3.3.2.2 - L’identification des secteurs administratifs des palais mésopotamiens

Comme nous l’avons vu plus haut, l’existence des tablettes dans une des unités administratives donne la preuve de cette fonction. Ces tablettes n’étaient pas livrées dans tous les cas (4 et 26 d’Ur, I du palais oriental de Mari, la salle 46 et l’espace 15 du grand palais royal de Mari, 13-1 de Larsa et III, IV, VI, et VIII d’Assur).
Ce qui nous amène à la question suivante : Est-ce que le schéma que nous avons indiqué suffit à l’identification de ces secteurs comme unités de l’administration des palais ? Nous estimons que l’absence de ces éléments administratifs ne pose pas de problème dans certains cas, car d’autres preuves affirment qu’ils étaient des unités administratives surtout en ce qui concerne le secteur de l’espace 4 du palais d’Ur. En effet, ce secteur était surplombé d’un étage. Il s’agit là d’une caractéristique du secteur administratif, puisque ce niveau supérieur était destiné aux bureaux d’archivage. De plus, l’espace 4 nous montre ce qui ressemble à une base de trône comme celle qui a été retrouvée dans la salle 1 du palais de Mari. Cette installation présente un autre indice du secteur administratif.

Le quartier de l’espace 13-1 de Larsa et celui de l’espace III d’Assur devaient probablement être destinés à une fonction administrative. Cependant, aucune tablette n’y a été retrouvée, ce qui est tout à fait normal car les travaux de construction de leur palais respectifs n’étaient pas achevés, ils n'étaient donc pas encore occupés. Nous pouvons ici prendre en compte les dimensions des espaces 13-1 et III voisines de celles de l’espace 23 du palais d’Uruk que l’on a identifié plus haut comme secteur administratif. La question que l’on peut maintenant se poser est : Pourquoi donnait-on à ces deux espaces une telle superficie ? L’espace I du grand palais de Mari comportait une base de trône, ce qui laisse penser que les travaux étaient probablement dirigés par le roi. La présence du roi était peut-être la raison d’aménager un secteur si majestueux en cet endroit du palais.

Concernant la salle 46 du palais de Mari et l’espace 15 qui ont été construits selon un même schéma de bloc administratif, nous ne pouvons pas dire qu’ils jouaient un rôle administratif. En effet, nous n'avons retrouvé aucune indication archéologique de la fonction adminstrative. L’aménagement de la salle 46 permet d’affirmer qu’elle appartient au logement du roi. Le secteur de l’espace 15 possède des installations nous permettant d’y voir une zone d’habitation.

L’espace I du palais oriental de Mari, ayant le même schéma que les unités administratives d’autres palais mésopotamiens, présente une caractéristique étrange par rapport aux autres. Nous avons déjà signalé qu’il existe en dessous de celui-ci des tombes. La présence de ces installations à cet endroit permet d’affirmer qu’il était destiné à une fonction funéraire. On se demande maintenant si ce secteur pouvait avoir une double fonction (pratique funéraire et fonction administrative) ? Nous estimons qu’il est possible d’attribuer deux fonctions à un seul secteur du bâtiment, comme par exemple la salle du trône du même édifice. Celle-ci avait effectivement deux vocations : politique (pour la réception des ambassadeurs et des rois d’autres villes) et funéraire (au-dessous se trouvaient également quelques tombes). Nous ne pouvons cependant considérer que le cas de l’espace I soit identique à celui de la salle du trône. En effet, les nécessités poussaient à attribuer plusieurs fonctions à cette salle. Le roi y pratiquait la vie politique et y organisait des banquets pour ses convives. Ces festins étaient d’ailleurs accompagnés de pratiques rituelles (comme les fêtes du kispum) correspondant à l’idéologie de l’Antiquité. Il n’est pas urgent de donner à l’espace I plusieurs fonctions comme ce fut le cas pour la salle du trône. Il semblerait pourtant que ce lieu soit voué aux pratiques funéraires. Cette hypothèse est renforcée par la fonction principale du palais oriental de Mari qui servait de résidence provisoire au roi lors de rencontres ou entretiens au grand palais. Pourquoi a-t-on édifié une unité d’administration dans un tel édifice ? A notre avis, il n’y avait nul besoin de cette unité. Le grand palais royal de Mari était le bâtiment civil principal. Il était réservé aux fonctions politique, économique et administrative.

Plusieurs tablettes appuient notre théorie, mais, malgré cela, nous ne pouvons pas dire qu’ils soient exclusivement destinés à une fonction administrative, puisque le matériel qui a été retrouvé dans certains secteurs nous permet d’y voir une autre fonction. Notons par exemple l’espace VIII du palais de Tell al-Rimah. Lorsque nous avons fait l’analyse architecturale de cet édifice, nous avons conclu que celui-ci était probablement la cour centrale du bloc officiel. En effet, nous avons retrouvé des tablettes dans une de ses dépendances. Il s’agit de la pièce II, ce qui laisse penser que cet espace et les salles environnantes avaient un but administratif. On ne peut cependant adopter cette hypothèse avec certitude, parce qu’on y a retrouvé, en plus des tablettes, des jarres de stockage. Comme nous l’avons déjà fait remarquer, peut-être que cette pièce était un des dépôts du palais et que les tablettes sont tombées de l’étage, ce qui nous permettrait de déduire que la zone administrative se situait à l’étage. Il n’est pas étonnant de retrouver des bureaux administratifs destinés aux archives. En effet, plusieurs palais connaissaient cette caractéristique : les salles M et L de la phase 4 du palais A du Tuttul, les pièces 35, 38 et 39 a du palais de Sinkashid, la salle 79 du palais royal de Mari et la salle 22 de la phase 2 du palais de Samsi-Addu de Tell Leilan, la pièce 12 du palais de Qarni-Lim du dernier site.