., Suleima A., 2005, p. 23-24.
Idem, p. 22.
Idem, p. 23.
Lebeau M., 2003, p. 24.
Une cour centrale conduisat à une salle allongée qui donnait accès à une autre salle allongée.
Lebeau M., Suleima A., 2005, p. 24.
Lebeau M., 2003, p. 22.
Lebeau M., 2003, p. 22.
Cette salle a été décrite par Margueron J.-C., 2004, p. 215. Voir aussi Miglus P. A., 2003-2005, p. 237.
La cour centrale 4 de ce palais était trop éloignée de la salle du trône et existe entre les deux plusieurs salles.
Miglus P. A., 2003-2005, p. 238.
Pour les dimensions de ces espaces, voir Margueron J.-C., 1982b, p. 434 et 507.
Idem, p. 544.
Margueron J.-C., 1982b, p. 435 et Miglus P. A., 2003-2005, p. 238.
Miglus P. A., 2003-2005, p. 238.
Margueron J.-C., 1982b, p. 544.
Idem, p. 427.